Un américain à Vladi’

 Devant l’alliance j’ai rencontré un américain en pâmoison devant ma moto, un petit mec  au physique et à l’âge indéfini, pas le genre dont on pourrait se dire au premier coup d’œil : tiens, mais que fait donc là cet Américain ? Il était, comme tous les voyageurs que je rencontre ici, en attente quelques jours d’un avion ou d’un bateau…Cette ville étant le  terminus du continent, on ne peut qu’y terminer son voyage. Je suis bien le seul à vouloir autre chose, mais je le paye d’une interminable attente. On imagine toujours l’Américain type athlétique, avec une mâchoire,  des dents et un brushing parfaits. Celui-ci était bossu, un peu crado quant à ses dents, je n’arrive toujours à savoir de quelle matière étaient faits les agglomérats laiteux qui s’accumulaient à la jointure de ses ratiches et de ses gencives, une sorte de poridge au tartre sans doute. C’est à son accent que j’ai compris que ce n’était pas un réfugié du Dombas. Il venait d’accompagner un groupe de motards qui s’était offert une traversée de Chine avec quelques motos japonaises, un guide et les formalités en règle. Encore un fois, on me rappelait que c’était le seul moyen d’entrer dans l’empire du milieu. Mon amerloque avait, lui aussi, un ancien flat Béhème ; il  ne pouvait qu’être attiré par ma vieille bête et toutes ses modifications farfelues. Un peu plus tard, dans la rue Svestlankaïa, où je passe ma vie,  j’ai croisé deux savoyards avec  de bons vieux trails japonais bien basiques. En transit bien sûr, la Corée ou le Japon, comme d’habitude…j’aurais presque pu aller y faire un tour. En Corée, c’est facile, il y a une journée de bateau, pas de visa ni de paperasses futiles pour la moto. Pour le Japon, c’est plus compliqué; il faut le fameux carnet de passage qui doit, en plus,  être traduit à l’arrivée…mais qu’irais-je donc faire là-bas avec mes cuirs râpés et ma moto antédiluvienne. J’ai l’impression qu’au pays du Soleil Levant on va me voir comme j’ai vu mon américain…Je préfère rester en Russie, même si je ne comprends toujours rien à ce qu’on me raconte, je  sais qu’ici il y aura toujours une place pour  ma patine et mes traces d’usure !

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