De Tzagaanuur à Ulaangoom…

Pour dix dollars, Jon, mon grumeau mongol, m’aura offert le rêve de tout routard lecteur du guide du même nom, passer une journée chez l’habitant, se détruire la mâchoire avec de la viande coriace en buvant du thé au fromage de yack puis aller rentrer les bêtes, assister à la traite des chèvres et rester des heures à coté du poêle à parler de rien ou à ne pas parler du tout, ce qui vu de loin, revient à peu près au même. . Tout sent un peu délicieusement le fauve. Rien ici n’a dû changer depuis des siècles, à part le téléphone portable, et ce n’est pas rien et la moto auxiliaire du cheval, ce n’est pas rien non plus. Avec sa petite moto chinoise Jon emmène maman chercher les chèvres ou papa chercher les yacks et puis, l’après midi, il va à la frontière traquer le touriste. Pour quelques dollars de plus, Jon  a proposé de m’accompagner pendant une cinquantaine de bornes pour me faire éviter un passage à gué qui aurait pu me rappeler de cuisants souvenirs vieux d’un an à peine. C’est l’occasion de vérifier si c’est un vrai grumeau : va t’il vraiment m’aider à éviter les gués ? Bien sûr que non, il voulait juste le plein d’essence. Mais à quoi bon encore disserter sur les vieilles inégalités coloniales transposées dans le monde du tourisme. Car qu’il le veuille ou non, le voyageur, vu d’ailleurs, sera toujours un touriste.  On a fait dix bornes ensemble, avec son papa en passager, sur une piste balisée comme une route, on s’arrêtait à chaque virage pour ramasser des bouses de vaches. Arrivés à une grande plaine infinie, ils sont rentrés chez eux et j’ai continué tout seul.  Il y a beaucoup de bergers dans la plaine, ils m’ont souvent indiqué le chemin, parce que sur les cartes il y a une belle route rouge comme la nationale 7 et sur le terrain il y a une infinité de traces qui mènent un peu partout. La plaine c’est comme un jeu de labyrinthe, on y entre, on a plein de possibilités mais une seule bonne sortie ; il suffit de la trouver.  Heureusement qu’il y a du monde dans toutes ces yourtes. On peut prendre le temps d’un thé au fromage puis se faire indiquer le meilleur endroit où passer toutes ces rivières qui glissent dans la plaine. Cette année, je ne me suis pas fait piéger dans l’eau, mais je crois que j’ai bien fait de changer d’embrayage. Le GPS, mon nouvel outil, a un peu de mal a réagir quand je remonte le long des rivières pour chercher des passages mais pourtant, un fois trouvé la sortie du labyrinthe, quand je me suis égaré dans les collines après un orage, ce n’est que sur lui que j’ai compté pour trouver par où passer : il n’y avait plus une yourte depuis la fin de la plaine et je commençais, vu l’état de la piste, à m’inquiéter un peu.  Le petit robot m’a finalement bien amené au bord d’un grand lac entouré de silence. Juste quelques yourtes, de gros criquets noirs et rouges, des goëlands et des cormorans venus de je ne sais quel océan lointain, et puis un vol d’oies sauvages sur le lac avant de remonter dans les collines, la lumière est sublime, je survole les ornières, libre comme les oies sauvages…  je continuerai jusqu’à Ulaan Goon, amené jusqu’au terminus par  ce fameux GPS que je vais finir par adopter. Moi qui ai, durant tant d’années, rêvé en regardant les cartes, je sens que je suis en mutation…

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