Shuto-ko je ne te hais point

C’est généralement étrange d’aimer l’autoroute dans le monde motard. Tout du moins, c’est l’idée que je m’en fais. Du peu que j’ai roulé dans notre beau pays, j’ai vraiment adoré nos nationales et départementales mais, pas vraiment « profité » de l’autoroute. D’aussi loin que je me souvienne, c’était souvent bourré de panneaux publicitaires et de large lignes droites… Mais, je me méfie des souvenirs. J’ai tout de même un bon souvenir du tunnel de l’A86, celui réservé aux voitures, qui avait son aspect piste de décollage pour vaisseau spatial, caractéristique qui m’avait fait pardonne son prix, ce jour ayant suivi le GPS perdu dans la région et pris par erreur.

Mais, au Japon, nous ne sommes pas en reste. Ok, j’avoue, j’ai un faible pour les autoroutes, surtout de nuit. Le fait d’avoir fait un Iron Butt récemment n’y est pas étranger non plus. L’autoroute a plusieurs magies. Celle d’être dans un monde parallèle, car oui, vous y êtes coupés du monde tout en ayant la possibilité d’y vivre en autarcie avec bouffe et douche (pour les plus propres d’entre nous !) et essence. Si budget illimité vous aviez, vous pourriez survivre dans ce monde parallèle. Et une journée d’Iron Butt sur ce type de trace n’est pas sans rappelle les capsules hôtels nippons… Effectivement, ces capsules hôtels, hôtels proposant des couchettes agencées comme des bibliothèques à humains, proposent tout ce qui est nécessaire pour la survie, de l’hygiène à la bouffe. Et pour les fumeurs, vous pouvez même vous acheter vos clopes, tout comme sur l’autoroute nippone d’ailleurs !

Il y a beaucoup à dire sur les autoroutes au Japon. J’avais commencé la rédaction d’un article sur cet Iron Butt au Japon, pour finalement ne pas avoir l’endurance de le finir ! Quel paradoxe… Alors, tachons de terminer celui-ci.

En France, nous avons des numéros pour nos autoroutes, à l’exception de certaines (Autoroute du Soleil, Autoroute de Normandie…). Au Japon, point de numéro, que des noms ! J’avoue qu’au début, j’étais étonne par les Japonais qui me demandaient quelle autoroute j’avais prise. Finalement, ma mémoire fait qu’aujourd’hui, je trouve ça bien plus facile à mémoriser et je suis étonné lorsque des amis me parle de tel ou tel numéro de route nationale ou départementale.

Mais, la différence ne s’arrête pas là. Les autoroutes au Japon sont très souvent sinueuses. De plus, il y a bien souvent que deux ou trois voies de circulation et, sans avoir mesure, j’ai l’impression qu’elles sont plus étroites qu’en France. Enfin, point de panneau publicitaire. Tout ça fait, qu’à vitesse moins élevée, on se fait bien plus plaisir.

Ah mais, je parle de vitesse, parlons en… la vitesse sur autoroute au Japon est limitée à… Diable mais, en en ayant parlé avec un Japonais, j’ai réussi à le coller sur le sujet ! Ok 80km/h, dans la tête des Japonais, 100km/h et dans la pratique 110, 120… Je vous vois venir, radar police… Eh bien, sachez mes amis que c’est un des mystères que je n’ai pas réussit à résoudre. Car, il y a bien des radars automatiques, la plupart du temps, pour les plaques avant, il y a bien des radars embarqués (j’en ai fait les frais). Mais, il règne dans ce pays, à la fois une forme de tolérance et d’intolérance. Personne ne roule a 80km/h sur autoroute, on trouve des Japonais qui croient que c’est 100km/h, on trouve des sections de 4 voies limitées à 50km/h et…. non. ça passe.

Alors, la limite de vitesse au Japon est culturelle. Vous suivez le groupe, vous ne serez pas en marge de celui-ci, vous ne chopperez pas de prune. (il faut savoir que je parle des limites de vitesse sur autoroute là… sur nationales c’est généralement… 60KM/H OUI !).

Mais, revenons en à ce sujet initial. Oui, j’aime cette autoroute. Je ne sais vraiment pourquoi mais, au fil du temps, j’ai tenté d’en isoler quelques éléments :

  • Le tracé de ces autoroutes. Comme je l’ai dit plus tôt, moins soporifiques que nos autoroutes en France.
  • La limite de vitesse pas tendue du string. Et la tolérance presque zéro. Je suis rentre en France en décembre dernier. J’ai cherché un ami a l’aéroport à 5h du matin. Donc aucun camion pour masquer les panneaux de vitesse. ET BORDEL ! J’étais perdu. Ca passait de 90km/h a 110, a 130 puis 70 puis 110. Finalement, j’ai roulé à 80 tout du long, au cruise control, fatigué par cette fumisterie, préférant regarder la route que chercher un malheureux rappel et préférant emmerder le peu de monde derrière. C’est fatiguant ça et franchement, non on n’y prend aucun plaisir.

