Le conditionnel


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Je devais donc repartir à Omolon… Tout semblait s’agencer remarquablement…

Le docteur d’Omolon s’était occupé des formalités du Propusk, ce fameux laisser passer délivré par les autorités du Tchoukotka pour avoir le droit de traverser ce territoire autonome. Il avait organisé mon accueil par un collègue à lui à l’hôpital d’Omolon et le transport de la la moto jusqu’à Bilibino, la ville à partir de laquelle les routes sont, parait-il, vaguement plus carrossables. Mon Docteur Sergeï m’aurait attendu à Bilibino où il vient d’être temporairement  nommé . Tout ça s’agençait tellement bien qu’on aurait presque cru à un voyage organisé.

Mon départ était programmé pour ce jour fatidique où la France s’est refermée sur elle même. Quel hasard étrange…

Encore deux jours avant, je préparais mon paquetage, j’inventoriais  insouciant les derniers détails, les petites choses à ne pas oublier, j’étais encore dans l’excitation du départ.

Il était difficile d’échapper aux rumeurs de pandémie, mais le Tchoukotka, là-bas, de l’autre côté de la planète, semblait si loin de tout ça. J’étais sûr d’y trouver cette sérénité  dans laquelle le voyageur solitaire retrouve toujours cette délectable sensation de plénitude.     Je vais devoir tenter de retrouver cette plénitude en restant chez moi.J’ai de la chance ; par la fenêtre la vue est belle, les cerisiers fleurissent et bourdons et abeilles s’y affairent. Elles s’en foutent, les abeilles, de ce virus à nom de bière sucrée, elles ont leurs bestioles virales à elles qui ne sont pas très sympathiques non plus et il y a bien longtemps qu’elles ont appris le confinement…A cette heure précise, j’aurais dû être en train d’attendre mon embarquement pour Magadan ; on ne fait pas toujours ce qu’on veut…

L’imparfait de l’impératif


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Je ne suis donc pas parti… quand l’apocalypse frappe à la porte de toutes les frontières, on ne la ramène pas trop ; on fait le modeste.   Pourtant l’apocalypse avait été cool, elle m’avait envoyé des messages sous forme de petites apocalypses ménagères genre fuites d’eau ou canalisations bouchées, ces petits contretemps qui, l’avant veille d’un départ, s’appliquent à mettre les nerfs à l’épreuve. C’est toujours bon un petit examen du self contrôle avant une expédition lointaine.

Comme il fallait corser un peu, alors que je m’appliquais à préparer mon potager avant de faire mon sac, le motoculteur, a buté contre un caillou et en essayant de le retenir j’ai carbonisé ma main sur le pot d’échappement,  puis, en  ramenant l’engin au garage,  assurant moyennement à maintenir la bête de ma main meurtrie , j’ai percuté le pneu du camion d’un copain qui n’a pas survécu à l’impact… le pneu pas le copain… quoique…Quand il est passé quelques heures plus tard avec une roue de secours et un gros cric, il s’est malencontreusement foutu le doigt entre le cric et le camion ; il a pas aimé le doigt, il est sorti tout plat et on a fini aux urgences.C’est pas des signes tout ça, peut-être ?

Impératif plus que parfait


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C’est toujours bien d’avoir un docteur comme correspondant.  Il m’explique les mesures prises dans son pays… ce sont à peu près les mêmes qu’en France une semaine plus tôt, quand, malgré les troquets et les cinoches fermés, on continuait à se la couler douce.

Les mesures prises par le maire de Moscou se sont rapidement étendues à tout le pays et les frontières des régions se sont toutes fermées aux voyageurs étrangers. Finalement, entre une quarantaine là bas et un confinement ici, quelle serait l’option la plus grisante ?

Le docteur m’envoie une image de sa dernière virée à la campagne…ça fait rêver…

Pendant qu’en France, les gens confinés voient jaillir de partout un printemps plein d’insolence, un printemps qui leur crie qu’enfin tout va bien pour toute la nature… une nature qui leur balance que c’est tellement bien quand ils arrêtent leurs usines, leurs bagnoles ou leurs avions ; les bourgeons éclosent, les insectes papillonnent …les virus ont dû être missionnés par la nature pour qu’on arrête de se prendre pour les maîtres du monde. Y sont tout p’tits ces cons-là, mais ils ont sacrément bien réussi leur coup…

Présent imparfait…


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La revanche de la nature, c’est une idée dans l’air du temps, surtout quand on ne peut même pas le prendre, l’air, confinés qu’on est tous dans nos apparts ou nos maisons…Il paraît qu’aux quatre coins du globe, des animaux reviennent dans les villes pour se nourrir.    C’est le monde à l’envers…  Hérissons et  crapauds vont pouvoir faire la sieste au milieu des départementales. Chevreuils et lapins brouter les ronds points libérés par les gilets jaunes confinés . Dans les arbres des grands boulevards, quelques bestioles doivent se demander pourquoi, cette fois, c’est l’espèce humaine qui est enfermée…

Impératif simple


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Reste chez toi, citoyen, pour la santé de l’Humanité , c’est un ordre .

Reste prostré devant des jeux vidéos qui vont te plomber la tronche à coup de guns virtuels et des réseaux asociaux qui vont te bourrer le mou à coup de bouillie pseudojournalistique.

De quel complot sommes nous les victimes? Une vengeance divine ? Un président qui veut faire une pause dans les réformes, repousser des élections et se trouver une nouvelle posture ? Un autre président au brushing douteux, plus à l’Ouest, qui veut marginaliser l’Europe ? Un autre à l’Est, au lifting tout aussi douteux  rêvant de redonner la place de géant terrifiant qu’avait son pays il y a cinquante ans ? Un laboratoire chinois spécialisé en recherche sur les armes bactériologiques, justement basé à l’épicentre de la pandémie, qui aurait eu des fuites ? Les micro-organismes qui, en réalité, dirigent tout le vivant, de nos humeurs à la vie des grandes forêts et qui voudraient nous filer une leçon? C’est ça le truc ; les micro-organismes en avait marre des excès du singe nu, alors ils ont fabriqué un super soldat pour ralentir son emprise sur le reste du vivant!Moi je fais partie des singes nus. Cette semaine j’aurais dû avoir pris quelques avions pour aller de l’autre côté de la planète, remettre ma bécane en service, la charger dans un camion jusqu’à Bilibino, puis rouler jusqu’à Anadyr. Kérosène, gasoil, essence… Avec l’ordre de confinement, je coupe du bois, lis des bouquins, élague des arbres et plante des patates.La courbe de mon bilan carbone a amorcé une belle décroissance. Quand je regarde mes bécanes immobilisées dans le garage, j’ai presque l’impression de rêver à une époque lointaine où il suffisait d’appuyer sur le démarreur pour partir n’importe où…mais l’époque a changé, je n’ai plus qu’à obéir à  l’impératif du jour.

Reste chez toi, citoyen, pour la santé de la Planète, c’est un conseil d’ami !

Conditionnel de weekend


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Les confinés regardent compulsivement des séries en streaming. Les télétravailleurs ont sans doute visiopapoté durant des plombes, ça remplace les ragots près de la machine à café ; il faut bien s’occuper.

 Pendant que les bagnoles, confinées elles aussi, laissent un peu respirer les bords de route, je me demande parfois si les data-centers, eux, ne  seraient  pas en hyper-surchauffe. Un Moteur je sais comment ça marche, carbu, piston, soupapes, cylindre qui chauffe un peu, pot d’échappement qui chauffe à mort. Je viens encore, par déontologie journalistique de le tester récemment ; mais là n’est pas le débat…  en data-center, franchement , j’y connais que dalle. Faut-il une centrale nucléaire pour permettre des millions de millions de téléchargements ou de streamings  ou juste quelques panneaux solaires, une éolienne, un pédalo ? On s’en pose des questions, en confinement … en attendant, on peut toujours chercher des tutos pour fabriquer des masques lavables avec des vieux slips recyclés ; voilà une chouette idée pour un weekend en famille !

Passé simple…La visite de la famille Yakoute


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Quelques jours avant mon départ, qui est devenu en fait, quelques jours avant mon  introspectif départ vers chez moi, j’avais reçu la visite de Kyrill. Je ne savais pas encore que je ne pourrais pas partir en Sibérie, mais  là, c’est la Sibérie qui venait à moi.

Kyrill, c’est le chef des loups gris, le club de motards de Yakutsk, qui m’avait recueilli, il y a deux ans, avec ma cheville pétée. Cette année, il avait décidé de faire un tour d’Europe en famille et en bagnole. Parti de la Yakoutie enneigée il y a un mois et demi avec son fils de six ans, il avait, après huit mille cinq cent bornes, rejoint le reste de sa famille à Moscou . Avec Madame, le second de trois ans et le petit dernier de quelques mois, les voilà partis pour un tour d’Europe. Ils ont donc tous débarqués chez moi en prévenant la veille.

