Rando MotoMag Portugal session 1 – Jour 10

Pour certains, le lever est une opération qui confine à la torture.

Il faut dire que ce sont souvent ceux qui s’attardent jusqu’à une heure avancée autour du point d’eau des établissements nous accueillant.

Et la vérité m’oblige à préciser que circulent souvent sous le manteau en ces occasions, des breuvages qui obscurcissent les lendemains…

Bref, ce matin, j’en repère des pas fringants.

Déjà, la météo plus clémente que celle de la veille, joue en leur faveur. La fatigue sera moindre avec les 22 / 24° qui nous accompagneront toute la matinée.

On est bien loin des insupportables 40° d’hier (notez au passage comme le motard est par nature grognon et insatisfait. Sous les averses du pays basque, il y a une semaine de cela, nous aurions signé des deux mains pour un petit 40…).

L’absence de toute Jeanpaulade ce matin (pas la moindre petite torsion nocturne de testicule, de carte bancaire glissée dans le grille pain ou de clé de contact de la Pan Européan perdue dans une bouche d’égout) rend l’organisation particulièrement fébrile. Qu’est-ce donc que dissimule ce calme inhabituel ?

Débutons donc notre journée qui nous fait décoller de Castelo Branco, par un tutoriel mécanique MotoMag.

Vous partez en voyage au long cours, en simple balade ou vous rendez au boulot, et vous vous trouvez soudainement confrontés à la disparition d’un boulon de vidange, ou d’un bouchon de circuit quelconque (refroidissement, pont…).

La logique voudrait que vous cessiez là votre expédition du jour.

Mais, grâce aux bons conseils de tonton Fifi, le mécano volant dans son camion SAV, vous ne resterez plus bloqué sur le bord de la route.

Vous constatez donc que s’épend de votre fidèle destrier, un filet de liquide, dont la perte risque de s’avérer hautement préjudiciable à court terme, au bon fonctionnement de votre machine ?

Pas de panique.

- Phase 1 : trouver dans votre environnement proche un chêne liège. Ça ne devrait pas être trop difficile, il s’en trouve plus aisément que des radars automatiques sur le bord des routes françaises, c’est dire…

- Phase 2 : avec l’aide de quelques uns de vos potes dévoués, armez-vous de vos canifs, et attaquez vous directement à la surface externe, qui n’opposera – devant votre motivation affichée – qu’une faible résistance.

- Phase 3 : une fois la précieuse substance récupérée, il ne vous restera plus qu’à tailler un très seyant bouchon, calqué sur ceux des plus renommées productions du sang de la vigne de nos contrées.

Chic et pas cher. Et en plus, vous contribuerez à donner un look « design » à un arbre qui se morfondait jusque là dans un classicisme regrettable.

Merci qui ?

Merci Fifi (et non pas Jacquie et Michel comme le soufflait un esprit retors dans l’assistance).

Ce matin, ça roule plutôt facile, avec des routes assez larges et pas trop techniques. Quelques courbes de temps à autres, histoire de ne pas perdre la main, mais sincèrement, ça déroule tranquille.

Pause avec les Rouges, dans un bar, le Terminal II, où nous discutons un bon bout de temps avec des Portugais parlant parfaitement notre langue, et ayant passé de nombreuses années en France.

Les Bleus vivront la même expérience avec la tenancière d’un autre bar où ils se sont arrêtés prendre un petit remontant.

C’est sidérant le nombre de personnes vivant là-bas qui ont eu l’occasion de vivre quelques temps chez nous et qui pratiquent notre langue avec aisance.

C’est aussi l’occasion de présenter un de ces tracteurs qui, dans les campagnes, sert à peu près à tout, niveau transport et déplacements.

ça affiche un look presque plus moderne que la FJR antédiluvienne de not’ Jean-Jacques qui (selon la légende) l’avait achetée directement auprès de Léonard de Vinci, à l’époque concepteur-styliste chez Yamaha.

La partie de route qui nous attend ensuite, va s’élever peu à peu, devenant technique et nous permettant enfin de retrouver un terrain de jeu propice à nos velléités de fun et de pilotage.

