A la gare…

Dans l’hôtel de routards où je suis échoué, je croise tous les jours des voyageurs qui arrivent par le train…Leurs récits ne me donnent pas vraiment l’envie de vivre la même expérience ferroviaire, ils sont tous un peu énervés par l’immobilité des heures passées dans le compartiment, un peu contents mais stressés par la suite, les horaires, les départs à l’aube, comme pour aller bosser… ils se disent tous heureux de l’avoir « fait », mais ça ne me donne pas envie…On m’a toujours parlé des voyages en train en Russie, en Afrique, en Inde, mais ils ne me font pas rêver, ces récits héroïques… J’ aime le monde de la route, choisir mon rythme, m’arrêter quand j’ai envie, papoter avec les routiers puis partir à une heure choisie par moi seul … Un petit parisien, appelons-le Kevin, ou Jacques Alexandre, les deux lui vont ; par instant il est plutôt l’un et parfois plutôt l’autre. Il soigne son look, il a emmené son petit chapeau en cuir  noir. C’est lui le plus pressé de tous, il veut « faire » le tour du monde, mais pas question de traîner. Son récit a suffisamment titillé ma curiosité  pour que j’aille quand même tâter l’ambiance de ce monde à part…La gare d’Irkutsk est une de ces belles demeures ferroviaires bleue légèrement turquoise qui à la fin du règne des Tsars furent construites d’un bout à l’autres de la Russie. Le buffet de la gare est très joli et le salon VIP très surveillé, je sirote un thé citron en attendant un train qui n’est pas le mien, juste un train qui passerait pour réveiller cette grande et belle gare étrangement assoupie dans la fraîcheur du soleil matinal.Un long trans-sibérien finit par arriver ; je peux aller flairer l’air des wagons chauffé par leur gros poêle où l’on brûle un peu tout ce qui passe à côté, charbon, bois, plastique, carton et peut-être même dissidents rebelles ou décembristes, à d’autres époques. La grosse locomotive souffle un peu, les cabines couchettes se vident sous l’œil acéré de la chef de train qui, m’a t’on dit, surveille en permanence le bon comportement de ses passagers parfois tentés par une ébriété tellement justifiée quand on passe une éternité sur les rails. Je regarde passer les longs convois de marchandises, les wagons postaux ou les citernes, je pourrais compter les wagons …en attendant des nouvelles de mes réparations qui ne viennent pas, il faut que je laisse en moi paître  la vache qui m’apaisera et m’apprendra la patience…

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