Je les ai reçu un peu en catastrophe parce que ,le lendemain matin, il fallait que je parte au salon du livre de Bruxelles… époque lointaine où on traversait les continents, insouciants, alors que maintenant on aurait presque peur d’aller au bout de la rue.  On a  bu un peu, comme le veut la tradition… enfin surtout monsieur, parce que madame, elle doit s’occuper de la horde de petit Yakoutes ; ça aussi c’est la tradition…

Je leur ai laissé la maison jusqu’au lendemain pour qu’ils se reposent un peu avant de traverser l’Espagne avec leur gros Toyota.  C’est la moindre des choses, il m’avait quand même laissé son local de motard avec le chauffage et le bac à chat pour chier.

Quelques jours plus tard, alors que j’étais rentré de Bruxelles, ils sont repassés. Ils avaient appris à Valencia que l’Italie venait de fermer ses portes, ce qui compliquait énormément leur retour. Craignant d’autres confinements, ils avaient préféré rebrousser chemin. Alors que j’apprenais que je ne pourrais pas partir plus loin que mon paillasson et ma boite au lettres, Kyrill faisait des ronds dans toute l’Europe en cherchant la porte de sortie.

Ils ont fini par abandonner la grosse bagnole en Hongrie pour reprendre en catastrophe un avion pour Moscou avant que toutes les frontières ne se ferment.

On vit vraiment une époque formidable…

Présent supsensif et futur proche…


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Après une semaine à la maison, beaucoup se demandent ce que ça donnera quand il faudra y rester un mois.  Une semaine… en ces quelques jours, l’inversion de la courbe du  gaspillage énergétique espérée par tant de climatologues pourrait déjà avoir été amorcée. On se disait que ça prendrait dix ans, vingt ans ou plus peut être. En une semaine une minuscule particule d’ADN dans une petite coque lipidique a changé toutes les prévisions… Reste à savoir si dans quatre ou cinq semaines d’apprentissage, on se jettera à nouveau dans les embouteillages au volant de quat’quats au gasoil pour aller se cramer la couenne sur des plages ou si on prendra la peine de terminer les bouquins qu’on aura commencé…

Conditionnel plus que parfait


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Dix jours, ou neuf, les repères temporels s’estompent au fur et à mesure que le printemps refleurit. Une semaine et demi, c’est absolument incroyable qu’en si peu de temps, les poissons reviennent à Venise, la bourse s’effondre, les paysans demandent aux gens  de revenir aux champs et  un ministre, à la grande distribution, de se fournir chez eux ; tout ce à quoi on ne croyait plus…    le retour à la terre…

Et si on mettait l’armée aux champs? Ce serait pas mal puisque c’est la gueeerre….  Il suffirait qu’après le passage épidémique, on décrète une semaine et demi de pause mensuelle et on aura réussi l’impossible ; tout se portera à merveille, sauf la bourse, mais on l’emmerde !

Substantif presque parfait


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Je commence à m’emmerder à jouer avec les déclinaisons des conjugaisons, c’est un passe temps comme un autre. En ces temps insolites, on a besoin de passe-temps… Le substantif du jour c’est le « virus ». En dix jours, le virus a réussi l’impossible pari de la décroissance accélérée. Mais le virus est aussi notre ennemi car il veut notre peau ; va t’on réussir à signer un armistice avec ce petit organisme décérébré ? Il nous propose sans fioriture une décroissance forcée de notre démographie. Beaucoup en parlaient depuis longtemps comme un passage inévitable pour sauver l’humanité, mais en imaginant, bien évidemment, que ça ne concernerait que les autres.  Les autres pensent sans doute aussi la même chose. La maladie est une loterie… mais caissières et infirmières n’ont visiblement pas tiré le bon numéro… Les caissières sont les poilus de cette nouvelle sorte de guerre. On les envoie au front pour sauver l’économie. Quand les caissières et les infirmières occupaient les ronds points en gilet jaune, on les trouvait bien sympathiques mais un peu chiantes quand même, bloqués qu’on était dans nos bagnoles. Aujourd’hui, les bagnoles sont au garage et les autres sont au front. Certains préparent sans doute déjà les monuments qu’on érigera à leur gloire quand la guerre sera finie…

Relativisme urbain


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Dans les villes, comme il n’y a pas d’endroit où planter des patates ni de grands pins à élaguer, on continue à s’organiser comme on peut. On s’adapte ; La vie en communauté en gardant ses distances, c’est le principal paradoxe de confinement. Le principe paradoxal pourrait-on dire, pour faire plus chic avec les mêmes mots.

Ceux qui mangent devant la télé commencent à avoir du surpoids prononcé et des angoisses notables à l’idée de ne plus avoir de piles dans la zapette. Ceux qui font de la musique commencent à se faire des ennemis chez les voisins, voire dans la chambre d’à côté, quant à ceux qui font chauffer les bigdatas en restant connectés toutes la journée, ils ne devraient pas tarder à contracter des inflammations oculaires inquiétantes.

Le printemps est frisquet et les terrasses chauffées au gaz sont vides… encore quelques broutilles à rajouter au discours de remerciement climatique que nous pourrons faire au virus quand il aura eu, malgré tout, le bon goût de partir en vacances !

( un somptueux petit film suisse en Bonus:                               https://www.youtube.com/watch?v=ihWkiE1FBbQ   )

Temporalité suspendue…


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Il n’y a plus d’heure… il n’y a plus de réveil ni de weekend, l’heure de l’apéro a disparu, l’heure des braves est à l’hôpital. Nous sommes tous comme ces spéléologues coincés des semaines durant au fond d’un gouffre et qui perdent toute notion du temps. Il y a bien encore des jours et des nuits, mais on y fait à peine attention, nous sommes tous en train de glisser vers l’intemporalité. Quand je veux m’isoler dans mon isolement, je prends de l’altitude, je monte élaguer la cime des arbres… de là haut, je peux voir un peu plus loin, l’horizon prend de l’ampleur, je regarde passer les oiseaux…

La frondaison du pin ne fait pas dans la luxuriance, pourtant, malgré tout, comme un petit garçon dans sa cabane, je m’y sens bien caché et ça fait du bien…

Présent différé


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Il n’y a plus d’heure et pourtant cette nuit on en a pris une de plus… jamais changement d’heure n’a paru aussi dérisoire quand, depuis quinze jours, on vit confiné dans une autre dimension. Heure d’été ou heure d’hiver, encore des valeurs du temps passé.

La polémique annuelle n’aura pas lieu, d’autres choses occupent les esprits et qu’importe de gagner ou perdre une heure pendant la sortie du samedi soir, puisqu’il n’y a plus de sortie du samedi soir. Qu’importe de se dire qu’on  a gagné une heure de jour pour se balader après le boulot puisqu’on ne bosse plus et on ne se balade plus… et encore moins de regretter de devoir, dès que le réveil sonne, se lever dans l’obscurité alors que le jour était revenu; Maintenant, les réveils sont remisés au  placard et on dort tant qu’on peut sans soucis de l’heure puisque les repères ont disparu…

Passé décomposé


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Les vieux tombent comme des mouches, mais loin des statistiques quotidiennes.

Ils sont comme ça les vieux, ils ne veulent pas déranger, tellement mis à l’écart qu’ils ne font même pas partie du comptage officiel, mais on les appelle les séniors parce que ça fait plus propre.  Quand un vieux meurt, on ne peut plus l’enterrer en famille à cause du confinement. En même temps, les familles, finalement, comme elles les occultent de plus en plus, les vieux, peut-être que ça les arrange de ne plus avoir à gérer un enterrement de famille, ça fait des économies ; en temps de crise, ça fait du bien, sauf pour les maisons de retraite, qui doivent commencer à flipper de voir disparaître la matière première d’un bizness si lucratif. Les directeurs de groupes de maison de retraites doivent flipper terriblement; non seulement le filon s’épuise, mais ils vont devoir investir pour protéger leur personnel encore plus oublié que les caissières et les infirmières. Dans le peu de conscience qu’il leur reste, ils doivent culpabiliser, les vieux, de provoquer tout ce bordel. Ils voudraient juste, comme un grand chef Sioux, aller sur une colline, regarder au loin et attendre que la mort , sans déranger, les emporte sur la terre des ancêtres.

Les vieux, on les appelle aussi « nos anciens », c’est encore plus chic… sans doute parce qu’il y a un adjectif possessif de proximité affective ; on les rapproche pour encore plus les éloigner.

