De Blagovesheng à Shimanovsk

Quand on dit qu’on va de Vladivostok à Yakutsk, comme tout non initiés à la géographie des immensités russes, on se dit que c’est de Sibérie à Sibérie et on n’en pense pas plus…il y a pourtant trois mille bornes entre les deux villes ; légèrement en obliquant vers l’Ouest mais quand même surtout vraiment plein Nord… Si on opère un transfert de latitude, c’est un peu comme si de Madrid, on s’offrait une petite virée à Stockholm… c’est peut être ce qui explique que je vois des petits flocons tomber ce matin alors que même à Khabarovsk, je passais encore l’après midi en  tenue estivale…

Je suis donc resté un jour de plus à Blagovescheng, mais comme il pleuvait, j’avais une excuse. Je sais que reprendre la route ne sera pas de tout repos. Le froid se pointe…un peu vite cette année, d’après les gens du pays…Les premières neiges sont arrivées alors que de nombreux arbres étaient encore verts ; les bouleaux en ont perdu leurs feuilles avant de les voir dorer au soleil d’automne. Pas de panique, tant qu’il fait sec, tout se passe parfaitement bien. Je retrouve cette impression floue, entre angoisse et excitation, qui précède toujours les étapes  présumées difficiles … La route du départ est plutôt jolie, à l’Est une  grande plaine et sa  large rivière somnolente, de l’autre côté, des collines qui se font effeuiller  sans pitié par le vent sibérien.

Je me suis arrêté au motel Oasis, à côté de Shimanovsk, où j’avais fait étape l’année dernière. Je me souvenais de l’accueil chaleureux de ces robustes et pragmatiques filles des campagnes qui géraient leur auberge avec poigne et sourire… Je ne suis pas certain, qu’on m’ait reconnu et puis ma préférée n’y est plus, ça change tout; moi qui m’étais promis de revenir la saluer si un jour ma route repassait par là… mais c’est comme ça; les instants magiques ne se reproduisent jamais. Je ferai quand même mon étape ici, en terrain presque conquis ,et dès le lendemain, je filerai vers l’inconnu…

Une réflexion au sujet de « De Blagovesheng à Shimanovsk »

  1. « Les instants magiques ne se reproduisent jamais » : comme c’est vrai !
    Le vieil Héraclite ne disait pas autre chose en affirmant qu’ « on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ».
    Plutôt que d’y retourner l’on devrait soigneusement éviter les endroits où ils se sont produits.
    Bonne route ami, et continue à nous faire voyager.
    Bébert

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