Le conditionnel

Je devais donc repartir à Omolon… Tout semblait s’agencer remarquablement…

Le docteur d’Omolon s’était occupé des formalités du Propusk, ce fameux laisser passer délivré par les autorités du Tchoukotka pour avoir le droit de traverser ce territoire autonome. Il avait organisé mon accueil par un collègue à lui à l’hôpital d’Omolon et le transport de la la moto jusqu’à Bilibino, la ville à partir de laquelle les routes sont, parait-il, vaguement plus carrossables. Mon Docteur Sergeï m’aurait attendu à Bilibino où il vient d’être temporairement  nommé . Tout ça s’agençait tellement bien qu’on aurait presque cru à un voyage organisé.

Mon départ était programmé pour ce jour fatidique où la France s’est refermée sur elle même. Quel hasard étrange…

Encore deux jours avant, je préparais mon paquetage, j’inventoriais  insouciant les derniers détails, les petites choses à ne pas oublier, j’étais encore dans l’excitation du départ.

Il était difficile d’échapper aux rumeurs de pandémie, mais le Tchoukotka, là-bas, de l’autre côté de la planète, semblait si loin de tout ça. J’étais sûr d’y trouver cette sérénité  dans laquelle le voyageur solitaire retrouve toujours cette délectable sensation de plénitude.     Je vais devoir tenter de retrouver cette plénitude en restant chez moi.J’ai de la chance ; par la fenêtre la vue est belle, les cerisiers fleurissent et bourdons et abeilles s’y affairent. Elles s’en foutent, les abeilles, de ce virus à nom de bière sucrée, elles ont leurs bestioles virales à elles qui ne sont pas très sympathiques non plus et il y a bien longtemps qu’elles ont appris le confinement…A cette heure précise, j’aurais dû être en train d’attendre mon embarquement pour Magadan ; on ne fait pas toujours ce qu’on veut…

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