Chap 23 : Helsinki et le genou du Chat, holiday on ice…


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Je retire tout ce que j’ai pu dire lors de mon billet précédent : Un trajet de moins de cinq heures en avion peut vite devenir mémorable ! Surtout quand votre valise décide de vivre sa propre existence. Ainsi tandis que SylvieJolieChérie et moi nous rendions à Helsinki via Amsterdam, notre bagage, dont le contenu était en grande partie destiné à notre erasmussienne de fifille, se dirigeait vers Glasgow… les aléas de l’informatique nous dit-on vers 1h00 AM à Helsinki-Vantaa airport… Mouais, bon, si on nous le dit, on le croit… Sinon, à part ça, nous avons passé un chouette long week-end de Pâques avec notre Chat qui a le genou en vrac depuis la veille au soir par la faute d’une copine un peu gauche, voire même maladroite, lors d’une partie de volley. On dit parfois que l’on ne connait bien un pays qu’en étant passé par la case hosto. Chat ch’est fait… Verdict : Distorsion ligamentaire. Mais bon, le week-end pascal, les urgences en Finlande, c’est comme en France : Suractivité et sous-effectifs, donc juste une radio, une paire de béquilles et basta, revenez nous voir dans une semaine… Mais le sinistre “CLAC” que Chat a entendu lors de la torsion du genou fait peser une ombre sur le périple de juin… nous verrons vendredi prochain. En attendant, faisons comme si tout allait bien et place au multimédia parce que  le soleil boréal, la neige, l’eau et la glace, ça vous fait de ces lumières, que même un cancre comme moi finit par se prendre pour Bergman.

Le parlement

Monument à Sibelius

L’église Luthérienne, le Coeur sacré d’Helsinki

Un mélenchon Luthérien, c’est un rien plus austère…

Rigolent pas, les zouaves du fronton de la gare…

Eh non, les mômes, c’est pas au foot qu’ils jouent là-bas…

Le minimum vital : rouler sur les clous !

Même les béquilles sont conçues “on ice”

Distributeur de glaçons…

Un faux air de Saint-Petersbourg…

Allez zou ! Pour conclure, une p’tite vidéo pour vous montrer l’arrivée du ferry que nous avons pris pour aller sur les iles Suomenlinna à une encablure d’Helsinki : Naviguer à travers les glaçons, c’est trop bon ! http://youtu.be/rurhAFv3SuM

Chap 22 : Remettre les pendules au Nord…


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Hello mes ami(es) blogueurs et blogueuses,

Après avoir ressenti le vertige de la célébrité devant le nombre record de visionnages du chapitre sur mon Scoop mÔndiaaalll que je jugeais plutôt léger voire un rien bas de plafond :
http://lesblogs.motomag.com/tarmokeuf31/2013/03/20/chap-20-ya-pas-quharley-ni-beheme-quand-on-a-50-ans/
tout un ramdam grâce, ou à cause, de 4 photos encore plus moches que le camouflage des motos qu’elles révélaient, puis dans la foulée m’être retrouvé victime d’une sorte d’ivresse des profondeurs par la faute de mon gros z’égo et de ses retrouvailles brutales avec l’anonymat, un mal-être essentiellement consécutif à la quasi disparition de tout ce néo lectorat au chapitre suivant:
http://lesblogs.motomag.com/tarmokeuf31/2013/03/24/chap-21-lhorizon-voila-mon-ideal/, lequel me tenait pourtant très à coeur tant m’habite le sentiment que l’idéal ça manque vraiment aux temps présents, mais ayant enfin fini par recouvrer mon sain esprit, je reprends aujourd’hui le clavier afin de vous faire un p’tit coucou tandis que je m’apprête à monter dans l’avion pour Helsinki – avec bien sûr SylvieJolie – pour aller embrasser le Chat, notre fifille chérie, et lui souhaiter Onnea syntymäpäivänä, ce qui en finnois et tout en tréma veut dire joyeux anniversaire, et aussi pendant que j’y suis, avant de nous envoler, partager avec vous tout ce que cet aller retour de bas en haut et de haut en bas dans les strates de la popularité n’a évidemment pas manqué de m’inspirer.

Onnea syntymäpäivänä au Chat à ski près d’Helsinki !

Après cette introduction ciselée en une phrase si longue que même mon ami Proust s’y serait égaré, je dirai que si ce que je crois important ne l’est pour personne et si ce que je juge farfelu draine à lui toutes les foules, plutôt qu’en être déçu, je dois en être fier. Loin de moi l’idée qu’un point de vue un peu différent doive assurer à son auteur la moindre primauté, car mes quarante neuf balais d’une vie modeste sans prix Nobel ni titre olympique me mettent à l’abri de ce genre de conclusion, mais en plein mois de mars au beau milieu d’une semaine de giboulées, être en balade à moto avec une bande de potes bien givrés sur des chemins de traverses menant au cirque de Navacelles loin des foules ouvrageant dans les rue de Toulouse, à défaut de me rendre plus intelligent, c’est à coup sûr cette bizarrerie dans le comportement qui m’a valu le grand coup de bol de notre rencontre fortuite avec les essayeurs de chez béhème lors de leur pause dans un trou très perdu.

Miss The XJR et ses copines teutonnes en route pour Navacelles entre deux giboulées…

Quel rapport, vous demandez-vous, avec le voyage à moto vers Helsinki que je projette au mois de juin et qui, en bonne boucle, est à la fois le point de départ et d’arrivée de ce blog dont les chapitres se suivent et s’enfilent comment autant de perles multicolores sur le fil rouge de mes années motocyclistes, dessinant peu à peu le collier d’une vie ? Bien entendu, il y en a un : Dans quelques minutes, nous aurons décollé, et après quelques heures bien rectilignes passées dans le ciel à lacérer les nuages et à scarifier l’éther d’une longue estafilade, nous nous poserons, et de ce déplacement de 3000 kms tous bien alignés dans un moyen courrier, à moins d’une très improbable prise d’otage ou d’une guère plus crédible catastrophe aérienne, il n’y aura pas grand chose à retenir, si ce n’est, vu de trop haut, ce très blanc panorama :

Des lacs tout blanc et des forêts noires, la Finlande vue d’avion à la froide saison…

Mais dans une dizaine de semaines, à l’orée de l’été, un peu en avance et à contre-courant des vagues de vacanciers en route pour le sud et ses plages ensoleillées, quand je me lancerai avec Miss The XJR dans ma longue randonnée minutieusement pas trop préparée, j’aurai la certitude nichée au fond de mon ciboulot, qu’au sortir d’un joli virage ou à l’entrée d’un beau village, m’attendent de nouvelles rencontres dans d’étranges paysages qui, à leur tour, m’inspireront d’inédits chapitres, lesquels me conforteront dans cette drôle d’idée que pour prolonger le bonheur d’être un Tarmo avec un rien d’auteur, aimant écrire son horizon avec des phrases de sa façon, il me faudra toujours prendre garde à tenir mon regard ni trop haut ni trop bas, à me contenter de ma seule hauteur pas trop sensass ni intello, et ce, bien sûr, sans prêter trop d’attention aux fluctuations du nombre de connexions. Ainsi, redevenu moi-même entre boeuf et grenouille, oublieux des stats et débarrassé des compteurs, j’entendrai mieux les muses pour écrire en conteur.

