Deux romans sur des serial killers qui sont aussi motards


Motoculture

Peut-on être à la fois serial killer (tueur en série) et motard ? Eh bien oui, si l’on en croit ces deux romans qui ont en commun de traiter de ce sujet grave, et d’intégrer la moto comme mode de transport des loups solitaires que sont leurs personnages principaux.

Le thriller est un genre à la mode, prisé des éditeurs parce que ces histoires menées tambour battant et spectaculaires se vendent bien. Dans “Ta mort sera la mienne”, le “héros” est un serial killer qui se déplace à moto jusqu’à l’endroit où il a décidé de commettre un massacre…

Voilà un roman redoutablement efficace pour se détendre en vacances. Un motard se rend dans un centre de vacances (justement) sur la rive du Colorado dans l’Utah (aux States). Arrivé à l’accueil, sans retirer son casque, il sort de son sac de golf sa sulfateuse et dézingue tout ce qui se présente de vivant sur son passage.

Le reste des pages permet à l’auteur français Fabrice Colin d’expliquer pourquoi Troy en est arrivé là, à travers le point de vue de trois personnages clés. Évidemment, c’est pas joli joli…

Écriture efficace quoique ayant une légère tendance à l’embonpoint (l’abus de hamburgers…), dramaturgie liée à l’actualité (les serial killers, les armes en vente libre)… bienvenue aux Amériques comme ils disent. Certains y verront amalgames et clichés, d’autres un récit d’une redoutable efficacité.

La moto du tueur est une Harley Davidson, s’il était utile de le préciser. Mais ce pourrait être une Indian ou un trois-roues Can-Am Spyder, peu importe à l’auteur qui ne s’attarde pas sur la description des machines. Il utilise le motard pour ce qu’il représente, un personnage solitaire, casqué, effrayant. Troy porte son heaume pendant qu’il dessoude à toute berzingue.

A ce récit, efficace mais superficiel, nous en préférons un autre, beaucoup plus profond, paru en 2012, qui traite lui aussi de la thématique du tueur en série, qui fait lui aussi appel à la moto pour “les besoins du tournage”, et dont l’intrigue se déroule elle aussi aux Etats-Unis alors qu’elle a été écrite par un Français  : “Avenue des Géants” de Marc Dugain.

Ce livre romance la vie d’Edmund Kemper, serial killer américain d’un gabarit particulier – il mesure 2,20 m et a le QI d’Einstein – qui défraya la chronique dans les années 60-70 aux Etats-Unis. En écrivant à la première personne, l’auteur se met à la place du tueur, en prison pour longtemps, et fait défiler sa vie de dingue. Dugain en profite pour dépeindre l’Amérique des années 60, entre l’assassinat de Kennedy et l’émergence du mouvement hippie.

La moto n’y fait que de très brèves apparitions. Mais celles-ci sont justes et bien renseignées (à propos d’une Indian modèle 53 : “Elle faisait passer une grosse Harley pour un vélo d’appartement”). Un grave accident de moto contribuera à forger le destin macabre du jeune homme.

Cette plongée dans l’Amérique des sixties, ses hippies, ses Hell’s, la route à laquelle Dugain avoue vouer une fascination, est à ce point formidable qu’on n’a pas résisté à l’envie de vous inviter à sa lecture. Et en dire plus ne ferait que gâcher votre plaisir…

Thriller : « Ta mort sera la mienne », par Fabrice Colin, éditions Sonatine ; 350 pages, 14×22 cm, 22 euros.

Roman : « Avenue des géants », par Marc Dugain, éditions Gallimard, 364 pages, 22×15,5 cm, 21,50 euros.