La vie sur le pont

Juste avant le nouveau pont de Denys, il y a une route en terre qui part vers le nord… sur une de mes cartes de Sibérie, elle n’existe pas et sur l’autre elle est bien tracée en rouge, comme une autoroute ; ça m’avait terriblement intrigué. On dirait qu’elle existe donc, mais c’est loin d’être une autoroute… Denys m’explique qu’elle est toute pourrie, qu’il ne faut pas aller par là, que c’est juste une piste pour les camions en hiver…serait-ce un nouveau défi pour les obsédés de la performance ? Cet itinéraire mystère vers le cercle polaire mériterait qu’on s’y intéresse un jour…mais pas tout de suite, j’ai des skis à récupérer à Magadan avant les premières neiges…

La nuit, l’hiver prend ses repères et le petit matin commence à givrer. On m’a fait un topo sur la suite, qui d’ailleurs, ne ressemble pas du tout à ce qui est indiqué sur mes cartes. Encore des cartographes amateurs, comme c’est si souvent le cas. Pas beaucoup de logements ni de postes d’essence pendant les quatre cent prochains kilomètres. Une sorte d’auberge à quarante bornes puis plus rien pendant trois cents. J’opte donc pour la petite étape avant la grande. Il paraît qu’à Artouk, pour faire étape, ce n’est pas vraiment une auberge ; dans la ville fantôme on ne louerait pas un lit dans une chambre collective, mais plutôt des appartements complets dans des immeubles vides… quelle curieuse étape en perspective. Ce n’est pas loin, alors je prends le temps de laisser le soleil réchauffer l’atmosphère puis d’accepter un repas de plus et, en pataugeant dans une ratatouille linguistique indéfinissable, de parler avec les ingénieurs, Denys et Vassili, de la Russie, de Dieu, de l’or et des poubelles. En partant, les quelques hésitations à l’allumage que j’avais pressenties la veille ont décidé de confirmer l’essai. C’est reparti pour une révision ; carburation, allumage, c’est toujours la même chose et les chaos de la route puis les nuages de poussières n’aident jamais vraiment la préservation de la mécanique. On finit par trouver quelques défaillances puis… cette journée est tellement douce ; si on allait se balader en camionnette Uaz, sur les collines alentours ? Vassili me montre des ruines de villages fantômes qui naquirent et moururent au gré de la prospection aurifère, il s’offre un plongeon dans l’eau glacée puis Denys nous emmène voir le soleil rasant les collines dorées sur les hauteurs. Nous ne croisons pas d’ours, mais on me rappelle encore d’y faire attention si je plante la tente. Je pourrais leur dire que je connais le problème, qu’en France aussi il y a des ours, au moins trois dans les Pyrénées et quand un chasseur en dégomme un, le ministre de la transition écologique va le remplacer par un magnifique plantigrade racheté d’occase à la Pologne, mais je ne suis pas certain qu’ici, on comprenne la démarche.

Ce soir samousas ousbeks et banya et demain, on verra bien comment la moto démarre et le temps qu’il fera ; je me sens prêt à glisser dans le rythme de la construction du pont, bercé par le groupe électrogène qui ne s’arrêtera qu’aux premières neiges, à la fin du chantier…

2 réflexions au sujet de « La vie sur le pont »

  1. J’ai enfin trouvé une cartographie qui me permet de visualisé ton périple quasiment au mètre près ,: l’hôtel à Ust Nera , la station en sortie de ville , l’embranchement vers le nord……….

    Magique !!!!!!!

  2. La Russie a mené, samedi 8 septembre, les raids aériens les plus « intenses » depuis un mois contre la province d’Idleb, ultime bastion rebelle dans la Syrie en guerre.
    les russes sont-ils conscient de ce qu’inflige leur président à des civils syriens ?

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