Un petit coup pour la route…

L’initiation au rituel Russe de la vodka, c’est pas de la tarte, non, c’est de la gnole, de la vraie. Après m’avoir un peu bricolé le régulateur de ma mob, Pavel m’a invité à venir boire. Il ne m’a pas proposé de venir prendre l’apéro, non, de venir boire, avec les doigts posés sur la carotide, ce qui ici ne veut pas dire qu’on va me trancher la gorge, mais juste qu’on va s’en foutre plein le gosier, ce qui, quelque part, est un peu la même chose. Embarqués dans sa camionnette, lui son pote et moi, nous voilà partis dans la nuit. Je me demande où ils vont m’emmener. On s’arrête dans un supermarché de périphérie ; j’attends des plombes dans la bagnole avant de les voir revenir les bras chargés de bouteilles, je commence à flippe grave, vais-je survivre à ce bizutage ? On  se rince une première fois le goulot dans le parking…quelque part, je suis un peu rassuré, la moitié des bouteilles c’est des jus de pommes et après un cul sec, davaï, on se rince au jus…la camionnette repart. On s’arrête encore dans un parking, un plus glauque, avec des mecs allongés sous des vieux quatrequatre…mais non, ils ne cuvent pas, ils font de la mécanique et puis on est là juste pour garer la fourgonnette. Pavel nous invite chez lui, madame Pavel a préparé des petits plats, on trinque, cul sec, puis un peu de pâté, puis un peu de jus de pomme, puis on trinque à nouveau…à la batterie au voyage, à Edith Piaf…j’ai survécu grâce au pâté et au jus de pomme et aussi parce que je ne vidais jamais complètement mon verre, on m’avait bien briffé sur les techniques de survie. Le lendemain, y’avait quand même un peu de la casquette de plomb dans l’air, j’ai voulu recharger les bagages pour enfin reprendre la route, mais le problème électrique n’est pas résolu…Pavel n’a pas pu revenir, il est trop fatigué, il m’a dit qu’il viendrait le lendemain, mais le lendemain il n’est pas venu non plus; vais-je finir mes jours à Yekaterinburg ?

4 thoughts on “Un petit coup pour la route…

  1. Priviète Ptliouc,

    ah oui, le doigt sur la carotide pour signifier qu’on va picoler, ça c’est vraiment un truc de Russe… certains se mettent d’ailleurs une pichenette bien frappée sur leur glotte, ça fait POC sur leurs cous musclés d’anciens baroudeurs survivants des campagnes de l’Hindou-Kouch ou du Caucase.

    Tu sais d’où ça vient, ce geste ? La légende (du moins celle que m’ont raconté les Russes) dit qu’au temps d’Ivan Le Terrible, quand fut achevé la basilique Saint-Basile (l’espèce de meringue rococo qui ressemble au village des Schtroumpfs au bout de la Place Rouge), celui qui serait capable d’aller peindre les dômes de l’église sans se casser la gueule serait honoré par le tsar… après que plusieurs audacieux se soient ratatinés le caisson en tentant l’escalade, un moujik plus habile que les autres parvint à s’acquitter de la tâche. En récompense, Ivan le Terrible lui promit qu’il pourrait se faire payer un verre gratos à la santé du Tsar dans tous les tripots et auberges du pays et ce jusqu’à la fin de ses jours. Et pour prouver cet engagement, le Tsar fit tatouer son signe impérial sur le cou du moujik acrobate.
    Et c’est ainsi que le gazier assoiffé montra son coup dans les tavernes de toutes les Russies… nul ne sait combien de temps il résista à la cirrhose, mais le geste perdure depuis près de 450 ans.

  2. J’adore, comme d’hab’…

    Bonne route à toi, t’as raison de t’engager dans ces voyages improbables et tellement enrichissants.
    La liberté que tu t’offres ne te sera jamais offerte par personne.
    J’admire ta volonté, ta bécane préhistorique et ta faculté de vivre tes rêves en vrai.
    J’espère que tu t’ais bien équipé en polars, faudrait pas que tu prennes froid en traversant la Bérézina.
    Dans « Vol de nuit » de St Exupéry, il y a une réflexion que j’aime beaucoup.

     » C’est fou, tout ce qu’il faut abandonner pour conquérir!  »

    A plus,

    Stéphan

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