Présent suspensif

Pendant deux mois, tout fut donc suspendu… mais sans doute à des hauteurs différentes.

Quand j’appelle mon pote mécano, dont le doigt écrabouillé, confiné dans la montagne, a eu le temps de se reconstituer plus ou moins, il me dit qu’il a repris le boulot là où il l’avait   arrêté, exactement comme s’il avait appuyé sur une touche pause ; il a repris la clé de douze posée sur l’établi, huit semaines plus tôt, pour continuer la vidange de la vieille brêle pourrie, posée là pour un entretien, qui aura eu  largement le temps de laisser se vider le carter jusqu’à la dernière goutte. Dans son cas, c’est un vrai temps suspendu. Ces deux mois, vu de son atelier, c’est comme s’ils n’avaient pas existé… et si on faisait pareil pour tout ? Les charges, les loyers, les prélèvements divers et innombrables dont les échéances nous guettent sournoisement ?

On ferait comme si rien ne s’était passé. Ce serait simple, non ? L’état n’aurait pas à emprunter quelques milliards de milliards puisque cette parenthèse serait devenue une illusion.

Mais non ; il paraît qu’en réalité, ce n’est justement pas aussi simple. Qu’il y a des processus qu’on ne peut pas mettre sur pause aussi naïvement, qu’il y a une inertie de la machine sociétale…comme un immense cargo qui dérive…avant, bien sûr, de s’échouer bientôt…

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