Je sens bien du haut de mon arbre que je serai bientôt un vieux, mais je ne vois pas la mort poindre, là bas, à l’horizon. Quand elle arrivera, je veux bien qu’on me laisse pourrir sur une décharge, dévoré par mes frères les rats, je veux bien devenir du compost ou de la bouffe pour chien, économiser des larmes et du bois d’arbre. Mais j’ai encore une moto à récupérer, là bas, dans le grand Est Sibérien, je vais donc essayer de tenir jusqu’à cet automne pour retourner sur le cercle polaire, c’est la plus belle saison… en espérant que la route sera ouverte…

Futur hypothétique


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Nous voici donc, coincés dans nos confinements respectifs, à pouvoir prendre le temps de réfléchir. Du fond de nos appartements, ou du haut de nos arbres, nous pouvons nous  demander de quoi ce chamboulement inattendu accouchera quand la page se tournera.

La mesure, proposée par un ministre néolibéral, de redistribution des dividendes, même soumise à d’innombrables conditions, a de quoi surprendre . Elle pourrait-être un premier pas vers autre chose. Car quand le petit virus s’active, les spéculations informatisées continuent de tourner. Du temps où la bourse se faisait à la criée, les postillons s’envolaient et retombaient en pluie acide sur les spéculateurs en tous genre. En des temps pas si anciens, une épidémie aurait contaminé en une seule séance de clôture tout ce microcosme vicié et la bourse se serait arrêtée. Mais tout a été informatisé, la corbeille hurlante appartient à l’Histoire et, à la microseconde près, toutes les opérations se font automatiquement et les traders ont depuis longtemps pris l’habitude de travailler chez eux. La plupart d’entre nous qui découvrons le boulot à domicile, ignorons que les grands mouvements financiers, qui font et défont le monde du travail, s’exécutent, eux aussi, à la maison, dans le salon ou au plumard.

 Evidemment, de confinement en confinement, ça devient difficile de savoir ce qui se trame chez les confinés privilégiés qui gardent les manettes… ils sont au courant, ces confinés-là, ils savent qu’il faut acheter des actions chez les fabricants de masques ou de papier chiotte, ils savent que, quelles que soient les guerres et les débâcles, il y a des valeurs  nouvelles… et d’autres éternellement stables depuis que les hommes ont arrêté de chier dans l’humus des clairières …

Subjonctif plus qu’imparfait


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Il faut que tu restes à la maison, citoyen, on t’a à l’œil, c’est comme ça ; c’est la guerre.  Des tranchées au plumards, La guerre, quelle histoire… dans la boue ou sous la couette, le fantassin de base ne sait jamais vraiment ce qu’on attend de lui, alors il psychote. Quand arrivera la prochaine offensive ? Microscopique ou à casque à pointe, l’ennemi alimente d’innombrables fantasmes. On l’attend, on ne le voit pas, on lui donne toutes les formes on imagine toutes les ripostes. On attend entre deux vagues mortifères la nouvelle arme qui fera basculer l’Histoire. Le nouveau canon, le futur vaccin. La grosse bertha ? La chloroquine?  Alors on écoute les rumeurs qui parcourent le labyrinthe des tranchées ou de la toile. On est prêt à tout croire, à tout admettre, à accepter la première valeur refuge qui passe… Un nouveau Maréchal arrivera t’il à négocier un armistice ? Un docteur Marseillais au look de vieux beatnik peut-il vraiment contrattaquer à coups d’antipaludiques ?

On verra plus tard… parce que là, j’ai essayé de repousser le virus à coups de rouge… alors il est temps de lâcher prise…

Futur estival proche


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Les industries qui se reconvertissent, c’est aussi une constante en temps de guerre.

Habituellement, les fabricants d’avions se mettent à faire des missiles et les usines à bagnoles produisent des automitrailleuses, des tanks, des trucs à faire du baston général. Cette fois-ci, les usines à bagnoles vont fabriquer des lits de réanimation avec des respirateurs…Serait-ce la première fois où nous aurons la chance de voir des armes qui serviront à sauver des vies, même après la bataille ?  On vit vraiment une époque formidable ; je crois que cette année, il aura fière allure le défilé du quatorze juillet  quand défileront les nouvelles troupes d’élite et leurs engins tout neufs! Quant aux usines à médocs, pour une fois, on leur demande juste de fabriquer des médocs ; incroyable, non ? On les a tellement vues fabriquer, entre deux bastons, des stocks de  gaz de combats, des drogues dures  et des armes bactériologiques en tout genre qu’on a du mal à y croire. Troisième semaine de confinage… et si les temps changeaient vraiment ?

Présent parallèle


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Pendant ce temps-là en ville…. Tout le monde n’a pas la chance d’y disposer de grands pins à escalader. On pourrait toujours, le long des avenues, se réfugier dans les platanes. Mais leur feuillage se montre encore bien discret, n’offrant à celui qui le désire  qu’un cocon végétal d’altitude encore en bourgeons trop fraichement éclos. Alors on reste chez soi. Dans notre immeuble témoin, en ce premier jour de vacance, ne pouvant choisir comme destination que la pièce d’à côté,  l’équilibre mental de chacun peut sérieusement commencer à lâcher prise. Le roi de la zapette a fini par trouver des piles au marché noir et celui du sandwich jambon-beurre par se choper cent cinquante boules d’amende après que le pandore du quartier l’eusse vu arpenter la rue trois fois de suite en quête de jambon de pays.  La surfeuse d’internet a fini par se trouver un amant virtuel quant à la musicienne, elle a rusé avec la maréchaussée pour aller se réfugier dans la campagne proche où un amant bien réel lui a ouvert sa porte. Dans le jardin, elle peut sous les pins, enfin lâcher, face à l’horizon dégagé, tous les décibels  qu’elle retenait prisonniers dans la caisse de sa guitare  depuis presque trois semaines…

Présent, passé, futur…


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Première semaine de vacances, troisième semaine de confinances.

Le printemps explose de partout et, bien que les écoles soient fermées et les boulots en suspens, il est difficile, surtout en appartement, de ne pas penser que, dans la réalité d’avant, on serait tous en vacances… à la mer, la montagne ou la campagne… mais les plages sont interdites, les remontées mécaniques à l’arrêt et les chemins de randonnées sous haute surveillance. Les gares et les aéroports sont presque déserts, les agences de voyages ont tiré le rideau et les compagnies low coast  sont au bord du dépôt de bilan.

Peut-être qu’après cette étrange période, on réapprendra à s’éblouir de la vue d’un chemin creux à deux pas de chez soi. Les aéroports deviendront des lieux désertés, des témoins d’un autre temps, cathédrales du culte des vacances de masse, abandonnées aux quatre vents,  espaces vides rendus aux oiseaux de passages. Ils seront comme ces hôtels en ruines au bords des nationales déclassées par les autoroutes, ces grands projets d’autres époques, abandonnés parce que de tous temps et pour d’innombrables raisons, les temps ont changé presque sans prévenir.

Ou peut être que tous les aéroports deviendront comme celui de Notre Dame des Landes, autre projet désuet qui eut la bonne idée de basculer dans un monde parallèle avant qu’on y ait posé la première pierre…

Futur Européen…


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Depuis que les frontières se sont refermées, on dirait que des petites frictions entre voisins reviennent comme dans l’ancien temps. Il suffit qu’un avion fasse escale quelque part avec une cargaison de masques ou de respirateurs, pour qu’il redécolle un peu plus tard avec une partie de ses soutes allégées.Si la maladie a mis tout le monde au même niveau d’un bout à l’autre de la planète, elle ne nous a pas rendus tous frères pour autant. Du respirateur au paquet de nouille, il n’y a pas de petits profits. Les voisins de pallier peuvent devenir si lointains depuis qu’on se la joue à chacun chez soi et que dire des voisins de frontières ; ils redeviennent des étrangers, des ennemis potentiels, des  ignobles voleurs de masques, des infâmes contaminés… Au début, ils faisaient bien rire ces cons de chinois, bouffeurs de pangolins dans leurs villes super polluées, puis ces ritals pas sérieux qui déconnent tout le temps, font la fête dans la rue en bouffant des  pizzas et n’ont pas leur pareil pour se refiler des virus à tout va…