Et à présent, messieurs dames, s’cusez-nous, SylvieJolieChérie et moi faut qu’on aille embrasser not’ Chat, et le gros z’avion il nous attendra pas… Et quand mardi nous serons de retour, vous z’aurez peu après un nouveau chapitre avec des tas de photos de Helsinki à l’état de glaçon pour comparer avec celles que bien sûr j’prendrai au mois de juin quand même les finlandais portent le caleçon.

Guiness, notre tarmo matou qui se prend pour le Chat, mais lui en Finlande il ne viendra pas…

Chap 21 : idéalisez-vous…


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– Oh Tarmokeuf ! Dis-nous combien d’oseille t’as ramassée avec tes clichés de zèbres bien embarrassés?

– Putaing ! T’as pas idée de tout ce que j’ai gagné !

– Tant que ça ?

– Encore davantage !

– ben, ça fait combien ?

– Et bien dans le détail : Un merci en z’anglais d’un suédois tout en flocon bizarrement ému par mes images de ces béhèmes en costume rayé (http://lesblogs.motomag.com/tarmokeuf31/2013/03/20/chap-20-ya-pas-quharley-ni-beheme-quand-on-a-50-ans/#comments), une adresse d’un p’tit hôtel nice cheap and clean à Varsovie qu’un mag tomo (http://www.motogen.pl/2014-BMW-R1200RT-przylapane-we-Francji-aktualizacja,17447.html)  très polonais m’a envoyé pour me remercier et qui me sera utile à mon retour de Helsinki, des tas de bravos de plein de nouveaux potos, un tee ou un sweat shirt aux couleurs de MotoMag que je porterai fiérot comme un drapeau lors de mes périples au guidon de ma moto, et au moins un milliard de nouvelles connexions sur les divers chapitres de mon blog tout en délire, ce qui, tu en conviendras, quand on se targue d’écrire, est à coup sûr la plus précieuse des récompenses, parce que comme un musicien goutte qu’un public écoute sa musique, le plus petit des écrivains aime aussi plus que tout que ses mots soient bien lus.

– Tu veux dire dire que ton scoop du monde entier, il ne t’a rien rapporté du tout ?

– Ah, tu ne m’as pas entendu ? Tu veux que je répète ? Ça va rallonger, ça risque de lasser, mais bon, ça en vaut la peine pour bien que tu comprennes : Eh bien dans le détail: Un merci en z’anglais d’un…

– STOP ! J’ai entendu ! Putaing, Tarmokeuf, tu ne respectes pas les règles, faut que tu joues le jeu, que tu demandes plein de fric, sinon ta vie elle est ratée, et ton talent il est gâché.

– Mais l’argent, mon ami, ça va avec un travail, c’est le salaire de la sueur, c’est pour payer des efforts. Et quand je suis parti en virée à moto jusqu’à Navacelles, j’étais en congé, j’étais en bonheur

 et tout au fond du cirque, d’avoir croisé la route de ces clowns trop déguisés, c’était plutôt marrant ; et d’avoir à portée de main, un appareil photo, pour prendre mes copains, quoi là d’anormal ?

Et que tout ça finisse par un scoop mooonnndiâââl,

Eux z’ont même pas demandé la permission

eux ils se les approprient

la preuve…

que même les States ont diffusé

http://blog.motorcycle.com/2013/03/21/manufacturers/bmw/2014-bmw-r1200rt-spied-testing/

ça n’est qu’un coup de ma chance ou un cadeau de la vie. Alors me faire rétribuer pour ça, comme je ne suis pas un ange, bien sûr j’y ai songé, d’autant que m’attend un voyage qu’il faudra financer, mais faire payer quelque chose qui ne m’a rien coûté,  je trouvais que c’était descendre trop bas dans ma moralité. Parce qu’à moins d’avoir froid, parce qu’à moins d’avoir faim, on ne devrait jamais revendre les présents qu’on nous a faits . Alors ces photos, ben oui, à mon tour, je les ai offertes, et ce que j’ai ressenti m’a drôlement enrichi, en tout cas bien plus que les quelques dizaines d’euros qu’on m’a dit que ça valait et qui, en rien du tout, auraient changé ma vie.

– Putaing ! Tarmokeuf ! J’ai compris, j’ai pigé, et désormais je t’ai bien cerné, au fond t’es qu’un naif, t’es un tout niais d’idéaliste, du genre de ceux qui croient que les hommes, un jour, ils seront gentils, et que la terre sera alors comme un p’tit paradis, mais ton idéal, mon pauvre Tarmo, c’est comme la ligne de l’horizon, on a beau rouler et essorer les gaz de la poignée, jamais personne l’a attrapée.

– A mon très humble avis et si je puis me permettre, je crois qu’une fois encore tu prends la mauvaise route et qu’une fois de plus tu vas aller t’embourber dans un chemin fichu, parce que ce que je sais et non ce que je crois, c’est que les z’hommes ne sont ni des méchants ni des gentils mais qu’ils essaient tous les moyens pour rester sur la route et qu’avançant ainsi un peu à l’aveuglette, tantôt c’est très bon, tantôt c’est pas bien ; et concernant la planète Terre, n’en ayant pas d’alternative, je n’ai effectivement pas d’autre choix qu’enfer… mon paradis. Mais là où à coup sûr tu fais ta plus grave erreur, c’est sur le sujet de mon horizon que, bien trop péremptoire, tu clames inaccessible. Car si, en effet, à chaque pas que je fais vers lui, sa ligne recule et semble me fuir, un jour, tu le sais bien, faudra bien que je me fige, et alors mes z’enfants, en poursuivant le leur, inéluctablement, dépasseront le mien. Et parce que nos pères, après des siècles de guerre, ont cru à l’horizon, ma fifille le Chat et moi, au tout début de juin, près de la moitié de l’Europe, nous allons traverser, sans avoir jamais l’obligation de montrer nos laissez-passer. Et d’identique façon, il y a plus de trente ans, à peine majeur et très désargenté, avec des tas d’autres Tarmos vraiment très en colère, vraiment très indignés, et contre l’opinion de la majorité comme toi trop résignée, j’ai versé mon écot pour fonder la mutuelle, celle-là même qui, aujourd’hui, permet à mes z’enfants de rouler à moto dans de décentes conditions. Sachant que du même élan naquit un magazine, un pavé dans la mare qui quelques années plus tard devint MotoMagazine, et tu comprendras pourquoi je ne pouvais faire autrement que de ces fameux clichés, à MotoMag en faire présent, parce que toi-même, tes photos de famille, trouverais-tu normal de les faire payer à tes propres z’enfants ?