Enfin, restons côté Japon.

  • Le fait que ces autoroutes soient très souvent en hauteur. Au Japon (j’imagine du fait des séimes), les autoroutes sont très très souvent… des ponts ! J’adore les ponts. En plus d’être des éléments du génie civil magnifiques, ils offrent une belle perspective sur l’environnement.
  • Souvent, les routes secondaires sont horribles. Aucun paysage, plein de feu. Nous avons les ronds points en France. Eh bien, bénissez les. Ceux-ci vous évitent les feux. Car je vous promets, si vous voulez lancer une entreprise d’ampoule verte, rouge et orange, venez au Japon. C’est insupportable, si bien qu’en été, en plus de faire une chaleur écrasante, on est vite tenté par la petite tenue. Après tout le risque est-il de rouler comme un malade pour chopper un peu d’air entre deux feux sous son cuir ou de rouler tranquille avec les cuisses à l’air ? Attention, loin de moi l’idée d’engager qui que ce soit à rouler sans protection mais, la question mérite d’être posée, la solution sans protection à le malheur d’être terriblement tentante.

« Alors !« , qu’il me dit, « mais parle nous de ta Shuto-ko !, c’est le titre de ton article ! » Il y a beaucoup à dire sur les autoroutes, nous n’en ferons pas le tour mais, la Shuto-ko est une autoroute métropolitaine. Traduisez périphérique parisien. Ah oui mais, payante et… chère (980yens soit environ 9 / 10 euros). Pourtant, je n’en ai pas les moyens mais, je la prends souvent tant je l’aime.

La Shuto-ko est plus d’ailleurs que le péripherique. Il s’agit d’un véritable réseau, Donc, prenons toutes les autoroutes environnant Paris (désole, je ne souviens que de l’A86… et le reste j’ai peur de me tromper, j’ai une mauvaise mémoire des nombres). Et vous avez la Shuto-ko.

La magie quand t’es fauché, c’est de rester sur cette autoroute en bouclant dessus, le tout, grâce aux connexions entre ses différentes branches. Nous avons la C1 et la C2 (Circular Road 1 et 2), bon plan pour boucler facilement. Mais, cherchez les routes 1, 2, 3… en étoile c’est aussi un challenge. Cherchez à boucler dessus, à l’aveugle, en cherchant le panneau qui te refait boucler sur les C1 et C2 pour être sur de se refaire un tour de manège gratuit. La B n’est certainement pas à négliger tant elle est légendaire !
Bref, il y a quantité de moyens de boucler sur cette autoroute métropolitaine. C’est d’ailleurs ce que James a fait en réalisant un Iron Butt sur cette autoroute. Sachant la moyenne qu’il faut tenir sur 24h, je suis franchement admiratif de cette performance sur un tracé pareil. Autant réaliser un Iron Butt comme je l’ai fait n’était pas de tout repos mais, pas extra-ordinaire, autant, la Shuto-ko réserve toujours son côte d’imprévus. Mais, une fois prise en main, cette autoroute peut se réveler franchement sympathique, voyage dans metropolis à moto, la route passant entre les buildings et dans les tréfonds de la mégalopole, par l’intermédiaire de tunnel tel des boyaux, organes vivant de cette cité de béton.

Et pour ceux qui en veulent encore plus, allez voir du côte d’Osaka.

Credit: https://www.flickr.com/photos/caribb/3999053116/

Bref, si vous venez au Japon, ne faites pas l’erreur de prendre à tout prix  les routes nationales pour rejoindre les belles routes, sous prétexte que l’autoroute c’est chiant. Vous aurez vite fait de haïr le Japon à mauvais titre, et, essayez certaines de ces autoroutes, particulièrement métropolitaines surtout la nuit (et la Chugoku, au sud de Honshu, de jour cette fois), et surtout si vous aimez la science fiction !

Pour finir, une petite vidéo de nuit, la qualité est désastreuse mais…

Shuto-ko by night

NB: Une grande partie de ce réseau métropolitain est interdit aux moto transportant un passager. Plus d’infos ici: http://www.shutoko.jp/use/restriction/bike/

4 réflexions au sujet de « Shuto-ko je ne te hais point »

  1. Très bien ton article.
    J’ai fais deux Iron Butt (le Saddle sore et le Burn bunner) et je suis tout à fait d’accord avec ce que tu décris.
    Ride safe !
    Hervé

    • Merci !
      Sympa de savoir qu’il y a des motards fervents de l’Iron Butt en France. Je n’en suis pour ma part qu’a un seul Iron Butt (Saddle Sore) mais, je compte bien remettre ça dès que possible :)

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