Maintenant, on rigole moins, on fête les anniversaires en visioconférence , on prend l’apéro sur wattsap et on cherche de qui on pourrait bien se moquer… sinon de nous…

participe présent


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Tous masqués et gantés, on fait nos courses en style aseptisé, bien écartés les uns des autres pour ne pas se postillonner dessus, ça aide à la conversation, c’est sûr… Au supermarché, on discute autant qu’en haut des arbres. On paye avec la carte parce les biftons c’est super dégueu et puis comme ça, quand le confinement sera terminé, on aura pris l’habitude de tout payer avec un bout de plastoc, de lire et d’aller au cinoche sur Internet, de ne parler à personne dans la rue et de demander l’autorisation de sortir, même pour aller vider la poubelle au coin de la rue en ayant, bien sûr, toujours nos papiers sur nous. Quand le mode confinatoire sera terminé, certes les oiseaux auront eu quelques semaines pour chanter peinard dans un air un peu plus pur, et nous, pauvres de nous, nous serons vraiment parés à devenir les petits robots aseptisés dont tout pouvoir rêve en secret…

présent recomposé


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Un mois de vacances… on leur aurait dit ça il y a quelques semaines encore, les mômes, il n’y auraient jamais cru. Un mois sans école, un mois à la maison, qu’est-ce que j’en aurais rêvé quand j’étais petit. Mais certaines choses, dans la précipitation des mesures confinatoriennes, avaient été mal expliquées… y’ savaient pas tout les mômes ; qu’ils seraient tout le temps avec leurs parents, sans leurs copains, sans aller faire les andouilles dehors, ni au parc, ni sur le parking ou le terrain de basket ; nulle part, en fait. A force de ressortir les vieux jeux de société de quand les parents étaient p’tits, les « Mille-Bornes », les « monopoly » et les « sept familles » tout jaunis, ils en arriveraient presque à regretter l’école, les mômes !

Présent zoologique passéiste


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On ne se méfie jamais assez des pangolins. Comment faire confiance à ce mammifère déguisé en reptile ? N’est-ce pas donc louche cette histoire ? Et les chauve souris ? Il faut en penser quoi des chauves-souris ? Des mammifères qui se prennent pour des oiseaux ; encore des agents double, ça ne fait aucun doute. Des mammifères qui trahissent leur camp, le nôtre, pour s’allier à des micro-organismes afin de nous déclarer une guerre de l’ombre, en voilà un sacré scénario. Ajoutons à ça un zeste de péril jaune avec des chinois entassés dans des villes surpeuplées et surpolluées, à côté d’usines bactériologiques mais qui continuent à perpétuer des traditions d’une autre temps en se persuadant toujours  qu’une infusion d’écaille de pangolin va leur filer la trique pire que dix boites de viagra… à moins que ce ne soit de la corne de rhinocéros, je ne sais plus trop, je crois qu’en haut des arbres,  et même en bas, je dois commencer à  avoir des hallucinations d’altitude…

Futur anxiogène et présent anxiolytique


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Les infos d’internet et les annonces gouvernementales rendent cinglé et parano ou détaché et vaguement inconscient… on est aux aguets, ce qui  est déjà en soi est un signe d’anxiogénité discrète.

On guette la sortie confinatorienne mais on ne sait pas vraiment qui sort quand et de quoi puis surtout pourquoi… mais je crois que personne ne le sait vraiment… tout est toujours, comme en voyage, une question de détachement et de patience…

Présent obsessionnel et futur alternatif


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Le printemps précoce continue à exploser de partout mais personne ne s’en inquiète, sinon à l’idée de ne pas pouvoir aller se promener au bord de l’eau. Les sources d’informations, toujours engorgées des mêmes obsessions, ignorent, pour une fois, les chiffres de ces températures records, préférant ceux des statistiques médicales et des indices économiques. Pourtant, une fois de plus, comme après chaque soubresaut de l’histoire, quelques esprits éclairés nous expliquent que tout ça est étroitement lié. Qu’importe, même si plus que jamais, tout pourrait être prêt pour un changement de cap, on ne cesse de nous parler de reprise mais qu’est ce qui va reprendre exactement ?

Conditionnel indicatif


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Où serais-je à l’instant si tout était resté comme avant ? Dans un camion sans doute, quelque part, juste au dessus du cercle polaire, ou sur ma moto, fièrement chaussée de ses skis pour sol gelé à moins que ce ne fusse coincé dans un hôtel à attendre, selon la conjoncture, un papier ou un rapatriement. Mais je suis chez moi, je taille des arbres et je plante des patates. Je bricole aussi les vieilles bécanes du garage… c’est très important de le signaler car ce blog est un blog de motocycliste qui aurait dû être suivi par des assoiffés de bicylindres et de grands espaces. Eux mêmes étant coincés en confinement, le seul grand espace que je peux leur offrir, c’est celui des garrigues environnantes contemplées depuis les cimes des pins…

Depuis l’année dernière, la Mutuelle des Motards, m’assiste dans ces rêves d’expéditions lointaines, mais cette année, l’un comme l’autre, nous devons subir des changements de paradigmes inopinés.

Après le huitième arbre élagué, je commence à me faire assister en respectant la distance réglementaire ; c’est plus facile qu’au bistrot : un qui coupe au sommet et l’autre qui débite au sol, c’est pas avec nous qu’il va se propager, le virus. Mais sans doute que le lecteur motard, assoiffé d’ornières défilantes et de carbus ruisselants, ne va pas y trouver son compte dans cette chronique immobile. Et pourtant, les triomphes de confinement ont certes moins d’allure, mais on en jouit avec  autant de délectation… signe du temps qui passe, les premiers plants de patate sont sortis de terre… … et si cette année, je ne pourrai pas planter le drapeau de la Mutuelle sur le Cercle Polaire, ce n’est pas sans une certaine fierté que je le planterai au milieu de mon potager renaissant.

Présent alternatif


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Le temps confinatoire est de plus en plus suspendu… quelle heure est-il, quel jour sommes nous ? On s’y perd et si ça continue, nous ne tarderons pas à nous demander quel mois ou quelle année ; c’est qu’on commence déjà à nous parler de certaine mesure pour septembre…et puis, d’un côté on nous parle aussi d’effort de guerre et de l’autre de manifs déjà prévues dès le premier jour de déconfinement… alors on  nous fait confiner toujours un peu plus, au nom de la santé de tous, ça laisse au petit président le temps de préparer son discours hebdomadaire… c’est que ça ne doit pas être facile pour lui de parler de croissance, de relance, de ces mots d’un autre temps, quand tout nous dit qu’il est temps de chercher comment garder la pause…

…ah ça c’est sûr que ça devait être plus simple de faire un discours pour la mort de Johnny…

confinement et futur des vieux…


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Y z’y pensaient même pas les papys réacs quand ils se sont dit que ce serait vachement bien d’élire un président tout frais sorti des études, plein de bonnes idées pour leurs comptes épargnes.  Ils ont oublié que les jeunes, ça ne pense jamais aux vieux. Ils ne savaient pas pourquoi, avant, on avait  toujours des présidents vieux. Sauf Giscard, mais lui, il y a tellement longtemps qu’on le voit vieux , qu’on oublie qu’il fut un président jeune, chauve certes, mais jeune quand même.

Présent  futurement mal influencé


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Un mois de plus c’est un sacré programme. Il paraît que c’est le temps qu’il faut pour fabriquer des tests, des gants et des masques pour tout le monde. Je ne sais pas si tout ça est fait en matériaux recyclables. Les gants abandonnés sur les parkings laissent rêveurs quant au sursaut de conscience environnementale des masses confinées. Quant aux feuilles qui, l’automne revenu, se ramassent à la pelle, en ce printemps, ce sont surtout celles des attestations qui jonchent sentiers et trottoirs ; bien entendu à moins d’un kilomètre du domicile  de leurs transcripteurs confinés à qui je devrais peut-être les ramener… c’est pratique, il y a l’adresse dessus.

Présent futur ou futur présent


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Tout le monde le sait, tout le monde le sent, tout le monde le dit ; il n’y a plus de présent ou de futur, juste un peu de passé, si proche et si lointain à la fois. Il n’y a plus qu’un sujet de conversation, qu’une nouvelle aux infos, qu’elle soit  bidon ou crédible , fakeniousée ou étayée, les infos n’ont qu’un seul sujet …mais il a remplacé tous les autres. Plus de problèmes sociaux, ou du moins ça ne se voit pas encore, plus de réforme de retraite, tout le monde l’a prise en version ultra anticipée, plus de délinquance, tout le monde est confiné, plus d’accidents de la route, les bagnoles restent au garage, plus de terrorisme, même chez Daesh, on est coroné, plus de migrations, les frontières de l’Europe sont fermées, celles des pays, celles des régions, des villes voire des hameaux. Plus de problèmes environnementaux, le bilan carbone n’a jamais été aussi bon. Plus qu’un seul mot : le virus… et un seul corollaire, l’anxiogénité… car on flippe tous un peu sur l’après sans cesse repoussé, mais c’est jamais qu’un tout petit flip, parce qu’on est tous dans un vague état second.