Et pour conclure ce long chapitre sur le sujet de mon horizon, je dirai qu’à moto, pour une bonne trajectoire, on nous apprend à lever les yeux, à regarder au loin. Eh bien dans la vie, c’est du pareil au même, pour aller le plus loin, il faut relever la tête et se tenir le plus droit, parce qu’il n’y a qu’ainsi, en se grandissant, que notre horizon on le verra bien.

Chap 20 : Le scoop de Tarmokeuf… mais qui sont ces drôles de zèbres ?


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Après deux chapitres pas trop rigolos qui n’ont pas manqué d’inquiéter quelques-un(e)s de mes deux trois blogueurs blogueuses les plus assidu(e)s, je voudrais les rassurer sur l’altitude de mon moral et la belle couleur d’azur de mes idées pas si noires. Aujourd’hui donc, le 20 mars 2013, nous avons décidé Miss The XJR et moi, en compagnie d’une bonne bande de tarmos déjantés de nous rendre jusqu’au Cirque de Navacelles (une petite bouclette de plus ou moins 500 kms et dont l’itinéraire se trouve ici : http://goo.gl/maps/17GF6).

Le cirque de Navacelles, c’est bô !

Non, ne cliquez pas voir ailleurs, je ne vais pas vous refaire un nouveau billet sur la virée entre potes et z’avez qu’à aller traîner du côté des chapitres 15 et 16 si vous voulez réviser : http://lesblogs.motomag.com/tarmokeuf31/2013/03/02/alors-cest-quand-quon-roule-ensemble/.

Non, en bloguant aujourd’hui, je voulais juste vous faire profiter de ces quelques clichés :

Imaginez donc ma surprise quand nous sommes descendus jusqu’au fond du cirque, et que nous sommes tombés sur ces Tarmos en tomos bien déguisées, lesquels, en nous voyant, semblèrent aux entournures un petit peu coincés puisque immédiatement après notre arrivée, plutôt que de nous causer, préférèrent déguerpir. N’y connaissant pas grand chose en BMW (car à 49 ans, je ne suis pas encore frappé par ce terrible mal qui frappe tous les tarmos quinquas et qui les fait revendre leurs fiers destriers de leur jeunesse envolée pour passer chez béhème ou, pis encore, les fait arrêter la moto… pour aller chez Harley), j’ai tout d’abord songé que nous avions à faire à une sorte de club un rien particulier, dont les membres, en signe d’appartenance, plutôt qu’un blouson, préfèrent se faire repeindre toute la carrosserie… Mais tous les quinquas vieux qui là-bas m’accompagnaient, en très bons spécialistes de la marque à hélice, pas une seconde, ils n’ont hésité, et de leurs smartphones ont, alors qu’elles fuyaient, mitraillé ces teutonnes zébrées, en criant haut et fort que nous avions à faire à d’inédits modèles surpris en plein essai. Lesquels, je n’en sais fichtrement rien et laisse donc à MotoMag le soin d’en décider.

http://www.motomag.com/Nouveaute-moto-la-BMW-R-1200-RT-liquide-apercue-dans-le-sud-de-la-France.html

Mais une chose est bien sûre, mÔa j’aura pas d’Béhème et encore moins d’Harley quand j’aura 50 ans ! MÔa, j’aura un beau panier avec SylvieJolieChérie bien installée dedans.

Les motos des plus vieux… à votre avis, ce sont lesquelles ?

Chap 19 : A tous les tarmos tout cassés à l’hosto !


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– Tu sais pas ?

– Non !

– On t’a pas dit ?

– Ben non, quoi ?

– Ton poto s’est planté.

– putaing ! La moto, elle a rien ?

– Elle est bonne pour la casse.

– Oh putaing con ! Il n’en aura pas profité longtemps. Et lui ça va ?

Il ne faut pas conclure de ce banal et bref échange entre tarmos, et où l’état de la bécane semble passer avant la santé de son pilote,  que ceux-ci sont des sans coeur. Tout ça c’est du cynisme de pacotille, c’est pour faire croire que nous autres on est des durs, des durs à cuire, des durs au mal, des durs sans peur, des durs à la mort, c’est de la pudeur de testostérone. Et puis surtout, c’est de la dialectique à retarder l’arrivée des vraies mauvaises nouvelles, celles qu’on ne voudrait jamais entendre mais auxquelles on n’échappera pas parce que la vie c’est comme ça aussi. C’est donc ainsi, au détour d’une mauvaise vanne, que l’on apprend que l’un d’entre nous nous a quittés, que la route pour lui, elle est fini, que l’horizon, lui qu’en rêvait, il l’a enfin dépassé, et que celles et ceux qu’auront mal, ce sont celles et ceux qui l’aimaient et qui désormais se retrouvent avec un grand vide dans leur existence, un grand trou que creuse l’absence et que, d’une manière ou d’une autre, il va falloir combler pour continuer que ça avance. C’est toujours comme ça le départ d’un être cher pour n’importe quelle destination, celles et ceux qui souffrent et qui ont le coeur lourd, ce sont celles et ceux qui restent sur le quai en agitant la main, en criant leurs au revoir, en hoquetant leurs adieux. Le voyageur, un peu comme un acteur, dès qu’il entend “moteur”, il a déjà la tête ailleurs.

Mais la chute, le gros choc, ça n’est pas toujours l’heure du grand départ et des grands chagrins, le plus souvent, il s’agit juste du tout début d’une nouvelle aventure, de l’entame d’un nouveau bouquin.

Reprenons donc notre dialogue pas du tout imaginaire :

– Oh putaing con ! Il n’en aura pas profité longtemps. Et lui ça va ?

