Philippe et Nathalie…

Val m’avait donc confié la clé du club  pour accueillir Philippe et Nathalie. Un couple de voyageurs à moto, sur les routes depuis dix huit mois avec deux KTM.

A ma grande surprise, ce ne fut pas deux jeunes sauvages que j’ai retrouvés devant la porte, mais un couple proche de la retraite. Il est marin, breton et forgeron. Il a écumé l’Arctique et l’Antarctique en bateau, les  pistes Sahariennes en camion et même la piste Nord Sibérienne qui m’intéresse tant.

Philippe, c’est une mine d’informations, je boirais bien ses paroles, mais le débit est tel que je risque d’avaler de travers. Il faudrait l’enregistrer puis se le repasser le soir à la veillée, par petites doses et de préférence en vitesse lente pour ne rien en perdre. Nathalie s’abreuve de ses paroles, elle a de l’entrainement et, à chaque saillie, éclate d’un rire atomique. Voilà sans doute ce qu’on appelle un couple taillé pour la durée. Elle a bu ses paroles pendant des années, lui, d’un bout à l’autre du globe et elle, à la maison, comme une vraie femme de marin.

Et puis un jour, elle s’est acheté  une 125 et elle l’a suivi à travers toute l’Asie, de la Turquie au Vietnam puis du Japon à Vladivostok.  Il me dit que, quand même, du voyage comme de la forge, il prendrait bien  sa retraite et avec son infirmière de Nathalie, quelque part dans le sud de la Bretagne, sur ses terres, il ouvrira un relais motard où il pourra raconter ses voyages à la veillée, en direct et en avance rapide.  On bricole nos bécanes ensemble, c’est comme si j’avais allumé la radio ; je ne sais pas comment il faisait quand il voyageait tout seul, il a dû stocker un disque dur entier d’anecdotes et même des minicassettes TDK métal, du temps où il passait des camions au Bénin.  Je vidange mon moteur, j’écoute sa traversée du Tanezrouft, on casse la croûte pendant qu’il me raconte quelques expéditions polaires avec des chiens et des bateaux qui coulent et puis je remets de l’huile neuve en écoutant la Route des Os, au nord de Yakutsk. Ah merde, j’ai oublié de remettre le bouchon, toute l’huile est par terre, j’ai dû être un peu déconcentré !

En recherchant des bidons neufs à la station, un jeune blond au regard clair, commence à discuter ; dans un jargon approximatif, on arrive à se comprendre, il a aussi un club, un kloub comme on dit ici, il veut me le montrer, c’est un kloub de motocross, il m’y fait voir toutes les bécanes et il m’offre un pneu , comme ça , spontanément, comme on offre une bière, pour me remercier d’être passé.  Je ne le reverrai sans doute jamais, j’oublierai même son regard limpide…le drame de l’être humain, c’est qu’ il finit  toujours par oublier; les regards croisés se noient dans les brouillards du souvenir…

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