Anticipatif conditionné


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Je suis allé faire des courses ; pas grand’chose et une demi heure avant la fermeture pour éviter la file stressée et masquée. A cette heure-là, les familles sont attablées pour le repas, scotchées au journal télévisé, histoire d’entretenir le malaise à coup de statistiques mortifères.

Il n’y a toujours pas beaucoup de farine… le français stocke ; on peut le comprendre, après la queue à la supérette, il peut avoir envie d’éviter celle de la boulangerie, même si, paraît-il, une consigne officielle leur a été donnée de rester ouvertes sept jours sur sept. Il a dû y avoir un boum sur les machines à pain, c’était le moment d’acheter des actions chez Darty.

Ah bon, c’est fermé, Darty  ? Bon ben tant pis …c’est encore ces enfoirés d’Amazon qui font rafler le marché…

Il y a aussi une rupture au rayon papier cul ; là, je comprends moins… il n’y a aucune raison de passer plus de temps aux toilettes en période confinatoire, même si on se fait royalement chier. Après un mois, ce constat ne tient pas comme preuve scientifique. Et puis il serait temps de réapprendre les pratiques ancestrales, de se laver avec un peu d’eau… une main pour manger, une autre pour se torcher. J’avais appris ça il y a bien longtemps dans les dunes sahariennes, même qu’il ne faut jamais se tromper de main… et si je me replongeais dans une mise en situation en retournant sur le blog de 2005… http://blogs.motomag.com/ptiluc/index.php?post/2008/05/03/anecdote-gastrique-la-suite

 Conversation virale


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Quand le virus du Corona rencontre celui du Sida, ils se tapent la causette. Ils comparent leurs expériences respectives. L’ancien se marre bien quand il entend dire qu’un vaccin sera prêt dans les mois qui viennent, alors que lui, ça fait trente ans qu’il se balade et qu’aucune vaccination n’est venue lui barrer la route. Mais peut-être que c’est une question de cible. L’ancien, c’est le mauvais gars, ses victimes c’est rien que des défoncés et des pédés et il se propage par le sexe et la drogue. Ses victimes seraient restées chez elles, avec femmes et enfants, dans la droite ligne de la bonne éducation judéo-chrétienne, elles n’auraient jamais chopé la moindre maladie.

Le petit nouveau s’attaque surtout aux vieux, il décime les maisons de retraite et se propage de manière insidieuse. Il ne choisit pas ses vieux, certains sont de bons chrétiens, leur vie fut moralement exemplaire, alors ils ne comprennent pas pourquoi Dieu les punit. Les politiciens sont souvent pas tout jeunes et moyennement exemplaires alors ils votent des crédits pour que la recherche sauve leur vieille peau. Trouver un vaccin pour sauver les vieux, ça semble être un mauvais créneau, n’oublions pas que des vieux, il y en a de plus en plus et que, contrairement aux drogués qui font rarement de la politique, ils ont une bonne mutuelle.

On va peut-être mettre quelques années à trouver le vaccin… d’ici là, on vivra confinés, masqués et télésurveillés. D’ci là, j’ai le temps de devenir super vieux… ça me fatigue tout ça ; je vais boire un coup et aller m’écraser devant une série…en attendant la suite, comme des millions d’autres…demain, je trouverai bien un arbre à élaguer…

Futur politico-messianique


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Le p’tit président prépare ses arrières, il se voit déjà nouveau messie, sauveur de l’Humanité et aussi de la Croissance. S’il pouvait réussir ce doublé-là, avouons-le, ce serait un sacré champion. Mais bon, une telle équation, ça va encore prendre plus de temps à pondre que le vaccin qui fera la nique au Corona. Dans son grand programme messianique, il y a aussi de balancer la dette des pays d’Afrique. C’est une bonne idée, mais que vient-elle faire dans ce planning? Comment ils vont prendre ça, les banquiers qui l’ont mis à l’Elysée ?

C’est peut-être une tactique à long terme; s’ il arrive à faire passer ça, à la fin de son mandat, il demandera de faire pareil pour la France, parce que, bon, hein, les milliards de milliards qu’on débloque pour faire face aux effets pervers de l’épidémie, ce serait pas mal qu’on ait pas à les rembourser quand on sera, nous aussi, au bord du chaos…

Participe papier


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Pour le deuxième mois, on s’organise… Conscients que de joncher les trottoirs d’attestations dès qu’on sort juste faire pisser le chien consomme un peu trop de papier, il a été décidé en haut lieu qu’on allait passer à la technologie moderne. Être moderne ça n’a que des avantages. On économise la pâte à papier dont on va avoir bien besoin pour faire péter la planche à billet et puis on enlève un prétexte de plus à Bolsonaro pour déboiser l’Amazonie. C’est qu’il aurait été capable, cet énergumène, de prétexter une aide aux pays en demande croissante de papier monnaie pour justifier un déboisement encore plus massif du poumon vert,  provoquant sans doute, en plus, une migration massive de chauves souris dans les villes avec les conséquences tragiques que l’ont connait, dès qu’elles se mettent à chier sur des pangolins ou des lapins nains.

On peut donc, désormais, télécharger l’appli d’attestation. Quand on fait pisser le chien et qu’un flic passe par là, il suffit de lui faire biper le code barre et c’est réglé. C’est super simple, plus besoin de remplir une feuille en écrivant, en toutes lettres, qu’on sort faire pisser le chien (des fois que ça ne se verrait pas, on est jamais trop prudent)… et là où c’est incroyable le progrès, c’est que si on va faire pisser le chien un peu plus loin et qu’on dépasse la limite autorisée, grâce à la géolocalisation, on a direct le GIGN qui nous tombe sur la tronche…il est pas beau, le monde moderne ?

Impératif élastique


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Après un mois, en fait, on ne s’habitue pas vraiment ; on commence à se dire que ça va durer, on nous martèle suffisamment que rien ne sera plus comme avant. Au début, on prenait vraiment ça comme des vacances forcées en prévoyant déjà les virées sur les routes, les festivals d’été et les bistrots qui n’attendaient que nous. Psychologiquement, deux mois, c’est un bon timing pour assumer une mutation. Les batteries des motos se sont déchargées et l’essence a séché dans les carbus, le printemps est redevenu pluvieux et l’été, plus que jamais ,hypothétique.

Les confinements se modifient en cachette. Ceux qui croyaient pouvoir tenir quelques semaines, commencent au deuxième mois à envisager des sorties en cachette, voire des changements de confinement. Ils ressortent les vieilles cartes pour ne pas être géolocalisés par les GPS, ils préparent les itinéraires comme des plans de bataille pour échapper aux contrôles renforcés. Les amants se retrouvent, les amis aussi et les voisins s’organisent. Maintenant que tout le monde sait que les grands rassemblements seront annulés et que les bistrots resteront fermés, des micros rassemblements solidaires se mettent en place entre voisins. Dans les immeubles, ou dans les rues, par les paliers ou les jardins, on recommence à communiquer, échanger, se resocialiser. De nouveaux tout petits horizons sociaux se sont ouverts dans le monde confiné de la proximité imposée…

Conjugaison plus qu’imparfaite


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Les adaptations clandestines de confinement m’ont apporté un peu de main d’œuvre. Voilà qui ne pouvait pas mieux tomber. C’est épuisant de jouer les bûcherons et puisque je suis à l’orée de la tranche d’âge critique, l’arrivée d’une main d’œuvre providentielle me permet de débiter au sol, de gérer cordes et échelles mais plus de saisir la tronçonneuse à bout de bras en retenant les grosses branches pour en gérer la chute. Le confinement m’a appris, entre autre, que certains métiers méritent bien des primes à la pénibilité et des régimes spéciaux. Quand je découvre l’état de mes poignets après un mois, je me dis qu’un bûcheron, après quarante ans de carrière, ça doit être sacrément plus fatigué qu’un dessinateur de bandes dessinées. Il faudrait que les ministres du travail, des retraites et de la santé, plutôt que de faire des ronds dans l’eau sur les médias, profitent du confinement pour aller faire un stage d’un mois ou deux à la mine, aux champs ou à l’usine. Je crois que c’était un peu l’idée de Pol Pot et que même il avait écrit une thèse à la Sorbonne à ce propos. Comme je n’ai pas l’âme d’un Khmer Rouge , ce raisonnement simpliste mérite sans doute une analyse plus profonde. Mais bon, je l’imagine bien la ministre des armées dans la poussière du Sahel ou celui du travail, à la chaine chez Renault… ou le président, confiné dans un deux pièces à la Courneuve, même pas deux mois, juste trois jours, ça le changerait de l’Elysée qui n’est pas le pire pied à terre pour un Parigot confiné…