– Non, il est aux soins intensifs du CHU, il a bien tapé.

C’est comme ça avec nous autres les tarmos, on a de gros z’égos et de trop petits z’os, alors même taper dans une voiture, on dit qu’on le fait bien. Et le faire bien, c’est quand de l’hosto, tu ressors pas le lendemain, et que de la caisse en bois, c’est pas passé loin. A partir de là, vous pouvez laisser aller tout votre vécu, toute votre imagination, parce que niveau fracasse, le tarmo est sans limite : Du coma de tous les stades à la grande valse des estropiés, du para, hémi, tétra du monde des plégiques au règne des amputés, y’a que Pol Pot ou les nazis pour avoir fait pire.

Le point commun entre chacun, c’est dans le tempérament qu’on va le trouver. Parce qu’un Tarmo, même sans moto, il ne lâche rien, il ne donne jamais sa part aux chiens, même couché, il se tient droit, même tout hurlant, il serre les dents, même inconscient, il est présent. Vous pouvez m’en croire, moi qui en ai visitées beaucoup, une chambre de motard, même tout cassé à ne plus du tout bouger, ça ne sent jamais le croupi, ça ne remugle pas le trop vieux, ça ne pue pas le grabataire en tout bout de course, celui qui a terminé sa route et qui, les yeux mouillés, n’en finit plus de mourir parce que pour s’autoriser à partir, il attend juste que ceux qui l’aiment arrêtent de le retenir et lui lâchent enfin la main. Le Tarmo tout cassé, c’est bien autre chose, même les fois où, tout essoufflé et tout découragé, des photos de sa JolieChérieDamour ou de ses z’enfants le font pleurer, ce sont des larmes bonnes à couler, parce que les larmes, c’est souvent pire que de l’acide, et que si elles ne sortent pas elles vont tout ronger à l’intérieur. Ces pleurs, c’est du bon signe, c’est de la vie qui entre en même temps que le croupi s’éloigne.

Cette vie, forcément, elle ne sera plus pareille, mais c’est de la vraie vie à venir, de l’avenir à découvrir, du futur qui ne ressemblera pas au passé, lequel est déjà loin derrière, parfois même très très loin. Il te faudra être fort pour l’accepter, il te faudra être un géant pour t’adapter. Pour ça, sur ceux qui t’aiment, tu pourras toujours compter, de la même façon qu’ils comptent sur toi pour ne pas les abandonner. Et comme t’es un Tarmo, même sans moto, tu y arriveras, et jamais les bras tu ne baisseras, même si peut-être jamais tu remarcheras. Parce que tu le sais, ça n’est pas à sa démarche qu’on juge si un homme est grand ou pas.

C’est ainsi, il y a le vécu, il y a le à vivre. Entre les deux, il y a le présent. Ce présent que l’on peut juger absurde et insensé parce qu’il y a parfois des accidents, des trucs injustes pas prévus qu’on ne sait ni comprendre ni expliquer et qu’on range généralement dans le grand fatras de la fatalité. La vérité, c’est que dans la vie, tout peut arriver. Et que c’est là que se cache le grand talent des hommes. D’être capables de tout ce qu’il leur arrive, d’y mettre du liant, pour qu’un évènement devienne l’un des chapitres d’une belle histoire qui fera d’une simple existence une sacrée destinée, laquelle, on l’apprend tôt ou tard, valait bien toutes ces peines que l’on aura vécues.

Sois-en bien sûr, ce talent-là, à la naissance, chacun sa part a bien reçu, et quoi qu’il arrive, quoi qu’il advienne, on est toujours vivant tant qu’on l’a pas perdu.

Chap 18 : Au secours ! Mes enfants ont le permis moto !


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– Papa, maintenant que je gagne des sous, j’vais m’offrir une bécane ! Lâcha un jour mon fiston Guillaume, tout droit fiérot au beau milieu d’un repas dominical.

– Et mézigue, c’est idem, ajouta un peu plus tard son jumeau Jéremy, son livret A ayant enfin atteint l’épaisseur du matelas de la Reine-Mère.

– C’est bien fait pour toi, mon fils, m’asséna par mail Mémée Geek, décidément trop à l’aise sur le web avec sa tablette. Les petits-enfants, c’est la vengeance des grands-parents! Tu vas enfin comprendre ce que tu me fais subir depuis un tiers de siècle. Tu ne serais pas déjà si dégarni que j’aurais bien ri de voir un beau matin tes cheveux blanchis par les frasques motocyclistes de tes z’enfants chéris.

Mais quel péché très capital, quel blasphème trop infernal avais-je pu commettre pour mériter un tel divin châtiment? Et si les dieux n’y étaient pour rien, où donc, moi le doué Tarmokeuf, le poète pouét pouét, le philosophe pas beauf, le blogueur du coeur, l’écrivaillon de l’horizon, le plus grand chéri d’amour de SylvieLaPlusJolie, le trop génial papa quinqua du Chat en route pour Helsinki et de ses frères que j’aime pareil avais-je commis l’erreur fatale? Moi, qui n’aime rien tant que lancer mes phrases dans tous les sens, moi qui pense à contre-pied, qui encense les double sens et danse avec les insensés, quelle bifurcation avais-je donc manqué pour à ce point me ramasser? L’arrêt de bus n’est-il pas toujours planté devant la porte d’entrée? L’ex super R5 du papi n’est-elle pas toujours assurée à leurs 2 prénoms? Mes amis tarmos les plus fêlés et moi-même n’avions-nous pas eu tous les accidents qu’il fallait pour bien montrer la stupidité de ce projet? Alors quoi, pourquoi me faire ça à moi? Quel a été mon crime pour que ma bêtise soit à ce point héréditaire et mes conneries à l’infini reproductibles?

SylvieChérieJolieQuiConnaitBienLaVie me regarde avec ses grands yeux couleur d’automne. Elle écarte les bras, déjà résignée, quoique pas plus emballée que moi par leur pas bonne idée. Dans son regard, il n’y a pas de reproche, juste un petit rien de fatalité. C’est tout muet mais ça me parle. C’est comme si elle me disait : Tu veux pas qu’on s’étonne que tu sois ce que tu es, alors t’étonne pas que tes mômes soient ce qu’ils sont, et ce qu’ils sont, c’est pas tout toi, c’est pas tout moi, c’est un peu de toi, un peu de moi, et beaucoup de qu’à eux, alors forcément, un mélange pareil, tu peux faire ce que tu veux, tu ne sauras jamais jusqu’où ça peut aller où ça veut. T’aurais pu juste te douter et au cas où, sur tes exploits, mettre un peu de sourdine, ô mon fanfaron mari, parce qu’à présent, mon adoré, les histoires de bande de peur, de virage en glisse, de genou par terre et de roue avant en l’air, je ne serai plus la seule que ça fera frémir, toi aussi à les écouter se vanter, je te garantis que tu vas blêmir.

