Documentaire : « Tout est permis », sauf d’y croire !

La cinéaste Coline Serreau, connue pour « Trois Hommes et Un Couffin » (1985)« La Crise » (1992) « Chaos » (2001) et « Saint-Jacques… La Mecque » (2005)Elle a réalisé un documentaire ayant pour sujet les stages de récupération de points, « Tout est permis », qui sort au cinéma le 9 avril. « Pourquoi sauf d’y croire ? » Voici notre critique…

L’origine de la démarche de Coline Serreau est un stage auquel elle a dû assister : « Je n’étais pas bonne conductrice », raconte-t-elle au quotidien Le Parisien dans l’édition du 9 avril. « Il ne me restait plus que quatre points. J’avais perdu les autres à cause de la vitesse. Mais plus que cette expérience, ce qui a déclenché l’envie de faire ce film, c’est le désir de faire un portrait de la France (…) Ce sentiment de m’être retrouvée dans une vraie mixité sociale. Vieux, jeunes, riches, pauvres, gens incultes, gens cultivés… Ca m’avait marquée par ce qu’au fond, il n’y a plus vraiment de lieu en France où on rencontre vraiment l’autre (…) La route, c’est notre dernier espace collectif ».

Jusque ici, tout va bien… L’approche de la mixité sociale est réussie. Coline Serreau a travaillé deux ans et demi sur ce film, trié 172 heures de rushs composés de séquences de tournage en immersion dans huit centres de stages et d’interviewes d’une dizaine de spécialistes de la sécurité routière. Sans aucun financement.

Ce matériel, elle le condense en un documentaire d’une humanité saisissante, où les stagiaires se révèlent pathétiques, drôles, froids, irritants mais aussi sympathiques, attachants. Des hommes, en somme, et un peu de femmes, mais moins, c’est d’ailleurs l’une des caractéristiques de la population assistant à ces stages. Coline Serreau les montre sans fard, mélange habilement races et sexes, tout le monde est égal devant la perte de points. Elle réussit donc sa photographie humaniste de la population française moulinée au passage de ces stages.

Les hérauts de la sécurité routière, ce sont donc les formateurs croisés au fil des stages, qui assènent à cette population prise en flagrant délit d’infractions (souvent menues) des vérités qu’on n’aime pas entendre. Du genre : à quoi ça sert de mettre sa vie en péril pour gagner 5 minutes ? Ou bien : il faudrait sanctionner les patrons qui mettent la pression sur leurs employés en considérant leur voiture comme un bureau… Ils assènent ces vérités à coups de démonstrations simples, redoutables. Ils ont le savoir. Et parlent aux stagiaires un peu comme à des enfants pris la main dans le pot de confiture…

Mais c’est utile. Si bien qu’à la fin, on se demande : pourquoi ces stages ne deviennent obligatoires que quand on a perdu ses points ? Pourquoi le système de la sécurité routière est-il coercitif ? Pourquoi apprend-on plein de données utiles à la conduite sous la contrainte tandis que, lors de la formation initiale, on a, très souvent, l’impression de faire du bachotage, d’à peine apprendre le code de la route ?

C’est quand elle aborde la sécurité routière en se plaçant sur le créneau de l’enquête, que Coline Serreau devient moins convaincante : le mécanisme de sa démonstration tend à ériger le discours des formateurs comme vérité fondamentale. Pourquoi pas ? Le problème, c’est de le théoriser, en le confrontant aux propos des professionnels de la sécurité routière. D’un côté, les défenseurs de conducteurs brimés par la perte de leur permis (avocats, association 40 millions d’automobilistes, un tout petit peu la FFMC…), de l’autre, les partisans du système répressif (représentants de l’Etat, de la justice), sans oublier la présidente de la Ligue contre la violence routière, Chantal Perrichon, et le professeur Claude Got.

Coline Serreau abonde dans le sens de ces derniers : elle appuie leur justification de la répression en entrecoupant les témoignages de ceux, émouvants, de victimes d’accidents de la route gravement handicapées. Elle dénonce le poids des lobbies industriels, qui contribueraient à contrer toute politique de sécurité routière, et insinue que les associations défendant les usagers leur sont inféodées. Sans apporter de preuves…

La réalisatrice devient arbitraire quand elle aborde le cliché sur la vitesse libre en Allemagne : ce ne serait qu’un mythe, et les statistiques d’accident sur les portions de routes sans limitation seraient effrayantes. L’Etat allemand le sait mais se tait, victime de l’omerta imposée par son industrie automobile… Cette théorie est accréditée par le témoignage d’un ancien Monsieur Sécurité routière français, qui prétend connaître les vrais chiffres, sans les dévoiler ! Le résultat est imparable : on se demande pourquoi on n’est pas plus sévère avec ces stagiaires qui font trop souvent preuve d’insouciance.

Suivant ce fil rouge, Coline Serreau occulte la problématique de la formation initiale, voire de l’idée d’une formation continue tout au long de la vie du conducteur. Et discrédite, finalement, toute l’intérêt d’une forme d’éducation aux comportements routier, puisque seule la répression fonctionne, avec les Français… C’est dommage. Car en sortant on se demande pourquoi la sensibilisation prodiguée lors des stages de récupération de points n’est pas intégrée dans le cursus de formation initiale des conducteurs.

La bande annonce de « Tout est permis » :

Documentaire : «Tout est permis», par Coline Serreau ; distribution Bac Films ; 1h36 ; au cinéma le 9 avril.

Lisez l’avis de la FFMC sur le film «Tout est permis»

4 thoughts on “Documentaire : « Tout est permis », sauf d’y croire !

  1. Bon, bref, ce machin improbable est sponsorisé par la pensée unique de Chantal Perrichon, du professeur Got et de l’administration répressive de la sécurité routière. On s’en passera. Triste fin pour une cinéaste qui avait fait de bons films. Oui, mais ça, c’était avant…

  2. Colinne Serrau déçoit. Pas vu le film et pas envie avec ce qu’en disent les gens qui l’ont vu. Avec son renom et l’approche intéressante qu’elle a eu d’autres sujets, il y avait matière à faire quelque chose de vraiment bien, sur le côté social, qui interroge, remet en cause à la fois les comportements de certains, mais aussi l’approche infantilisante des pouvoirs publics et des ayalotahs… visiblement, raté. Pourtant, comme c’est bien dit dans ce billet, le stage permis à points est une des rares occasions qui permet de travailler sur la SR au cours de la vie. Son vrai nom est d’ailleurs « stage de sensibilisation à la sécurité routière », mais rares sont les conducteurs qui viennent de leur plein gré, même si ça arrive parfois. L’AFDM a l’ambition de développer cet aspect préventif, avec éthique et pédagogie… à suivre !

  3. J’ai eu l’opportunité de le voir, et moi qui travaille dans le domaine, j’ai également trouvé le reportage moyen malgré qu’il soit bien réalisé. Il faut tout de même féliciter Mme Serreau pour son travail, qu’on aime ou pas le contenu, car la sécurité routière est vraiment un sujet important !

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