Songe d’un passé décomposé


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La nuit dernière, j’ai fait un rêve bizarre…dans un Paris survolté, à la sortie d’un salon de bande dessinée, il fallait que je me rende d’urgence à la gare du Nord. Elle n’était pas bien loin cette gare, mais impossible de la trouver. La Gare du Nord était en réalité un ensemble de bâtiments orientalistes plus baroques les uns que les autres, assez proches et reliés par des vieux ponts pavés. Tout ça ressemblait plus à l’exposition universelle de 1900 qu’à une station SNCF.  Il y avait une gare par destination, celle de Maubeuge, celle d’Arras et bien d’autres encore. Après avoir salué chaleureusement les innombrables amis du salon, je suis passé de la course à pieds dans la foule, au taxi collectif, au bus bondé, à tout ce qui pouvait m’emmener à cette gare que je ne trouvais jamais. J’ai demandé ma route à d’innombrables passants, tous disponibles pour m’expliquer le chemin à prendre. Je ne sais pas si j’ai réussi à avoir ce train, je ne sais même plus où il devait m’emmener… Je rêve souvent que je perds ma route, que je cherche un lieu, une destination ou un refuge mais c’est la première fois qu’il y a autant de monde, c’est mon premier rêve agoraphile, mon premier rêve de confiné…

Futur masqué


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Reconnaissons-le, dès qu’on sortira de chez nous, ce port de masque obligatoire quand on se glissera à l’extérieur, va donner un sacré coup d’austérité à l’espace public. Quelques soient nos tentatives pour égayer ce phénomène, on aura beau porter des masques bariolés, enrichis d’un sourire factice, la réouverture de certains commerces aura quand même une drôle d’allure, dans trois semaines. A quoi donc ressemblera la quête des croissants matinaux sans le sourire de la boulangère ? On aura plus droit qu’aux formules classiques  « qu’est ce qui vous ferait plaisiiir ? », « et avec ceciiii ? » …Sans le sourire qui va avec, ces formules toutes faites, apprises dans les formations accélérées des BTS de commerce, vont nous paraître encore plus grotesques que d’habitude. Va t’on pouvoir réellement réapprendre la vie sociale sans sourire ? Ne va t’on pas se sentir encore plus confinés que quand on se réorganisait une vie sociale de voisinage ? Je me souviens d’avoir ressenti la même chose il y a quelques années, quand je m’étais échoué, avec ma moto, à Sanaa, au Yemen , du temps où c’était encore debout, avant qu’un guerre stupide commence à raser ce pays sublime, guerre qui semble t’il aurait été arrêtée par ce fameux virus, mais, tout en m’interrogeant, je m’égare dans des phrases interminables.

Dans un taxi collectif, donc, je m’étais retrouvé avec un groupe de femmes en voile intégral… pas un mot ne fusait, visiblement j’étais intrus. Je ne regardais que leurs chaussures, ne sachant quelle attitude adopter.  Et  dans trois semaines ? Nos déplacements en transports en commun se feront-ils sous la même chape de plomb ?

Imparfait viral


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Au départ, le virus, il avait un nom de bière, ça lui donnait presque un côté sympathique. Cette bière sucrée a d’ailleurs la particularité de rendre les gens sympathiques ; la preuve : ce filou de Chirac n’en était-il pas un ardent consommateur ? C’est quand même, n’oublions pas, la bière et les pommes qui l’ont ramené une deuxième fois à l’Elysée…

Quand les autorités politiques et scientifiques se sont rendu compte que les citoyens continuaient à savourer collectivement les premières chaleurs printanières au parc ou à la plage, ils se sont concertés pour trouver un nom plus crédible… alors ils ont rebaptisé le virus « Covid 19 ». Voilà qui fait plus sérieux… mais pourquoi 19, qui était Covid deux, sept ou douze ? Mystère. Nous, nous avons droit à Corona-nom-de-code-Covid . Le virus c’est un peu un agent secret, on ne sait pas de qui, toutes les rumeurs circulent allègrement sur la toile. Mais tout comme James Bond007, Covid19 flaire bon l’espion polymorphe insaisissable, le type sournois voire l’agent double. Mais le français, un peu magouilleur par nature, a toujours aimé les agents doubles, alors, après un bon mois de confinement, il a recommencé à baguenauder au parc ou à la plage. Fallait-il murer les parcs et poser des mines antipersonnelles sur les plages? Il était urgent, une fois de plus, de lui trouver un nouveau patronyme plus anxiogène : on l’a retoqué en Sarskov2… là ça fait peur, on est en pleine psychose style guerre froide, on nous ressort le  bon vieux péril Soviétique ; c’est une valeur sûre. Sarkov2, l’espion venu de l’Est, péril jaune et rouge réunis en une seule bestiole terrifiante, fils  présumé de Sarskov1, Sarskov2 va nous foutre tellement les jetons qu’on va réclamer quinze jours de confinement supplémentaire pour être certain de ne jamais le croiser à la supérette.

L’agent Sarskov… ça me fait un peu penser à l’horrible colonel Karpov dans un vieux film de De Broca, avec Belmondo dans sa période magnifique… mais faut pas le dire, sinon tout le monde va encore retourner à la plage !

Présent double et futur messianique


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Un agent de l’ennemi…. Bien sûr, cet agent Sarkov est envoyé pour nous nuire, nous, gentils humains qui ne faisons que des choses bien sur cette planète. Mais qui l’a envoyé, ce rascal? Les infos nauséeuses roucoulent sur le Net. Les évangélistes qui veulent prendre le pouvoir, les labos pharmaceutiques qui cherchent un nouveau filon rentable, Daesh qui veut voiler tout le monde, les gouvernements Européens qui rêvent d’une excuse incontournable pour refermer leurs frontières, les chinois et leur labos secrets, les russes parce que c’est les russes et qu’on aime bien avoir peur des russes, tout nazes que nous sommes à croire que ce sont toujours les américains nos amis alors qu’ils sont dirigés par un guignol peroxydé qui, lui, ne rêve aussi que de puissance absolue et de frontières fermées. Et si c’était les extra-terrestres, et si c’était Dieu ou Gaïa, notre terre mère ? Il y a un nombre insensé d’infos roucoulantes… le Messie va t’il revenir ? Ne reviendrait-il pas sous les traits d’un médecin biglebowskien marseillais ou sous ceux d’un petit président qui se sent investi d’une puissante mission ? Oui, mais pour faire messie comme boulot, il faut savoir faire des miracles. Et si comme planification de miracle, on a que la relance de la croissance en ligne de mire, c’est mal barré pour assurer le job !

Futur improbable


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La terre qui se venge, le vivant qui se rebelle contre son plus mauvais sujet : quel beau scénario. On imaginerait si bien des attaques de bêtes sauvages, des escadrons de sangliers, de corbeaux de mouettes ou de rats. Des orques ou des baleines qui renverseraient les yachts de Saint Barth,  des oiseaux en colère sur l’Amérique confinée, des essaims d’abeilles furibardes sur l’Assemblée Nationale, de frelons asiatiques sur la tronche de Kim Jon Un… ah; on me signale que ce n’est peut-être  plus nécessaire…

Mais revenons au sujet;  contre cette faune en colère, l’humain sortirait ses bazookas et ses pesticides, il trouverait encore un prétexte pour se délester de ses stocks, de relancer son économie militaire et pharmaceutique. Le petit virus, c’est tellement plus malin pour nous faire comprendre que nous ne sommes vraiment pas grand chose. Tiens, il reste encore quelques arbres à élaguer. Je vais pouvoir vérifier si le pin rebelle décide de m’éjecter. La dernière fois, mon assistant providentiel s’est fait dévorer par des fourmis, tout en haut d’un vieux conifère tordu ; c’est  pas un signe, ça ?

Présent stationnaire


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Je me demande ce que vont penser ceux qui suivent habituellement mes blogs de voyageur motocycliste. Un périmètre de quelques ares à explorer, ça change de milliers de kilomètres à avaler en six semaines.  Cette année, il me serait bien compliqué d’évaluer la distance parcourue durant ce périple autour de chez moi, il n’y a pas de tachymètre sur mes pompes, ni d’altimètre pour y ajouter les distances verticales d’arbre en arbre.

Pas non plus de rubrique mécanique puisque pas de panne. Pourtant on essaye de remettre en service quelques vieilles pétoires au fond du garage. Quand il pleut c’est bien pratique comme activité de secours.

Je pourrais aussi transformer ma rubrique motocyclisme en rubrique motoculture, avec essais comparatifs de tronçonneuse, je commence à maîtriser le sujet. Evidemment, je pourrais aussi dévorer de la doc pour mon prochain projet d’album, dessiner frénétiquement, mais le confinement a un effet pervers sur l’énergie créatrice. Les premiers jours, on croit que ça va bouillonner dans le crâne, mais, très vite, tout tourne au ralenti, l’inspiration sommeille, elle confine, elle macère; ça manque cruellement d’air tout ça, malgré les arbres tout autour.