Et malheureusement, comme nos z’enfants sont bien parfaits, les mots de leur décision se sont mués en suite d’actions et quelques semaines plus tard, l’embourgeoisée Miss The XJR dut partager son couchage avec une effrontée Little Fazer, donnant à mon garage un petit air de concession de la marque aux trois diapasons. Evidemment, depuis lors, quand le parking se vide, nos tripes se nouent et nous ne dormons plus. Mais en vérité, c’est depuis qu’ils sont nés que nos ventres agonisent et que le sommeil nous fuit. La vie est ainsi faite, on croit leur donner le jour et à peine arrivés, les goulus nous piquent aussi nos nuits. Bah ! On aura bien le temps de dormir et de soigner nos ulcères quand on sera au Paradis.

Et puis le temps passe doucement et je dois reconnaître qu’ils s’en sortent à merveille. Oh! bien sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de m’en mêler un peu, de leur expliquer quelques-uns de mes trucs de vieux : Comment monter leur joli joujou sur la béquille centrale sans passer par la case hernie discale, comment démarrer quand il fait froid sans tuer la batterie, comment ne pas se faire surprendre par le verglas d’été quand il fait chaud ou par les feuilles sur lesquelles à l’automne on se ramasse de bonnes pelles, toutes ces choses vitales qu’on n’apprend pas dans les écoles et qui évitent bien des cabrioles à ceux qui les savent.

Et puis un jour, quand ils le sentent, quand je les juge à même, quand SylvieJolieMaman l’accepte, pour la première fois, nous partons tous ensemble, moi devant et eux derrière. C’est mon côté poule, j’aime bien ouvrir la route et sentir mes enfants dans mon sillage, j’aime moins les avoir en point de mire, toujours à imaginer le pire. Dans mon monde, c’est au père d’être en première ligne, c’est au papa de jouer la chair à canon. Et puis c’est ainsi, plus je vieillis, plus j’aime que ma ligne d’horizon soit bien dégagée. C’est là l’unique interdit que SylvieMaman et moi avons fixé à nos enfants. Sur notre route vers le levant, au-delà d’Helsinki, au-delà même de Vladivostok, là-bas tout au bout de la Terre, tout au bout de la Vie, ils peuvent batifoler là où ils veulent mais ils n’auront jamais la permission de nous passer devant.

CHAP 17 : Wadjda, une Tarmomeuf…


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Il faut le savoir, les Muses sont joueuses et c’est lorsque vous ne vous y attendez plus qu’elles jaillissent de leur boite à musique pour vous inspirer le sujet du jour et vous intimer les mots à faire rimer avec amour. J’avoue que quelque peu débordé et pas mal overbooké, pour ce vendredi ajouter un chapitre me semblait fort compromis. Mais les muses sont des femmes et le 8 mars est leur fête, aussi m’ont-elles en ces termes entrepris :

– Tarmokeuf, ne nous fait pas affront. Ce jour est notre jour, alors ton joli cul, devant ton clavier, tu vas l’aller poser, et à ton boulot d’aède, tu vas te consacrer.

– Ô mes déesses, toute l’année, à chaque heure, je chante vos louanges, et du ménage, ne jette pas ma part au chien. Permettez qu’aujourd’hui je fasse l’échange et passe à d’autres le relais ; mes dames, au change, j’suis sûr que vous gagnerez bien plus que ce qu’avec moi vous avez déjà obtenu.

Mais les Muses sont têtues et je me savais par avance déjà vaincu, aussi me suis-je exécuté, comme elles l’avaient bien sûr tout bien prévu.

– Eh Tarmokeuf, veux-tu bien en finir avec ces vers fleurant l’antique et envoyer valser ailleurs ton côté rimailleur. C’est aussi notre fête à nous, les modernes blogueuses, et aujourd’hui, nous exigeons du rigolo et du grave, du léger et du profond, du vite lu et du qui fait réfléchir, et comme t’es sur Motomag, de la moto, forcément, tu nous en dois aussi. Tu crois quoi ? Que parce que tu vas bientôt partir pour Helsinki, nous autres, le goût de ta liberté, on va faire une croix dessus !

Oh mes amies les blogueuses ! Comme vous y allez ! Comme sur mon compte vous vous méprenez ! Votre liberté à toutes, c’est là mon credo, mon fil tout rouge bien conducteur, pour que ma fifille globe-trotteuse puisse parcourir tranquille sa planète sans qu’un malsain lui croche le pied, pour que SylvieJolieChérie ait moins mal partout quand elle ouvre les yeux sur les actuatélés, pour que des Marie ne meurent plus sous les coups des Bertrand en laissant derrière elles des effluves d’amertume, pour que plus aucune femme qui donne au monde un peu de sa beauté en atours n’ait peur de son frère, de son père ou de son chéri qui ne veut voir en elle qu’un méchant appât, et pour que toutes celles qui le veulent puissent devenir des Tarmomeufs sans entrave ni boulet au pied, sans compte à rendre, sans devoir, comme Wadjda la p’tite héroine du film éponyme qu’on peut voir en ce moment sur nos écrans, renverser des montagnes juste pour faire du vélo, le vélo qui, on le sait bien, est le premier pas vers la moto, et du même coup justifie sa présence ici, sur le site d’un Mag Tomo.

Moi qui ne crois en aucun dieu, moi qui ne crois qu’en la vie, cette vie qui peu à peu nous élève en nous allégeant de nos chaînes, je voudrais dire à tous ceux qui mettent des bâtons dans les roues des motos de ces dames, qu’ils ont déjà perdu, qu’ils sont d’une espèce déjà condamnée, qu’ils ne peuvent rien y faire, qu’aucun barrage ne peut retenir éternellement le cours des choses, cette force toute puissante qui a tout l’univers pour pousser dans le bon sens. Tout ce qu’ils obtiendront à refuser l’évidence, c’est retarder l’échéance et se priver eux-mêmes de ce trésor que détiennent les femmes libres et dont leurs enfants, malgré eux, finiront pas hériter.

