les questions sans réponses…


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Partir, repartir, s’enfuir, se retrouver, les fuir, les retrouver, les pays, les gens, la vie… personne n’arrivera jamais à trouver les mots juste, chacun ira de sa petite formule alambiquée et moi, éternellement, je me repose les même questions en sachant que là-bas, tout au bout, de l’autre côté, à chaque fois j’irai un peu plus loin et à chaque fois je trouverai une petite parcelle de réponse…

La répète…


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Un peu comme pour une répétition, je suis parti faire un tour pas loin de chez moi… le Massif Central, les Pyrénées, les routes du Sud, retrouver mes premiers émois, me replonger dans cette époque où j’imaginais la France comme un vaste territoire sauvage et hostile.

J’ai cassé la tirelire laissée en héritage par mes vieux parents partis pour leur virée définitive, leur ultime voyage, leur envol au pays des songes… ils avaient donc cassés leur pipes, tous les deux presque en même temps, solidarité ultime des couples à l’ancienne.

Ma sœur, mon frère et moi, on s’est retrouvé dans le camp des vieux et je m’étais toujours dit qu’ arrivé à cette étape de la vie, je m’offrirais mon dernier caprice, une bécane solide qui m’emmènerait jusqu’au bout de ma route…

Je me suis équipé du dernier gros trail bicylindre refroidi par air disponible sur le marché. Je trouvais ça sympathique, un bon gros moulin, de la vibration, de la moto Italienne comme on l’imagine, un truc vivant, plein de sensations.

On m’avait pourtant prévenu, une Moto Guzzi, c’est un style, il faut aimer les surprises, s’habituer aux facéties électroniques, mais en retour, on profite d’un machine généreuse en sensations… enfin, c’est ce qu’on m’avait dit ; un peu tout le monde, les journaleux, les puristes, les mécanos, tout ce qui gravite autour du petit monde de la moto…

Elle m’en a donné très vite des sensations, mais pas celles escomptées…

virée apéritive énervante…


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Le but de cet échauffement était de me tester, moi, pas la moto ; de vérifier si, comme depuis toujours, la flamme de l’écriture se ravivait instantanément aux premiers virages.

J’ai donc rangé ma Thunderbird , ses légers bruits de transmission et ses cent cinquante trois mille kilomètres, aux archives au fond du garage, pour découvrir ce que j’imaginais être une moto moderne.

Il est vrai qu’elle est construite autour d’un concept à l’ancienne, un bon gros bicylindre sans radiateur, il y a des âges où ça rassure d’avoir des repères, des petites balises de nostalgie.

Les moyens de locomotion modernes c’est bardé d’informatique ; je n’ai rien contre, je ne suis pas un obsédé réactionnaire nostalgique du carburateur. Je comprends qu’il faut s’adapter, que la planète est en danger, qu’il faut polluer moins, mais malgré tout, je me pose des questions : à quoi servent-ils vraiment, tous ces capteurs  électroniques? La moto ne consomme pas moins que l’ancien modèle à carburateurs, mais quand arrivent les symptômes de ce que, jadis, j’aurais identifié comme une poussière dans le gicleur, plus moyen de démonter au bord de la route ; il ne reste plus comme option que la capitulation.

C’est l’électronique qu’on me dit partout avec un air désabusé… si l’électronique permettait des économies d’énergie, de pollution, de décibels, mais complotiste comme tous les vieillards, je me demande parfois si tout ça n’est pas une vaste arnaque capitaliste, une concession de plus lâchée au libéralisme triomphant : une obsolescence programmée pour laminer le recours au petit mécano de quartier. A la moindre pétouille, il n’y a  plus qu’une solution, l’agent exclusif et sa valise électronique.

Il y en a sûrement une de solution alternative, c’est pour ça qu’on aime la moto, c’est une secte où on trouve toujours celui qui connaît les solutions alternatives…mais je me pencherai là dessus à mon retour. Je vais laisser cette Moto Guzzi au fond du garage ; de toute façon, aucune inspiration n’est venue… l’ordinateur du tableau de bord m’envoyait tellement de messages alarmistes, qu’il fut difficile de rouler détendu .

L’inspiration m’avait lâché ; anéantie par l’informatique.

par où? Vers où?


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Rien ne vaut le voyage lointain au départ de chez soi… Le baluchon sur la bécane, la clé sous le paillasson et c’est parti pour le bout du monde sans date de retour…

Mais je ne pars jamais pour l’éternité… un, deux ou quatre mois parfois, mais jamais plus… Au delà de quatre mois, cinq peut-être, on bascule dans une autre dimension qui fera basculer un voyage lointain en changement de vie. Je choisis le luxe de pouvoir traîner tout en rentrant régulièrement, osciller entre deux vies, ne jamais choisir vraiment. C’est une option intermédiaire qui ne manque pas d’attraits, elle m’offre le plaisir des retrouvailles et l’impression de m’immiscer progressivement dans l’ailleurs.

Mes voyages fragmentés m’offrent le temps de laisser le hasard me poser dans des endroits où personne n’aurait eu l’idée de poser quoique ce soit, pas même un regard… mais divaguer par intermittence exige des retours réguliers, des visas à tiroirs et des formalités douanières tentaculaires.

Et puis surtout, ça m’oblige à prendre l’avion …l’antithèse du voyage au long court , l’engin symbolique du tourisme de masse, le véhicule des hommes pressés…