Les temps qui changent

Je suis allé me promener dans la ville. Dans la journée, dès que le soleil sort, une légère douceur élimine ce petit froid mordant encore hivernal. On croit toujours quand on voyage que les lieux traversés vont se figer pour l’éternité, comme des souvenirs… et pourtant, à peine six mois plus tard, tant de choses peuvent avoir changé. Tous les commerçants Mongols, avec leurs gants, leurs bottes et leurs bonnets, ont disparu du paysage. La petite boutique du cordonnier chinois, à l’entrée du marché couvert, a été remplacée par un marchand de dégueulasse bouffe rapide de plus. J’ai bien fait, à l’automne dernier, de lui faire réparer mes sacs et mes blousons ; mais étrangement, de ne plus le saluer en allant faire mes courses, ça m’a filé comme une pointe de mélancolie.

C’est sans doute de voir s’amorcer une situation d’attente de plus. On ne voyage pas vers le nord très facilement, c’est bien pour ça que les voyageurs qui veulent traverser le continent s’arrêtent bien souvent à Vladivostok ou à Magadan, à l’extrême sud on butte sur les frontières chinoises ou coréennes et vers le nord, il n’y a même pas de frontière, il n’y a rien ; vers le nord on butte sur rien.

Rester dans l’attente d’un moyen d’accéder à rien ; n’est ce pas une bonne raison de risquer de se laisser happer par le vide

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