Skorovodino: le grand motel du carrefour

L’année dernière, vers la même époque, j’ai passé ma dernière étape avec Piotr le Polonais qui voulait rejoindre Magadan en scooter. C’était à Skorovodino. La nuit fut pourrie à cause de la boîte de nuit d’à côté. Je suis reparti le premier et quinze bornes plus loin, près de l’intersection, je lui avais envoyé un dernier message lui signalant qu’il y avait là une grande auberge, une station service et un restaurant…tout ce dont a besoin le voyageur d’hiver… Ensuite j’avais repris ma route, le laissant seul remonter vers la neige … Dans mon récit de l’année dernière, j’avais juste écrit

« quatre cent kilomètres plus loin, je m’arrête au Motel Oasis »…Rien de plus…

N’y aurait-il rien à dire sur ces quatre cent bornes de route ? En fait, non !

Si on a pas de panne, c’est un longue ligne droite au milieu des forêts de bouleaux… trois stations-resto-motels… je m’arrête aux mêmes, je les reconnais… Je me souvenais de la grande auberge de l’intersection, je l’avais même fantasmée tant l’étape à Skorovodino m’avait laissé un mauvais souvenir. Dans ma mémoire, c’était devenu une grande bâtisse de bois….et finalement pas du tout. Mais quelle importance, il est temps de s’arrêter et l’endroit est idéal après cette longue ligne droite. A côté, il y a un bar un peu triste, un garage chauffé et derrière un mélange bordelique de coupe de bois et de casse de camion……et puis même une espèce de mini zoo où croupissent quelques faisans, une petite biche et un pauvre ours dans une cage minable. C’est étrange les ours, on dirait une peluche géante, avec un bon regard de clébard et puis quand on le regarde, un peu comme les singes, il essaye de se faire remarquer ;  il joue avec son pneu, se dresse sur ses pattes arrières, ou fait des petits bonds sur sa litière en paille. L’animal en cage a toujours bien triste allure. Les hommes ont eu peur des bêtes pendant des millénaires et puis ils se sont vengés, ils ont réduit celles qui acceptaient la soumission à l’esclavage et les autres, ils les ont éliminées, enfermées…Il faudrait le libérer ce brave ours; mais à peine dehors je crois que, lui et moi, nous n’aurions plus le même rapport et, si je le croisais un peu plus loin, je ne ferais pas le malin et les peurs ancestrales seraient bien vite de retour ; il redeviendrait prédateur et moi simple proie bien démunie.

2 réflexions au sujet de « Skorovodino: le grand motel du carrefour »

    • continue la route juste quelques kilomètres plus loin… tu tomberas sur la grande auberge au carrefour de la M56….c’est beaucoup mieux… Skorovodino, c’est pourri!

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