Mais si je me trompais, après tout, pourquoi pas, les oeillères, les certitudes, comme je suis un homme libre, je n’en ai pas. Alors Imaginons qu’un dieu existe et qu’on finisse par devenir assez léger nous-mêmes pour quitter la Terre et nous en aller habiter avec lui du côté des étoiles, je doute que ce démiurge, avant de nous laisser entrer, ait oublié de faire le compte de toutes les larmes de femme qu’on aura fait couler.

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=207621.html

Chap 16 : Les joies de la route à plusieurs… ou la balade sucrée de l’amer salé… (2ème Partie)


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(résumé de la première partie, celle d’avant la pause pipi : Tout le monde est arrivé et il n’y a plus qu’à démarrer…)

Un rassemblement de motards ?

J’enclenche donc la première et tourne la poignée. Tout en menant la meute entre les files de voitures pour nous enfuir de la ville et rejoindre notre terrain de jeux, je calcule la distance à parcourir, la moyenne à tenir, je m’essaie à la règle de trois, je commence à me dire que ce sera limite limite, qu’il faudra penser à rappeler le resto en chemin pour prévenir qu’on sera à la bourre, pour demander de ne surtout pas arrêter le four, qu’on est vraiment désolé, qu’on prendra deux apéros et du vin en retour… pour compenser…

La montagne, le royaume des Tarmos

Et les premiers virages surviennent. C’est avant tout pour eux qu’on a choisi de passer par là, et tout en inclinant la moto, tout en contre-braquant, tout en regardant au loin, je jette un coup d’oeil rapide dans le rétroviseur. A l’arrière certains s’aperçoivent de mon oeillade, ils pensent que je les jauge, que je les toise, que je les juge, ils crient à la provocation, ils hurlent à l’hallali, alors ils accélèrent, nous collent carrément au train. Miss The XJR, SylvieJolieChérie et moi, c’est juré, on voulait juste s’assurer que derrière ça se passait bien. Et soudain, en pleine courbe, on traverse une plaque de gravillons, par réflexe, j’appuie plus fort sur le repose-pied extérieur et pousse sur la branche intérieure, je sens ma passagère se raidir un peu et Miss The XJR dandiner du croupion, c’est sa manière à elle de balayer la route, pour pas que cette coquine fasse le ménage de mes copains. De toute façon, aujourd’hui, Sainte-Gamelle est de garde, peut-être apercevrons-nous le diable mais, c’est sûr, nous ne lui toucherons pas la queue, ainsi le programme se déroulera-t-il sans accrocs ni drames.

Attention aux gravillons !

sinon ça se termine comme ça… heureusement sans plus de mal

Un peu plus avant et vraiment en retard, nous nous installons autour de la grande table. Les vannes fumeuses, les blagues graveleuses arrivent en même temps que les Kir pour tout le monde et les pastagas de ceux que le cassis n’attire pas. Ça parle de tout, ça hurle pour rien, ça sourit autant que ça rigole, sans discrétion, avec largesse, c’est normal, les voix sont fortes quand les hommes se sentent forts. Bientôt les hors-d’oeuvre s’étalent dans les assiettes, ça commence alors à se chambrer, à grattouiller certaines susceptibilités, forcément il y en a toujours un qui prend pour deux, le moins méchant généralement, celui qui se laisse faire, celui qui n’en a que faire. Le bouc-émissaire, ça n’est pas nouveau, et il n’y a pas qu’en temps de crise qu’il en faut un, aussi, nous les gentils, remercions les anglais d’avoir inventé le foot et ce faisant de nous avoir épargné quelques bûchers. Une fois le trop de pression évacué, une fois tout le monde bien défoulé, bien désénervé, on baisse le ton, on passe à autre chose, on refait le monde en refaisant le parcours ; des mots à la moto, de la moto aux mots, ça ne semble jamais devoir s’arrêter, d’autant que chacun raconte dix fois les mêmes anecdotes, de celles qui entrant dans notre histoire commune deviendront les souvenirs que l’on pourra se remémorer dès la prochaine sortie et qui renforceront le lien qui fait de chacun le copain de l’autre. On se sent bien. La bouffe est grasse donc elle est bonne. Le cholestérol coule à flots. Je ferai un régime dès mon premier AVC, c’est promis, c’est juré. La température monte. Les joues rougissent en même temps que le vin s’évapore. C’est de la bonne chaleur, de celle qu’est bien humaine, la chaleur de l’échange, la chaleur d’être ensemble autour d’un projet commun.

Menu de Tarmo

Le gras ça donne le goût

Mais comme tout à une fin, il nous faut repartir, il est temps à présent de payer l’addition. Chacun y va alors de son chéquier, de sa CB, on doit faire la queue, on attend, on s’impatiente, on additionne puis on divise ; celui qui n’a pas pris d’apéritif, celui qui boit trop de vin, celui qui ne mange pas de porc, celui qu’a pas voulu de dessert, celui qui préfère le thé au café, chacun prend sur soi, tout le monde paie pareil ; et puis soudain on suggère de créer un pot commun, pour que la prochaine fois, ça ne traîne pas comme ça, pour que la prochaine fois, la queue on la fasse pas. Moi, dans ces cas-là, je ne réponds rien, je fais le sourd, les caisses communes, je les sens pas bien ; à deux ou trois, je ne dis pas que je le ferais pas, mais au-delà, une tirelire, ça ressemble trop à une banque. Et être banquier, c’est pas mon métier. J’en ai trop vu des groupes exploser en plein vol parce que le trésorier puisait dans la caisse ou que certains étaient contents de l’en soupçonner. L’argent, ça passe de mains en mains, c’est pas trop sain, ça fait des petites taches partout où ça traîne  Alors pour ne pas choper de microbes, pour ne pas attraper de vilaines maladies, pour présenter pattes blanches, faudrait accepter de se les laver dix fois par jour. Tracer l’itinéraire, tout bien préparer, ouvrir la route, tout ça je crois bien que c’est dans mes cordes, mais être banquier comme il se doit, je ne suis pas certain d’aimer à ce point la propreté… Un bon financier, et bon veut dire honnête, depuis toujours, vous pouvez vérifier, c’est ce qu’il y a de plus dur à trouver.

Une fois tout le monde dehors, nous rechaussons nos casques, renfilons nos gants. Nous démarrons les moteurs et d’un coup de rein paresseux débéquillons nos montures, paradoxalement, c’est nous qui avons baffré mais ce sont elles qui ont engraissé… Sur le chemin du retour, les sucs digestifs commencent leur oeuvre et nous plongent dans une sorte de léthargie. Imperceptiblement, le rythme s’apaise et les nerveux virolos du matin se muent en lents méandres. Les kilomètres défilent tandis que les heures s’égrènent.

