Le piège de la M7…

Kazan est la capitale de la République du Tatarstan. Avec un tel générique, il était tentant d’aller voir le programme avant de repartir. La vieille ville, derrière ses remparts tout blancs, est en fait une cité administrative bien emballée dans ses vieux murs. On y a aussi construit une mosquée toute neuve. Les Tatars étaient Musulmans, ils le sont peut-être toujours un peu, leurs pires ennemis étaient les cosaques d’Ukraine…avec le recul, on pourrait croire qu’ils n’ont pas encore fini leur bataille.J’ai repris la M7, mais que ce soit en ville, à la station d’essence et même en m’adressant aux chauffeurs de camions, tout le monde m’a bien dit que la route de Perm était la M7, mais en fait, deux cent cinquante bornes plus loin, j’ai bien dû me rendre à l’évidence que personne ne connaît la route de Perm. Pourtant Perm est une grande ville industrielle moderne, mais à Kazan tout le monde s’en fout et ce n’est indiqué nulle part, ça doit être des cosaques à Perm! La M7, c’est le pays des camions ; tout tourne autour du monde du camion : les motels, les stations service, les immenses parkings poussiéreux, les barrières de contrôle…tout ça ne concerne pas les motards. Mais les camions savent que, sur nos deux petites roues, nous sommes aussi des citoyens à part du monde de la route, alors, bien souvent, au péril de leur remorque, ils s’écartent pour me laisser passer entre leurs mûrs de ferraille. Quand je fais la pause, il y en a toujours un qui vient tailler le bout de gras. Des allemands qui partent à Pékin livrer je ne sais quoi, un Kazakh qui va acheter des semi-remorques en Lettonie et les ramène chez lui. Ils habiteraient plus près, je serais tous les soirs invité à la bania et , dans la chaleur de la nuit, on se fouetterait à coups de fagot…mais ils habitent toujours à des milliers de kilomètres, alors, on se raconte un peu nos vies de nomade et on repart… Alexîy le Kazakh, avait envie de causer plus, il est motard aussi, ça renforce le lien. Il m’a montré son camion, la photo de sa petite fille puis il m’a donné l’adresse d’un pote motard à Omsk, deux mille bornes plus loin, sur la route d’Irkoutsk. En partant, j’ai traversé à nouveau la Volga, puis la ville de Chelniy… Immeubles, tramways branlants, industrie lourde…Je m’arrête à un carrefour, aux pieds d’une centrale qui n’a pas encore explosé, je cherche mon chemin, un camion s’arrête, c’est Alexîy. Il est trop content de me retrouver, je crois qu’il voudrait que je passe par le Kazakhstan…Je lui explique que je cherche à quitter la M7 dont je suis l’otage depuis Moscou. Il n’arrive pas à comprendre qu’on puisse oser s’aventurer sur le réseau secondaire, son GPS de routier n’en tient même pas compte, il est prêt à me faire faire cinq cent bornes de plus pour que je reste sur la M7 et que je passe par chez lui. Quand je lui ai expliqué l’inextricable problème des visas, il a compris que j’allais quitter la M7 et basculer dans l’autre monde. Une heure plus tard, sur une petite route sans motel, j’ai replanté la tente sur une petite butte herbeuse. En bas, tout en douceur, coule la Volga . De grandes péniches descendent lentement vers la Caspienne entre les multiples îles sablonneuses. Sur certaines, il y a quelques maisons au milieu des pins, sur d’autres de grandes grues qui récoltent du sable, je croyais que je ne camperais plus, j’ai pas pu résister.

One thought on “Le piège de la M7…

  1. Priviet, tovaritch Ptiluc !

    Si tu campes sur le bord de la Volga, t’es pas sur la route de Perm, mon frère !
    T’es sûr que ce ne serait pas plutôt la Kama, cette rivière ? En remontant la Kama vers le nord, vers son amont, tu vas trouver Perm, la Kama y passe.
    Trouve la Kama (elle va te barrer la route), regardes d’où vient le courant et tu le remontes, c’est simple !

    Ceci dit, c’est vrai que pour rallier Kazan à Perm, c’est le bordel… Bolchoï bardak, comme ils disent. Y’a 20 ans de ça, on avait bien galéré dans le même coin.
    C’est en attendant le bac sur la Kama qu’on a rencontré Oleg, un motard Tatar qui roulait en Ijzh 350 Planeta. il nous a remis dans la bonne direction en nous ouvrant la route, évidement en faisant l’inévitable détour par sa maison où sa femme nous a offert des pots de confiture.

    Après Perm, je suppose que tu mets le cap sur Ekatérinbourg ? C’est là que les Bolchéviques ont zigouillé leur dernier empereur et toute sa smala ,en juillet 1918… je dis ça pour l’intermède touristique, au cas où. De toute façon, y’a plus rien à voir : la maison Ipatiev où s’est déroulé le massacre a été rasée par Eltsine en 1977 (il était alors maire de la ville qui s’appelait encore Sverdlovsk), sur ordre du Politburo.
    Plus loin à l’Est, au NE de Ekatérinbourg, y’a la ville d’Irbit et l’usine des motos Oural (Irbitsky motocykletny Zavod)… à voir. Tu y rencontreras forcément des motards et en cas de besoin, de l’aide, des pièces, des roulements (« paptchitnik », ou « propatki »)…
    Tiens, tant qu’on y est : moteur se prononce « motor ». Les vitesses (Boîte de vitesses) se dit « skorost », alternateur se prononce « guénérator », embrayage se prononce « stsepléniya », bougie se prononce « svétchia », pneu = « china »…

    Bref, « kak Ural mototsycletny » (c’est pareil que sur les Oural), c’est pas compliqué… Panimaiétié ?

    Bonne route,

    Paka, moï brat !

    Komar

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