L’étape divergente

Le débat va désormais faire rage en mon for intérieur entre carte et GPS. Je suis resté jusqu’au milieu de l’après-midi dans l’hôtel de Ulaangoom c’était un établissement typiquement soviéto-mongol, un immeuble triste avec une épicerie au rez de chaussée, un restaurant au premier et quelques chambres au second. La taulière, fort aimable, m’a installé la box dans ma piaule pour  que je puisse mettre à jour mon journal de bord. J’y serai presque resté un soir de plus, mais la vue sur l’artère principale, le bruit qui accompagne toujours toute artère principale digne de ce nom et puis les baies vitrées qui transformaient petit à petit la chambre en four solaire, tout ça m’a donné envie de nuits improvisées au cœur de la steppe. Elle est tellement belle la steppe et elles sont tellement moches ces petites villes, avec leur mélange d’immeubles gris, de petites maisons et de yourtes. J’ai donc repris la route vers seize heures, juste un peu, comme ça, pour être ailleurs… Garmin appelons le Garmin c’est le nom de mon GPS, ça fait un peu Kevin mais ça évite les contractions genre JFK ou DSK, je trouve ça moche, pas élégant du tout, ça fait sigle, même si ma moto s’appelle BMW… Kevin donc, m’invitait à faire tellement de tours dans la ville alors que  le pompiste m’indiquait l’inverse, que j’ai cru que son programme voulait me renvoyer d’où j’étais arrivé la veille… Suivant les conseils du pompiste, j’ai pris une belle route goudronnée qui mettait tout le monde d’accord, Kevin qui s’était reprogrammé dans  le bon sens, la carte qui m’indiquait que ma route était un axe rouge important et le pompiste qui devait déjà m’avoir oublié. Même les trop rares panneaux de la sortie de ville qui défilent confirmaient  que je pouvais y aller les yeux fermés. Après quelques dizaines de bornes sur un goudron tout lisse, je  me suis quand même inquiété, en m’orientant avec le soleil ; il semblait qu’on tirait trop au sud. J’aurais d’ailleurs du m’occuper plus de Kevin plutôt que de ne faire confiance qu’à cette belle route qui ne pouvait que correspondre à l’axe bien tracé de la carte. Et pourtant, là, c’est la carte qui avait tort le bel axe rouge devait comme la veille correspondre à une piste de terre. Les cartographes, quand même, c’est des sacrés rigolos ; à part ceux de monsieur Michelin qui sont des gens très sérieux, les autres, ils doivent se pochetronner toute la journée, pour se planter aussi souvent. Kevin insistait pour faire demi-tour incapable cette fois de me trouver une piste secondaire. Je lui ai donc cloué le bec, j’ai replié la carte et continué la route jusqu’à un lac magnifique. Après tout une route en vaut bien une autre. Je me suis arrêté dans un camp pour pêcheur, des petites maisons en bois et des yourtes au bord du  lac, j’ai même retrouvé deux gaillards qui, à la sortie de la ville, avaient tenu à ce que nous buvions une bière ensemble, une bière tiède, dans un bidon en plastique mais une bière quand même. On a d’ailleurs pu finir le bidon près du lac et je  me suis installé dans un petit cabanon au calme absolu, après avoir discuté avec Matsoo, un jeune fonctionnaire venu de la capitale en famille, au village natal de son père, quelques yourtes sur la colline. C’est là, en écoutant le silence fracassant, je me suis dit que j’avais bien fait de prendre cette route au hasard…

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