Du ferry au collège…

Le lendemain, je me suis réveillé à sept heures, au son du chargement de camions du premier bac. Je me lève tranquillement et je vais prendre un café chez mes voisins d’en face. Aliocha voudrait aussi sa caricature et aussi, tant qu’on y est, celle de son neveu. Grâce aux technologies modernes, nous discutons de nos vies, de nos métiers ou de nos familles, de l’islamisme et du retraitement des déchets. Aliocha  croit arriver à me convaincre qu’en Russie ça n’a pas d’importance… et sa preuve est irréfutable, « écologie », ce n’est pas traduit dans son téléphone russe !

On laissera passer la petite barge de dix heures pour prendre le gros bac de onze heures trente, Aliocha y tient beaucoup, c’est celui dont il tient la caisse, d’ailleurs il tient à m’offrir le voyage pour me remercier de tous les dessins.             Sur le bateau, on m’invite à traverser dans le poste de pilotage, mais aussi à caricaturer la moitié des marins.
On me priera ensuite de venir me restaurer au réfectoire du bateau mais je vais aussi caricaturer la cuisinière, une rondouillarde babouchka rougeaude et le capitaine, un beau et solide gaillard au regard d’acier.

Je repartirai le cœur léger, avec une douce impression que le monde m’appartient…

Quelques minutes plus tard, dix kilomètres avant Khandyga le moteur s’arrête net et là, soudainement, plus rien ne m’appartient…

Deux minibus Uaz gris s’arrêtent, un dans chaque sens, j’ai déjà commencé à chercher, j’imagine une panne anodine, une cosse débranchée, mal fixée, mais je ne trouve rien. Alors, Nikolaï qui, avec madame, va dans la même direction que moi, propose de me tracter jusqu’au garage de la bourgade. Arrivé devant, le doute m’assaille, je ne le sens pas ce mécanicien rustique et je demande à Nikolaï si il peut me tracter jusqu’à l’auberge du village.           La malédiction s’acharne, c’est complet et il n’y a pas de solution de secours…

Mais madame Nikolaï enquête au téléphone, pendant que monsieur son mari explique mon cas à un client de l’hôtel, vivement intéressé par mon cas. Pavel est Ousbek et mécanicien sur les camions souterrains qui travaillent dans les mines… il propose de venir me filer un coup de main devant l’internat du collège où on m’a trouvé une place.

Côté panne c’est un peu le désespoir, pourtant, l’un comme l’autre , on se dit que ça ne peut pas être grave. Alors nous allons bouffer dans un café Ouzbek, histoire de rester en famille et nous planifions nos soirées, il va chercher des solutions sur Internet et moi je vais essayer d’activer mes contacts au pays en espérant qu’ils soient déjà levés… mais soudain, vent de panique dans toute la ville ; il y a une panne Internet. On ne parle plus que de ça, Khandiga n’a plus sa fenêtre sur l’extérieur, sa bouée de sauvetage pour une jeunesse en mal d’ailleurs… Nous nous replions chacun vers nos couchages, on se sent abandonnés, prisonniers d’une réalité restreinte, comme si c’était la fin du monde…

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