Le retour…

L’excitation revient un peu quand nous arrivons dans les faubourgs de la ville, quand les feux tricolores se font de plus en plus présents, annonçant la fin du périple. Et comme chaque fois, plus nous approchons de l’issue de cette journée, plus nous sommes pressés d’arriver, aussi personne ne veut-il s’arrêter pour se dire au revoir. C’est ainsi que chemin faisant, un par un, deux par deux, voire par petits paquets, tandis que la ligne d’arrivée approche notre bande se délite peu à peu. Quand on le peut, on monte à hauteur, on se fait un p’tit signe ; pour les plus adroits, tout en roulant, on échange une poignée de main ; pour les autres, un bref appel de phare, un petit coup de klaxon ; voilà comment chacun bifurque, comment tout le monde se sépare. D’une certaine façon, même SylvieJolieQuEstBelleMêmeEndormie ne me suit plus. Je sens de plus en plus souvent son casque venir cogner contre le mien. C’est le signe qu’elle somnole. Avec sa santé vraiment pas bonne, c’est un miracle qu’elle ait tenu jusque-là. Enfin pas vraiment un miracle. Ou plutôt si. Un miracle de sa volonté et de l’amour qu’elle a pour moi, que j’ai pour elle, et qui la pousse à tenir jusqu’au bout. Mais la volonté, l’amour, ça ne décide pas de tout. Aussi s’est-elle endormie plus tôt qu’elle l’aurait voulu.

Et voilà ce chapitre terminé en même temps que s’achève cette belle journée, à peine quelques heures d’une vie. Une vie que l’on parcourt ensemble mais que chacun finira seul, à sa manière.

Alors c’est quand qu’on roule ensemble ?

Des motos au paradis…

Chap 15 : Les joies de la route à plusieurs… ou la balade sucrée de l’amer salé… (1ère Partie)


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Ah mes ami(e)s blogueurs, Je sais bien que de temps à autre, je sors des rails, que je vire à gauche, que je vire à droite, que je virevolte sur moi-même, que je saute en l’air et me retrouve par terre. Je m’en rends bien compte que même vous ça vous perturbe, que ça vous impatiente, que mon Chat à Helsinki, vous voudriez déjà la voir, que vous voudriez déjà que j’y sois, pour être sûr que je ne vous raconte pas des craques, que je ne vous mène pas en bateau, mais c’est comme ça, je n’y peux rien, le temps a ses exigences et la musique son propre tempo, alors en attendant juin et le départ vers l’horizon, je fais danser les mots en une drôle d’oraison. Ainsi aujourd’hui, je vais vous causer d’un truc qui me tient au coeur et au corps, et que tous les Tarmos en fin de carrière ont bien dû essayer un jour : La petite balade entre amis ! Alors, maestro, je vous en prie, n’attendez plus et faites jouer votre orchestre !

Tout d’abord, il faut le savoir, une sortie entre potos tarmos, ça vous prend au coin de la rue, ça se décide comme ça, sur un coup de tête, en slalomant entre les tables de la cafét’ ou à l’apéro entre deux cacaouettes. Ça part de presque rien, d’un brin de soleil dans le coin des yeux, d’une démangeaison du poignet droit, d’une ankylose de la cheville gauche. Bientôt, ces petites sensations, presque des irritations, s’articulent pour devenir des mots : Oh Tarmokeuf, ça fait un bail que toi et moi on n’a pas sorti nos bécanes, c’est pas cool ! Alors dis-moi, c’est quand qu’on roule ?

Et comme la gratouille du tarmo, il n’y a pas plus contagieux, c’est décidé, ce sera dans une quinzaine que nous irons faire les andouilles, parce qu’auparavant il y a tout le groupe à prévenir, tous ces potos qu’on ne voit jamais, qu’on n’appelle jamais, ceux qui naviguent dans d’autres eaux, ceux qui n’habitent pas dans les mêmes zoos et  puis, bien sûr, ceux qui ne votent pas pour les mêmes zozos, il y a aussi celui qui court après les bandits, inséparable de l’autre gnafron que l’on sait plutôt du côté des voleurs, et puis il y a celui qui croit en dieu, celui qui ne croit à rien, celui qui croit à tout et tous les autres qui n’y pensent pas du tout, et pour être exhaustif,  il y en a même un ou deux qu’ont pas les mêmes accents, des qui sont blancs, des qui sont noirs, des qui ne sont ni noirs ni blancs. Et j’allais oublié, le préféré de ces dames, le trousseur de jupons, toujours accompagné de son fils qui, de près, préfère les garçons. Je ne trie pas, je ne peux pas, j’ai mélangé tout le monde dans la même liste de diffusion. Alors qui nous aime suivra.

Un peu plus tard c’est le dépouillement des invitations : Forcément, il y en a qui se défilent, parce qu’il fait trop froid, parce qu’il fait trop chaud, parce que c’est trop mouillé, que mes pneus y sont trop lisses, que j’ai trop pas fait ma vidange, parce que ça fait trop de frais, que les z’enfants ils coûtent trop cher, que les z’impôts ils sont trop hauts ; toutes ces trop bonnes excuses, en vérité, c’est de la gentillesse, c’est pour ne pas nous dire qu’ils n’en ont pas envie, pour ne pas qu’on croie qu’ils ne nous z’aiment pas ; ensuite il y a ceux qui ne le sentent pas, et quand on le sent pas, on le fait pas, surtout quand on n’a pas de vraie raison à sa disposition. C’est de la noire intuition, du mauvais feeling, du sombre pressentiment, un truc pas très clair, mais qu’il faut savoir écouter pour s’éviter bien des regrets. En même temps, faut pas confondre avec la trouille, celle-là, faut pas trop l’écouter mais il faut quand même l’entendre. Le distinguo est pas facile… Faut un peu de vécu, un rien d’expérience, la confiance c’est en vivant que ça s’apprend. Enfin, il y a les pénibles : Ceux qui ne répondent pas sauf quand ils en sont ; ceux dont on attend les réponses jusqu’à plus soif et qui la veille au soir vous disent oui, vous disent non ; ceux qui disent oui et qui ne viendront pas ; ceux qui disent non mais qui, heureuse surprise, viendront ; et aussi ceux qui n’y arrivent pas, qui ne disent ni oui ni non, qui disent peut-être ou peut-être pas. Mais comme ils ne changeront pas, c’est à l’organisateur de s’adapter, de faire avec. Faut du sang froid pour ce rôle-là, sinon faut faire autre chose et laisser ça à d’autres.

