Le photographe Hassan Hajjaj expose ses Kesh Angels à New-York


Motoculture

Le photographe Hassan Hajjaj fait à nouveau parler de lui, en exposant ses photos de la série Kesh Angels à New-York, au Taymour Grahne Gallery, jusqu’au 7 mars.

Kesh comme Marrakech la marocaine, patrie d’origine du sieur Hajjaj, qui vit désormais en Angleterre.

Angels comme les one percent, les walkyries voilées mais extravagantes du photographe affirmant leur esprit de liberté et leur rébellion en chevauchant, dans des positions provoc’, des motos rutilantes. La moto, un loisir réservé aux hommes, au Maroc…

Dans cette série joyeuse et colorée, Hajjaj s’amuse à détourner un classique de la photographie africaine, le portrait de famille statique en studio avec tenue traditionnelle, sur fond de tissus aux motifs bigarrés. L’un des représentants les plus emblématiques de ce courant étant le photographe malien Malick Sidibé, qui travaillait lui en noir & blanc.

Et voici la version avec deux-roues

Hajjaj détourne les symboles pour dénoncer une société traditionnaliste ayant du mal à basculer dans la modernité. Il marie ainsi le voile et la moto, les tissus d’Afrique prisés des Occidentaux et les logos des marques de sportswear occidentales, emblèmes d’une mondialisation libérale et galopante.

“Le travail de Hajjaj joue sur un chamboulement des stéréotypes, le pouvoir du marketing, et la familiarité des objets de tous les jours, apportant une approche urbaine à ses multiples influences, ses objets et ses indicateurs culturels de façon à imprégner son travail d’une sorte de tension électrisante”, explique le Taymour Grahne Gallery.

“Ses portraits de jeunes femmes portants le voile et la djellaba et posant sur des motos bouleversent les idées préconçues que l’on peut se faire des femmes arabes : ses modèles sont vêtues traditionnellement mais arborent un air de défi moderne, affichant des sourires rayonnants et des signes de jeunesse, d’indépendance, de fête et d’amusement.”

Les motos sont belles, mais n’ont que peu de valeur, à nos yeux de riches européens : point de Harley Davidson ici, de pâles copies chinoises de japonaises surannées. Les deux-roues que l’on trouve, en abondance, au Maroc. Peu importe, elles ne sont pas le sujet même si les symboles qu’elles véhiculent, la liberté, la rébellion, les rendent incontournables dans le cadre de Hassan Hajjaj.

Cela nous rappelle (de loin certes, mais on peut s’amuser !) l’œuvre d’un autre provocateur : en 65, dans “Motorpsycho”, l’Américain Russ Meyer tentait d’effrayer le bon peuple en faisant déferler un trio de bikers dans une petite ville perdue.

Faute de budget, les méchants garçons chevauchaient de petites cylindrées, et la vision de ces grands gars gauches sur leur petit deux-roues atténuait en partie la portée de leurs nuisances.

“Marrakech est une ville de moto”, explique Hassan Hajjaj au HuffPost Maghreb. Les femmes circulent à moto surtout “par nécessité”, comme une grande partie de la population, “des jeunes enfants aux familles, sans oublier les personnes âgées”.

Hassan Hajjaj expose, pour la première fois à New-York. La série Kesh Angels est accrochée au Taymour Grahne Gallery, jusqu’au 7 Mars 2014.

Et tant qu’on y est, on peut visionner, en entier, “Motorpsycho”, de Russ Meyer :