Les degrés redescendent rapidement (on était à 30° en repartant du bar), pour se stabiliser autour de 22°, ce qui est juste parfait pour rouler ici dans les meilleures conditions.

L’aspect du terrain se modifie en profondeur. Les étendues désertiques et arides laissent place à des enchevêtrements de roches, empilées sans logique aucune dans des motifs suggérant quelques jeux de cubes pour géant, de la verdure, des lacs et retenues d’eau, des vallées où serpente une route bien revêtue et accueillante, promesse de plaisirs motards futurs.

Les arrêts photos se succèdent. La montagne après autant de jours de mer ou de plaine, ne cesse de captiver les regards par sa destructuration rebelle de la planitude qui est celle habituellement de notre horizon.

En haut de la serra da Estrela, nous passons tout juste les 2000 mètres sur l’écran du Tripy, et nous retrouvons tous les groupes , conviés à la dégustation improvisée d’une charcuterie et de fromages locaux, sur les valises de la 1200 GSA de Jean-Louis, qui n’auront jamais aussi bien porté le surnom de « cantines » qu’en cette occasion.

Sur place, nous rencontrons également deux exemplaires de Rolls Royce Silver Phantom II (dixit nos spécialistes), dont l’état général ne fait qu’accréditer l’estimation avec une ribambelle de zéros, annoncée pour ces deux splendeurs.

Nous touchons au but. Le temps de basculer dans la descente vers la vallée, jusqu’au restaurant « O Mirante da Estrela » à Serra da Estrela.

Comme à l’accoutumée, les plats sont très (trop?) copieux. Certains se risqueront à goûter à la fois la morue, la chèvre et l’entrecôte.

Autant dire que la digestion s’annonce potentiellement difficile pour certains estomacs aventureux.

Pendant ce temps-là, le médecin-Major Bernard ne chôme pas.

La prise de la montagne de l’étoile et de sa tour, fut certes une belle victoire pour la troupe de MotoMag, mais elle se fit de haute lutte, et nombreuses furent les pertes dans les rangs motards.

Dans un hôpital de fortune, monté sur les lieux mêmes du carnage, les cadavres ou corps mutilés s’entassent dans une anarchie chaotique qui nous fait craindre le pire pour le futur de ceux qui en réchapperont.

Attention, là encore ce sont des images à la violence insoutenable.

Quelle tristesse que cette belle jeunesse fauchée dans la force de l’age…

Jusqu’au pourtant expérimenté Jackinou qui commit une erreur de débutant en s’allongeant au soleil sans sa petite casquette, et qu’on retrouva totalement lyophilisé quelques temps plus tard.

Ah la la… On fait pas des métiers faciles tous les jours…

Encore que… pour Jackinou, ça aurait presque tendance à lui donner meilleure mine… et surtout à le faire paraître éminemment moins grognon.

La volée de moineaux s’étant évaporée par petits groupes, j’en profite pour emmener le groupe des Mini-Mauves (I got my mojo workin’) sur la piste d’un vieux pote qui s’est fait une petite retraite tranquille dans le coin.

Il m’a fait savoir que le chemin avait été balisé à notre intention, et que nous n’aurions qu’à suivre les panneaux.

Promesse tenue.

A noter toutefois que les employés de la DDE portugaise manquaient de place pour écrire correctement le mot « campionissimo » ou qu’ils ont paré au plus pressé.

Admiratif des prouesses des Mauves, Vale a émis le souhait de nous recevoir dans son ranch portugais afin d’échanger sur nos techniques respectives de pilotage.

Quelques minutes à peine apès notre arrivée sur les lieux, nous avions le droit de nous jauger à tour de rôle sur la MT d’usine du multi champion du monde.

Ici, Jean Luc dans la peau d’il Dotore, sur sa machine d’usine et dans l’équipement personnel du maître.