Présent microcosmique


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Le confinement c’est le repli sur la contemplation du microcosme ; je n’ai jamais autant observé les insectes que ce printemps-ci. Après avoir croisé les éléphants en Afrique Centrale et craint de camper sur la route du grizzly en Sibérie, j’adapte l’observation animale au nouveau cosmos restreint.

Je suis accompagné d’une chasseuse d’image redoutable. Moi, en insecte comme en champignon, je regarde toujours à côté de la cible. Elle, elle sait poser l’oeil sur la bestiole tapie.

L’infiniment petit est redevenu à la mode grâce au virus qui défraie la chronique. La nature qu’on ne maitrisera jamais recommence à nous faire peur comme au moyen âge, on y craint partout des menaces de mort sous les feuilles mortes… Et puis après tout, merde, la vie c’est la mort, non ? C’est la seule  vraie promesse qu’on peut nous faire à la naissance, elle sera toujours tenue. Ce n’est pas sacré, la vie, quoi qu’on en pense. Regardons enfin notre réalité brute : notre destin ce n’est pas de finir alzheimerisé dans un hospice, mais bien de mourir un jour, de nourrir les charançons puis d’enfin devenir du compost sur lequel renaîtra autre chose. En attendant, je vais me coucher tôt ce soir… mais avant , je regarderai sous mon lit, comme quand j’étais petit, si ne s’y cache pas quelque créature diabolique…

Futur ébulitionné circonstanciel


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Pendant ce temps-là, l’infiniment petit président se demande dans son onze mille mètres carrés avec jardin si il faut prolonger ou non le confinement. Il y a d’un côté la pression économique qui veut relancer tout le bazar et de l’autre la pression médicale qui voudrait confiner à perpette pour continuer à sauver quelques sujets à risque qui risqueraient de saturer  à nouveau morgues et hôpitaux. Mais il y a d’autres sujets à risques et puis le risque n’est pas que viral. Il y a tout ceux qui, coincés dans des logements trop petits depuis deux mois, commence à frapper femme et enfant, à fumer le papier peint et s’enivrer en sniffant l’essence de la Twingo coincée au parking, il y a ceux qui commencent à se pendre aux lustres…Il y a le petit peuple qui fut un temps celui des ronds-points, il monte lentement en ébullition et ne demandera bientôt qu’à exploser à nouveau…

Présent potentiel


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Combien de temps peut-on maintenir enfermée toute une population… même si c’est chez elle, on sait très bien qu’une part innombrable de citoyens n’ont un logement que pour y dormir et y brosser leurs dents en se levant le matin. Une joli monde néolibéral a fabriqué une société où le coût du mètre carré de location ne permet à la plupart des travailleurs de ne se louer que la place du plumard. Il fut un temps où les prolos avaient droit à un  petit pavillon avec un jardin. Plus maintenant. Désormais, le prolo qui ne roupille pas dans sa bagnole a droit à un placard.

Du petit déj au repas du soir, il reste à l’extérieur, au snack ou la cafète, pendant que son directeur des ressources inhumaines est au resto, juste en face… Lui, il a un appartement un peu plus grand avec balcon et peut-être une résidence secondaire où il s’est enfui il y a presque deux mois. Le Prolo, donc, comprimé dans son placard, attend le onze mai… et si c’est prolongé, le prolo confiné dans sa cocotte minute, laissera sans doute exploser le couvercle. Pauvres dirigeants qui doivent trouver un  équilibre au milieu de tout ça…il faut avouer que ce n’est  pas le débat le plus simple, mais c’est pour ça qu’on leur a filé le boulot: ils nous représentent, on compte sur eux ; c’est la démocratie représentative… entre l’explosion sociale et l’explosion virale, quel sera donc le choix qu’ils feront en notre nom ?

Futur Motocyclique


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A propos de moteur à explosion, quand se présentent des perspectives d’organisation déconfinatoire, le deux roues revient à l’honneur. Pour désengorger les transports, respecter les distances et un peu prolonger l’état de grâce décarboné, rouler en solitaire sur deux roues devient une idée fulgurante. Deux roues, oui, mais pas de moteur, il ne faut quand même pas exagérer, ce n’est pas en ressortant de nos garages des vieilles mobs ou des Kawa trois cylindres deux temps, qu’on va sauver la planète…pas de chance encore pour les motardsnostalgiques d’une époque lointaine  chargée de brouillard bleu. Pourtant grâce à la maladie de Kawasaki, nouvel avatar du coronavirus, on aurait pu croire à un coup de promo inespéré pour nos engins vrombissants.

J’étais prêt, moi ; j’avais réastiqué mes chromes.  La mienne est à quatre temps, comme une valse. Elle était prête à  se jeter à nouveau dans la danse. Finalement, je me suis emporté, ce sont les pistes cyclables qui sont à l’honneur et ma conscience environnementale ne va pas s’en plaindre. Il ne me reste qu’à  visiter le réparateur du coin pour  utiliser ma prime gouvernementale et changer le dérailleur de mon vieux biclou. J’ai dix jours pour réactiver le mollet afin d’être chaud au moment du déconfinement… à moins qu’il y ait encore des prolongations… tout peut arriver; cette parenthèse, finalement, n’arrange pas que les oiseaux…

Futurisme onirique


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Le temps passe immobile… les arbres sont élagués, les motos redémarrées… j’ai remplacé mes migrations annuelles par un immobilisme appliqué , remplacé les horizons lointains par une observation minutieuse du milieu ; passer de l’infiniment grand à l’infiniment petit, de l’horizontal des longues routes infinies au vertical de mes pins élagués… le mois de mai s’avance vers une fin de confinement où personne ne sait vraiment à quoi s’attendre ; en cela, ces deux mois ressemblent un peu à ce que je cherche à l’autre bout du monde…de ces voyages qui se caractérisent, non pas par le road book  mais plutôt par l’errance… n’oublions jamais que le vrai voyage, c’est celui dont on ne connaît pas vraiment la fin.

Si, finalement, le tourisme de masse disparait, le voyage lui aura toujours sa place d’honneur, surtout depuis que je sais qu’on peut en retrouver l’essence en restant chez soi…

Encore faut-il avoir un chez soi qui ne soit pas un placard étriqué. Il faudrait faire un calcul ; si toute l’humanité pouvait bénéficier d’un logement digne de ce nom avec un jardin permettant une contemplation minimum de l’extérieur, combien resterait-il d’espace pour une nature sauvage et préservée ? Il faudrait bien sûr récupérer des terres sur les grands espaces privés d’une aristocratie en ruine et sur ceux d’une agriculture intensive en besoin urgent de reconversion. La terre serait redistribuée. J’ai l’impression que ce n’est pas vraiment une idée nouvelle. Elle demande juste à être réinterprétée.

Futur de proximité sociologique


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Donc voilà… plus on avance dans le mois de mai, trop chaud d’ailleurs, mais c’est un autre sujet…plus on avance dans le mois de mai, donc, plus on avance vers les risques de canicule… ah non, je suis encore hors sujet… en réalité, c’est vers le déconfinement qu’on s’avance ; la canicule, les incendies, la sécheresse, c’est pour après la déconfination. Il faut d’abord que les vieux ne soient plus en réanimation post Covid, ensuite on pourra sortir la canicule pour finir le projet de rajeunissement de la population ; mais les deux en même temps, ça le fait pas, le gouvernement y perdrait encore plus les pédales !

Attention,nous dit-on, les « gestes barrières » resteront plus que jamais en vigueur.

La distanciation sociale, les masques dans les transports en commun… c’est très important pour les heures de pointe. On va se marrer à 18 heures au métro « La Fourche » pour respecter les distances… Mais les autorités vont veiller ; flics de toutes sortes ou contrôleurs, ça va être une belle pagaille. Bien entendu, grâce à cet apparent début de liberté retrouvée, on va pouvoir revoir ses vieilles connaissances… mais attention, respectons la troisième consigne : ni poignée de main, ni embrassade… ça ne va pas être simple les retrouvailles : on a plus qu’à se toucher la bite…

Nature Rebelle


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Le confinage arrive à la fin de sa seconde période, mon élagage aussi.

Avec ce partenaire providentiel que m’avait amené, après la première quinzaine, la restructuration des confinements,  nous étions prêts à attaquer le grand pin du fond, le point d’orgue de ces semaines d’escalade. Après avoir glorieusement taillé les quatre premiers conifères, vaincu par les tendinites, j’avais donc passé le relais à la génération suivante et m’étais, volontairement et volontiers, rétrogradé au poste d’assistant zélé.

