le premier jour de route…

Après avoir soigneusement rangé le club et révisé mes cours d’équilibrage de paquetage, il ne restait plus qu’à prendre le bac pour traverser la Léna. Une petite armada de vieux bacs sillonne le grand fleuve gris toute la journée. Les embarcadères ne sont pas l’un en face de l’autre, les passagers ont droit à une mini croisière pour rejoindre la petite ville de l’autre rive quelque kilomètre en amont, ou en aval, je ne sais pas dans quel sens il coule le long fleuve tranquille.

Le petit tour en bateau fut plus agréable que la dernière fois, de nuit, sous la neige avec une patte cassée ; là, on regarde défiler les bancs de sables et les mouettes rieuses, on fait des photos, c’est la vraie croisière. Je suis arrivé juste quand il allait prendre le large ; le mécano m’a fait un grand signe pour que je tire tout droit et que je m’incruste entre deux minibus à l’arrière. Les débarquements, comme d’ailleurs les
embarquements qui n’en sont que des copies inversées, rappellent de lointaines opérations sur les plages normandes, la passerelle est balancée le plus rapidement possible et pas question de trainer pour remonter la pente sableuse qui sert de rampe d’accès.

Commence alors la route de Magadan… après douze kilomètres de goudron, on se retrouve sur une piste pas trop défoncée. Je me demande parfois pourquoi on fait des routes toute lisses pour les limiter à quatre vingt et mettre des radars partout. Pour faire des économies, il suffit de faire comme dans ces contrées lointaines, juste des pistes, comme ça on ne le dépasse pas le quatre vingt… quoique….

Les minibus et les quat’quatres ont l’air de tenir à leur moyenne, je les laisse passer, mais ça fait de la poussière. Il faut arriver à doser son pilotage pour échapper au nuage de poussière du précédent sans risquer de se faire dépasser par le suivant, sinon on perd une partie. Si c’est dans l’autre sens et que, par exemple, des petits rigolos auraient l’idée saugrenue de faire des dépassements en négligeant ma présence, j’ai double dose de poussière et je recule d’une case. Vicieux comme jeu, il y a parfois la même situation mais dans les deux sens, mauvaise pioche, je perds un tour… je m’arrête et je vais pisser… Parfois aussi, c’est un peu plus calme, on s’arrête on fait des photos… le vieux couple de ricains en sidecar que j’ai dépassé n’ont vraiment pas de chance ; rupture d’amortisseur…et un side car, ça ne s’embarque pas dans le premier fourgon Uaz de passage. Je crois que la partie est perdue pour eux, ils ont cinq jours pour rejoindre Magadan où un transitaire doit faire expédier leur moto… il y a mille huit cent bornes de piste et en plus leurs visas se périment bientôt.

En voilà encore qui, malgré leur âge respectable, n’ont toujours pas assimilé la règle élémentaire : prévoir le temps qu’il faut, ne même pas le prévoir, juste s’offrir le bien être, le luxe inouï, de ne pas avoir à y penser…

6 réflexions au sujet de « le premier jour de route… »

    • je n’ai pas pensé à leur demander… mais je me demande souvent comment il s’en sont tirés… sans doute en laissant la moto à Iakutsk et en passant des jours à tenter de régulariser leur situation… au pire ils se font expulser et expédier la moto par transporteur, mais tu sais ô combien il est complexe et onéreux de rapatrier un side… au mieux, ils laissent la moto à Yakutsk et ils reviennent l’année prochaine!

  1. Comme tu le dis si bien, « c’est un luxe de ne pas avoir à penser «.
    Malheureusement c’est une toute petite tranche de population qui a ou qui prend ce choix.

  2. Ça alors : une 1200 XTZ attelée, comme la mienne !
    Va savoir, peut-être que moi aussi je prendrai un jour la piste de Magadan…
    En attendant, c’est un réel plaisir de te retrouver ici. Bonne route l’ami ! 🙂

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