De Aldan à Tomot…

Au petit matin dans la caserne, bien au chaud sous ma couette à regarder la neige dehors, je me disais que je resterais bien une journée de plus. J’inviterais la réceptionniste élégante à boire un thé dans une auberge où nous nous rendrions en troïka, comme le docteur Jivago ou Michel Strogoff. Dans la loge, je n’ai trouvé qu’une grosse dame fort peu aimable…je pensais tester les chaines à neiges dans la ville, histoire d’avoir un prétexte pour traîner dans le coin. Finalement, je préfère les tester en allant plus loin, beaucoup plus loin et tout seul, comme un chien.

Au café de l’entrée d’Aldan, là où j’ai laissé la moto, les serveuses, qui m’avaient accueilli la veille et offert de la soupe bien chaude, n’étaient plus là non plus, même celle qui voulait m’épouser. Que s’est il passé cette nuit ? Aurais-je dormi un mois ? Aurais-je rêvé toute ces femmes russes aux regards de braise qui, voyant enfin débarquer un homme qui ne soit pas habillé en militaire, voulaient toutes l’emmener chez elles. J’ai remonté les chaines, un peu désabusé… enfin seulement la chaine arrière parce que dans ma gamelle de la veille, en ramassant les bagages, une partie des fixations a dû s’évader par un trou de mon vieux sac, ce qui, soit dit en passant, m’a terriblement contrarié…Mais je m’applique, il le faut, cette unique chaine arrière, c’est ma seule chance d’arriver à Yakutsk.

Je suis repassé par l’auberge, prétextant que je voulais retrouver des fixations de chaine que j’aurais pu, sait-on jamais, oublier dans la piaule. Mais, ça se confirme, j’ai dû la rêver la réceptionniste. J’en profite pour faire une photo qui rejoindra la galerie de portraits…après tout, je suis le seul  motard à être venu ici sous la neige, ça mérite de figurer en bonne place juste au dessus de la réception… comme ça, peut-être qu’elle ne m’oubliera jamais…

Tomot n’est qu’à soixante huit kilomètres, mais d’après mes contacts, c’est le dernier endroit où on peut trouver une auberge avant Yakutsk. C’est donc  par là que je fuirai toutes ces histoires sublimes que je n’ai sans doute que rêvées …

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