Une fois la liste des compères établie, il faut encore tracer un itinéraire, le rentrer dans le Tripy, ce machin jaune dont je vous ai déjà causé au chapitre 10 et qui aura pour mission de nous mener à dame ; et puis fixer un horaire, trouver un point de rendez-vous ; et pour l’heure de départ, bien prévoir de la marge, parce qu’un groupe de motards en goguette, c’est plus pipelette qu’une troupe de midinettes, et donc du retard, forcément, y’en aura ; il faut aussi penser à la pause café, à la pause déjeuner, à la pause goûter, parce qu’un tarmo, quinqua ou pas, ça consomme plus que sa moto, sauf si celle-ci est la mienne, Miss The XJR, parce que il n’y en a pas de plus vorace, mais si vous me lisez depuis le début, ce p’tit point de détail, vous le saviez déjà.

Le jour dit, à l’heure prévue + 45 minutes, une fois tout ce petit monde regroupé, les road-books distribués et le premier café ingéré, peut-être croyez-vous que nous allons enfin pouvoir démarrer… Ah mais non ! Il en manque un ! Ah lui ! Vous vous en doutiez. Forcément, puisque c’est toujours lui dont il il s’agit. Alors on fait chauffer les portables, un peu inquiets tout de même derrière nos masques qu’on feint désinvoltes et rigolards, on ne sait jamais, des fois que pour une fois ça ne soit pas l’habituelle panne de réveil mais une vraie panne tout court… ou pire encore, qu’on doive le retrouver tout cassé au CHU, en salle de réveil, en réa, voire même, à la mise en bière… Nous avons beau jouer les bravaches, vous et moi savons que ces choses-là arrivent parfois, nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, nous-mêmes sommes des survivants, des rescapés, et même pour certains, des miraculés. Quelques-uns parmi nous ont tellement de ferraille dans le corps qu’ils font sonner les portiques des aéroports… J’exagère à peine… Mais soudain, le son caractéristique d’une moto en pleine bourre perce le petit matin et quelques secondes plus tard, le retardataire nous a rejoints. Nous abrégeons les justifications vaseuses dans lesquelles il s’enlise, nous stoppons là les effusions, la suite des retrouvailles devra se faire plus tard. Le temps n’a déjà que trop coulé, Il n’y a désormais plus une minute à perdre…

Mais comme je ne veux ni vous perdre ni vous lasser et qu’on m’a bien fait comprendre que regarder un blog ça n’est pas lire un livre, que le blogueur comme la blogueuse sont à leur façon de zélés zappeurs, je vous marque une pause, vous offre un entracte, et vous donne rendez-vous au chapitre 16 pour la seconde partie.

Mais si entre temps, il vous prend l’envie de rouler, que vous êtes de Toulouse, que vous ne savez où aller, jeter un oeil ici : http://tarmokeuf31.e-monsite.com/  à la rubrique anciennes balades, ça pourra peut-être vous donner des idées. Evidemment, c’est tout gratuit, je ne touche pas un sou pour ça.

Chap 14 : Le vent dans le dos mais un peu à contre-courant…


tarmokeuf31

Ah mes amis blogueurs et blogueuses, vous me voyez bien dépourvu car juin est encore loin et bien des mots doivent s’écouler d’ici là. Ainsi, à l’instar de ce conte où pour ne pas finir trucidée, suspendue à un crochet au mur d’une pièce obscure, l’héroïne hurle du haut d’une tour : «Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? », je m’adresse aux hauts des hurlevents : “Olla mes muses ! ohé belles égéries ! Dites-moi, mesdames, ô vous qui êtes si sages, que nous chante le doux murmure de l’air du temps afin nous sachions sur quel sujet composer le chapitre d’aujourd’hui ?”

En appeler ainsi aux déesses des scribouillards en détresse n’est sans doute pour beaucoup qu’une preuve de faiblesse, mais pour sortir du brouillard et éviter que mon blog finisse au placard, je n’ai pas d’autre recette que de ne pas en avoir ni d’autre possibilité que celle de la nécessité. Me laisser aller, ouvrir les narines, humer le parfum du moment, me laisser porter par la force du courant jusqu’à ce que la magie opère, je ne sais pas faire autrement. N’en soyez pas peinés, c’est la complainte du fainéant.

A mon corps défendant, il me faut vous avouer que le chapitre 13 a eu une jolie p’tite audience (comme quoi parler d’amour n’est jamais déplacé) mais que si le bougre ne manquait pas de “selle”, pour faire au moins aussi bien sans faire du réchauffé, au chapitre 14 va falloir que j’m’attelle. Ne vous inquiétez pas outre mesure car même sans le renfort d’une goutte d’alcool ni l’aide du moindre morceau de chaud chichon, une confiance absurde m’habite depuis ce jour béni où  j’ai décidé de me rendre à Helsinki. Quelle en est la raison ? A cette question, je n’ai pas encore de réponse mais de ces mélodies entendues au réveil et qui, dès lors, dans votre tête s’invitent pour la journée, cherche-t-on à savoir le pourquoi du comment de l’art du musicien ? Ne suffit-il pas de savoir que la science de l’accord, de la simultanéité, en musique comme en métaphysique, s’exprime d’identique façon sous le même et joli mot.

Et pour en revenir à nos motos, songeons à ces premières balades, au sortir de l’hiver, lors de ces trop rares RTT de printemps ; ces journées où il fait si doux qu’on a ni froid ni chaud ni rien de trop et qu’on découvre, au passage d’une belle courbe ou d’un joli col, un inattendu paysage s’étendant sous nos yeux à perte d’horizon, un tableau si grandiose que le souffle se coupe, que les pupilles s’écarquillent, ému à un tel point qu’on ne peut résister à l’envie de ralentir le rythme, d’oublier le chrono et l’heure du resto. Les hurlements de nos engins se font alors gentils ronrons et on se met à enrouler les virages avec grâce, chacun se suivant à bonne distance, chacun dans sa bulle, le sourire aux lèvres, avec pour unique crainte, que cela s’arrête. Cela aussi, comme en musique, comme en métaphysique, se désigne du même mot, du même doux mot, du même très joli mot, un mot qui résume l’état de mon esprit depuis cette prise de décision d’aller chercher mon Chat à Nurmijarvi.

Alors ce mot, ou plutôt dois-je écrire, ce quatorzième chapitre ? Bien sûr, vous l’aviez compris. Somme toute, après l’amour, c’était logique, il ne pouvait être question que d’harmonie.

Le bien heureux