Au rythme de Val Samuraï…

On  aurait pu croire que cette journée allait encore s’étirer, se déliter, tourner à vide. Il ne faut pas grand chose,  finalement, pour que des choses inattendues pimentent un jour qui s’annonçait un peu terne. La table de la cuisine, dans l’appartement de Val Samuraï, est barrée d’une encoche, d’un léger dénivelé provoqué par la présence d’une rallonge. Le tout est vaguement masqué par une nappe en plastique et il suffit, dans l’inattention du petit matin, de poser son bol de thé brûlant sur cette incision perfide pour  que le bol se vautre sur ce que les poètes appelleront pour l’éternité la bite et les couilles; mon premier accident de voyage.

Val m’a donc amené à la pharmacie et, après une couche de pommade, nous sommes quand même partis faire un tour en ville, parce que faut pas se laisser abattre. Il m’a emmené voir son pote Sasha qui, en écoutant Pink Floyd et les Beatles, dans son échoppe, répare les chaussures de ces dames russes si élégantes. Il a un succès fou avec son air de rien, mais c’est normal, il est le docteur de ces prothèses parfois démesurées qui transforment toutes ces femmes en pinups mondaines. Il faut voir leurs mines réjouies quand il leur restitue leurs précieuses échasses entièrement remises à neuf. On boit le thé en écoutant de la musique, je dessine un peu dans l’échoppe, pendant que Sasha répare mon ceinturon et que Val donne des coups de  téléphone. Je ne sais pas trop quelles sont les activités de mon nouvel ami, il téléphone beaucoup, tout le temps en fait, sauf quand il va à des rendez-vous et puis le soir il m’emmènera passer la soirée dans son moto club…ça se passe exactement comme je l’avais prévu. Des mecs qui parlent beaucoup mais je ne sais pas de quoi…parfois de moi quand j’entends  » Françouski » …il paraît que la tension monte entre l’Europe et le Russie ; mais ici, je ne remarque rien, je fais des caricatures, on trinque et on vide les verres, après quelques shoots on se donne de vigoureuses accolades, enfin c’est surtout eux qui me serrent vigoureusement, avec leurs mains gigantesques et leurs bras puissants. Les journées passent vite avec Val Samuraï, elles sont un peu remplies de vide, de temps qui s’écoule lentement et de vodka qui s’écoule un peu plus vite, le soir au club.  Une fois la nuit arrivée, on me dépose à la maison, je m’applique la pommade et je me dis qu’il faudrait maintenant que j’essaye de dormir…J’aimerais parfois être ailleurs, mais je suis ici, soudé à Vladivostok pour quelques jours encore…

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