La technique du contrebraquage full-gaz n’a déjà plus de secret pour notre Mauve décomplexé…

Avide de venir grossir les rangs des Mauves sur une des prochaines sessions de rando du Portugal, Mr Rossi dut convenir qu’il lui faudrait passer par une couleur initiatique (jaune, rouge ou bleue) afin d’acquérir les fondamentaux nécessaires, pour ensuite les rejoindre dans le saint des saints, pourquoi pas celle de septembre.

D’ici là, il reste à Mr 46 à peaufiner ses trajectoires et ses freinages afin d’être à la hauteur des espoirs que les Mauves portent en lui.

A revoir très prochainement, donc.

En attendant, il campionissimo est reparti tout ragaillardi au guidon de sa MT, (confessons que ce cliché ne lui rend pas hommage, un peu trop boudiné qu’il est dans sa combinaison moulante), emballant une tifosa des plus chaudes, umbrella girl chez monster energy, avec laquelle la nuit risque d’être des plus folles, même sans le Champomy de la victoire.

C’est beau la célébrité !

Et que dire de ses petits trucs glissés à notre intention à propos de ses freinages de trappeur et de ses attaques chirurgicales ?

Oliv’, l’ouvreur des Rouges en fera les frais un peu plus tard, déposé dans un exter saignant par un Guzzi en état de grâce boosté par les tuyaux du Docteur…

Aux dernières nouvelles, le jeune Oliv’ se serait arrêté faire l’acquisition d’un passe-montagne et d’un bonnet doublé, afin de ne pas s’enrhumer d’avantage lors des prochaines journées de roulage…

Allez, gazzz dans les virolos qui nous ramènent à la frontière espagnole que nous franchissons de 500 mètres, pour aller nous poser à l’hôtel Domus Fuerte, ancienne forteresse d’inspiration Vauban, dans lequel se tient désormais l’hôtel qui nous accueille pour la nuit.

DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE MINUTE – DERNIERE

Nous venons d’apprendre que l’équipe de participants de la rando MotoMag du Portugal déposait un préavis de grève de roulage à compter de 20h ce jour ! (heure espagnole… euh… à moins que ça ne soit l’heure portugaise… ou bien celle du Portugal ramenée à l’heure du petit déjeuner, le temps de repasser la frontière… ??? ça n’est pas clair pour vous ? Rassurez vous, pour nous non plus ! Demandez à Jackinou pour toute précision à propos es horaires, il maîtrise sur le bout des doigts).

Le préavis, disais-je.

Devant la dégradation inexorable des conditions d’hébergement (et ce malgré les rappels répétés à l’intention de l’organisation), la décision de nous coucher dans un ramassis de vieilles pierres délabrées et branlantes, dans un « confort » que refuserait un migrant de Sangatte, a été la goutte de vin blanc qui a fait déborder le verre de Gilloux : le groupe ne tolérera plus d’avantage que les prestations ne soient plus à la hauteur des promesses du catalogue promotionnel…

C’est à croire qu’il ne sert à rien de crier son indignation aux organisateurs, ils n’en font définitivement qu’à leur tête !

Les mots s’avérant impropres à décrire la réalité de cette déchéance, jugez par vous même : tout bonnement scandaleux !!!

ça vous retourne le coeur, non ? ça nous fait ça aussi…

Une abomination sans nom.

Et je préfère ne pas vous parler du restaurant.

Enfermés dans une cave insalubre et humide, nous avons dû subir dans les cris les plus déchirants mais vains, le repas du soir à la frugalité irrespectueuse.

c’en est trop, je préfère aller me retirer dans le cagibi qui nous sert de chambre, afin de méditer sur la disparition de cette qualité de vie dont nous nous prévalions dans notre société occidentale dite « évoluée »…

PS : et regardez dans quelles conditions Fifi notre mécano est obligé d’oeuvrer.

Déployer le barnum Motul dans un terrain vague digne d’un campement de romanichels, c’est donner de la confiture à des cochons.

Refaire les niveaux, les pressions, et les interventions exceptionnelles (ici le remplacement du pneu arrière du scoot 300 Honda de Guy) dans des conditions pareilles, ça relève du masochisme ou du sacerdoce !

Ça va tourner à la révolution cette affaire, moi j’vous l’dis !

Laisser un commentaire