Francophonie et cartographie

La route ensuite n’avait pas un intérêt  démesuré, sinon que petit à petit, d’un magnifique ruban de bitume tout neuf elle devenait une espèce  d’hybride entre la piste de taule ondulée et le chantier de la prochaine transmongolie, c’est en arrivant sur ce secteur indéfini que j’ai rencontré un attroupement qui ne sentait pas vraiment la couleur locale. Trois cyclistes suisses qui partaient vers l’Est et un jeune couple d’étudiants français dans un vieux Nissan, vers l’Ouest. Déjà qu’ils n’étaient pas encore remis de leur émotion de rencontrer des francophones dans cet endroit-là, l’arrivée de la délégation Francobelge, que je représentais à moi tout seul, faillit les faire défaillir. Nous devisâmes donc à propos de nos expériences puis, ne voyant pas arriver de délégation Québécoise, on a fini par reprendre chacun nos voyages respectifs.   Après une escale à la cabane restaurant de la gare routière de Songano, j’ai repris la route en faisant cette fois totalement confiance en Kevin Garmin pour m’amener au milieu de rien où j’ai planté ma yourte à moi ; j’ ai  entendu deux petites motos venir observer mon campement, je me sentais un peu comme un pionnier dont le campement serait cerné par des cavaliers Sioux… mais le sommeil l’a très vite emporté… Le lendemain matin, levé à l’aube, pendant que trois chiens gardaient mon campement, moi je faisais mes ablutions matinales dans la petite rivière et c’est à cet instant que les petites motos sont revenues. On est jamais tranquille, décidément. On se lève à l’aube pour pouvoir prendre le temps de se préparer à l’étape suivante, et c’est juste au moment critique, quand on vient de déposer, les fesses à l’air, son offrande à la terre nourricière et qu’on en est aux finitions, à croupi dans le filet d’eau, que les voisins débarquent.  Mais comment leur en vouloir? Ils m’ont amené un litre de lait frais et un gros morceau de fromage, une sorte d’intermédiaire entre le beurre et le fromage, je mange et bois poliment tout ça en partageant le pain légèrement brioché que j’avais trouvé la veille près de la gare routière. Je suis ensuite convié à rejoindre la yourte pour prendre le thé avec du fromage ; il y a des jours comme ça où on se dit qu’en ces temps où tant de gens deviennent allergiques aux laitages, la Mongolie est certainement une région qui leur sera scrupuleusement déconseillée par les conseillers médicaux de agences de voyages…ils ne viendront jamais ici, sauf  à des fins suicidaires…le taux de laitages qu’on ingurgite quotidiennement dans ces campagnes atteint des taux que mon estomac a décidé d’oublier.Pour la piste qui a suivi, je m’en suis entièrement remis aux compétences de mon ami Kévin Garmin. Il faut dire qu’après Sogano, il n’y a plus rien qui ressemble vraiment  à une route. Deux cent cinquante bornes de pistes, caillouteuses, sableuses, boueuses, avec des passages à gué un peu partout, ça finit par épuiser, j’ai même évité un orage terrible qui avait bien foutu la trouille à des touristes Russes égarés qui allaient dans l’autre sens; j’ai eu du bol,  j’ai  dû juste traverser les flaques de boue et les tapis de grêlons laissés par son passage. Mais arrivé  à Tzangaanoul,  la ville pointée par mon ami Kévin comme point de chute accessible en roulant à travers la steppe, l’envie de m’arrêter dans cette bourgade de cabanes tristes ne me titilla pas vraiment. Cent bornes plus loin, à la ville, la vraie, je trouverais  certainement un hôtel  tout équipé pour me reposer vraiment, me laver, faire un vrai repas, toutes ces choses simples qui font tant de bien après trois jours de fromage …Cent bornes de plus, pas grand chose en fait, sauf qu’à moto c’est comme en ski, quand on a été brillant sur toutes les pistes rouges mais qu’on a un peu abusé, on finit par se casser une jambe sur une faute de quart ridicule, au milieu des enfants  hilares, sur une piste verte. Il m’est arrivé un peu la même chose ; la faute de quart, l’inattention, le coup de mou, je me suis un peu tordu la cheville mais surtout, un caillou a troué le carter de la moto. J’ai bricolé avec du gaffer, le scotch à tout faire, mais après dix bornes ça repartait en couille.

Il ne restait plus qu’à s’échouer dans une auberge en planche, sur un sommier au matelas de paille, dans un village sans nom et sans électricité, quelque part sur la route vers nulle part, là-bas au Far East…

3 réflexions au sujet de « Francophonie et cartographie »

  1. Salut,
    A l’est d’Eden…pas vraiment l’Eldorado mais c’est l’aventure. Bonne chance pour la suite…que ton voyage se prolonge sous de bons auspices avant ton retour vers le far-west.

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