Youssef a donc commencé cet ultime escalade mais à peine installé sur la grosse fourche armé de sa tronçonneuse, il a dû battre en retraite après avoir, héroïquement terminé de   tomber cette belle branche morte dans laquelle nichait une redoutable colonie de fourmis à têtes rouges. Avec une totale maitrise de combattant du Hezbollah, il a consciencieusement descendu le matériel avant de se diriger vers la douche avec un flegme de guerrier.

Quand j’ai ausculté l’intérieur de ses vêtements avec mon objectif macro, j’ai découvert ce qu’il avait affronté avec un sang froid qui ne peut que forcer l’admiration…

Conjugaison des déclinaisons


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Cinq déclinaisons d’infos nous inondent depuis bientôt deux mois, un peu toujours les mêmes. Le style Tf1-BFM se marie volontiers aux  infos du Net ou aux flux de Facebook  mais pas vraiment à celui  de France culture.

Les cinq déclinaisons s’interchangent au gré des médias qui passent… la première nous propose l’option politique avec l’incurie du gouvernement, la mauvaise gestion, les élections reportées ou les manifs futures. L’option scientifique, la seconde, parfois en accord, mais pas systématiquement, avec la précédente, nous submerge depuis le début de statistiques alarmantes, de délais de fabrication des remèdes, des vaccins, des masques ou des respirateurs, là on commence à stresser. Vient ensuite la déclinaison économique ; qui va payer ? Comment ?  Quelle seront les répercussions sur l’emploi, sur la croissance, la décroissance, le commerce, le tourisme de masse, le monde d’avant… c’est à ce stade que se pointe l’anxiogenéité  ;  le confiné commence à boire, se droguer ou à frapper son entourage. La déclinaison écologique pourrait rassurer un peu avec son bilan si positif pour la pureté de l’air et la vie animale, mais, comme d’habitude, elle passe au second plan, y compris auprès des responsables politiques qui oublient un peu trop que c’est la base du problème. Il y a enfin, après tout ça, la déclinaison philosophique. La mutation de nos habitudes, la déliquescence de notre appréhension du temps qui passe, des rapports aux ainés, au travail à la vacance ou à la vie…

On devrait plus souvent écouter les philosophes, mais tout le monde s’en fout parce que ce n’est pas eux qui ont le pouvoir de rouvrir les bistrots…

Futur présent


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Il y’en qui se préparent à fond  la caisse pour dans quelques jours. Mais il ne faudrait pas oublier que l’assouplissement des règles en vigueur ne va pas nous précipiter vers un retour à la vie d’avant. Les comptes à rebours qui fleurissent un peu partout laissent à penser que beaucoup se voient déjà extatiques dans les rues enfiévrées par la fête… et pourtant…

En attendant, des chercheurs belges auraient, me dit-on dans la très sérieuse rubrique scientifique de France Culture, trouvé une molécule miracle chez le lama.  Non, pas le Dalaï, juste l’espèce de mouton à port de cheval qui caracole sur les hauts plateaux andins. Incroyable, non ?  Serait-ce la dernière blague belge à la mode ?

Pa si sûr… après tout, les belges avaient déjà envoyé leur plus célèbre reporter faire des prélèvement sur site il y a déjà une cinquantaine d’années.

Présent qui patine


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Je relis tout mon récit de confinement… tout a été tellement dit de toutes les façons…et je commence à me demander ce que je pourrais encore raconter sans risque de me répéter, sinon d’écrire ce que je pourrais raconter sans risque de me répéter… sinon…

Futur toujours présent


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Ce compte à rebours que tout le monde a dans sa tête et qui doit ne déboucher que sur presque rien, sinon à peu près la même chose, a quelque-chose de déroutant ; sans doute parce qu’il est très attendu.

C’est la première fois qu’un tel nombre de gens se retrouvent en attente fébrile de rien.

Après demain sera comme hier…le temps a définitivement disparu…

Futur moins un


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Aujourd’hui, il fait gris et il pleut, la terre sent bon la terre, je suis allé faire un tour à moto. Je me suis baladé en périphérie, dans ces quartiers des glorieuses fifties, édifiés quand l’insouciance et la confiance dans l’avenir berçait d’illusion une population enivrée de petits espoirs tout simples et à crédit, quand les petits pavillons avec jardin, s’appelaient « mon rêve » ou « sam suffit ». D’y rouler, comme ça, le nez au vent humide, me donnait l’impression de divaguer entre les époques dans une vague faille temporelle. Entre le temps où les rues étaient vides parce qu’il n’y avait pas trop de bagnoles et celui où elles le sont parce qu’on est assignés à résidence… D’y rouler comme ça sans attestation dérogatoire, donnait à cette microscopique virée un tout petit parfum d’aventure… Arriverais-je à m’en contenter, si les frontières lointaines restent fermées à jamais?

 Futur Présentement actif


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Il paraît que la vie d’avant a repris ses droits ; en tout cas, elle tente; poussée par l’exécutif obsédé par la croissance. Il pleut sur toute le pays pour confirmer le retour à la norme. Le confinement était-il juste une illusion météorologique de vacance forcée et violemment printanière ? Pour bien vérifier si tout ça n’était pas un drôle de rêve, je regarde les pins élagués titiller les nuages bas. Quand reviendront les fortes chaleurs, je serai un peu plus à l’abri des feux de forêt. Personne ne sait s’il y aura un retour du virus et un nouveau confinement, mais, force est de constater qu’avec le retour des embouteillages, la parenthèse climatique se referme déjà…alors la nature en colère face à notre stupidité de bestiole fébrile va peut-être nous envoyer un second coup de semonce. On l’aura bien cherché, puisqu’on a toujours rien compris…

Présent suspensif


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Pendant deux mois, tout fut donc suspendu… mais sans doute à des hauteurs différentes.

Quand j’appelle mon pote mécano, dont le doigt écrabouillé, confiné dans la montagne, a eu le temps de se reconstituer plus ou moins, il me dit qu’il a repris le boulot là où il l’avait   arrêté, exactement comme s’il avait appuyé sur une touche pause ; il a repris la clé de douze posée sur l’établi, huit semaines plus tôt, pour continuer la vidange de la vieille brêle pourrie, posée là pour un entretien, qui aura eu  largement le temps de laisser se vider le carter jusqu’à la dernière goutte. Dans son cas, c’est un vrai temps suspendu. Ces deux mois, vu de son atelier, c’est comme s’ils n’avaient pas existé… et si on faisait pareil pour tout ? Les charges, les loyers, les prélèvements divers et innombrables dont les échéances nous guettent sournoisement ?

On ferait comme si rien ne s’était passé. Ce serait simple, non ? L’état n’aurait pas à emprunter quelques milliards de milliards puisque cette parenthèse serait devenue une illusion.

Mais non ; il paraît qu’en réalité, ce n’est justement pas aussi simple. Qu’il y a des processus qu’on ne peut pas mettre sur pause aussi naïvement, qu’il y a une inertie de la machine sociétale…comme un immense cargo qui dérive…avant, bien sûr, de s’échouer bientôt…

Présent conclusif plus qu’imparfait


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Le confinement est terminé, il est temps d’arrêter cette chronique quotidienne.

Quand je rentre d’un pays lointain, j’attends toujours quelques articles pour trouver la conclusion du récit , en décrivant, durant quelques jours, le retour à la vie normale. Avec cette fin de confinement, on n’y est pas encore vraiment, dans la vie normale. Le temps, sans repère précis, continue de s’étirer…

Je roule à nouveau, j’ai sorti la grosse Italienne du garage pour aller sillonner quelques routes d’arrière-pays. Après avoir instantanément retrouvé cette  incomparable sensation du vent fouettant mon visage, j’ai senti comme un léger sentiment de gène m’envahir peu à peu…J’étais comme tous les autres, tout ceux qui se goinfraient du plaisir puéril de faire rugir leurs moteurs à travers les campagnes et brisaient la trêve accordée aux oiseaux …Quel dilemme ; ces dernières semaines, du haut des arbres, je m’émerveillais pourtant chaque jour du retour des fanfares printanières. Mais que faire ? La moto, c’est comme le dessin, si je suis ce que je suis, c’est par l’accomplissement de ces deux rêves de gosse… Alors je me dis que ce confinement ; c’était un peu comme une répétition, et que quand plus personne ne roulera, j’aurai déjà été initiés aux plaisirs simples de proximité… en attendant , j’assume ce dilemme…

Le moment venu, je demanderai un délai supplémentaire à ma conscience, un report en quelque sorte ; car j’ai toujours une moto à récupérer, là-bas…

On m’y attend toujours, au Chukotka…