Refaire sa vie à Omolon

Il y a six ans, la température est tombée à moins soixante quatre. On exhibe les records qu’on peut ; en attendant, c’est un peu le printemps et au petit matin, il ne fait que moins quinze ; pour la nuit, je protège la moto avec ma tente grossièrement jetée dessus ; ça lui laisse un peu plus de chance de démarrer le matin. Le froid engourdit tout, les pistons ont un mal fou à se décoller, même avec quelques coups de kick en guise d’échauffement, la batterie a bien de la peine à lâcher de l’énergie, même les câbles de gaz tout neufs sont tout engourdis, mais je ne peux quand même pas laisser tourner toute la nuit comme font les chauffeurs de camion. Yura est reparti à vide à Magadan, il m’a même proposé de refaire équipe, si je dois retourner au point de départ. La case départ ; quelle horreur, on a eu tant de mal à arriver jusqu’à Omolon. Et puis, mon cas n’est pas désespéré, on attend des nouvelles de la hiérarchie. Depuis mon arrivée, il y a une escadrilles de camions à forages qui attend des réparations pour repartir vers Bilibino ; en trois jours, on a eu le temps de faire connaissance et ils sont tous d’accord pour charger la moto et m’embarquer avec eux… mais je crois que ça ne plairait ni à Vassili, ni à sa hiérarchie. Il ne me reste qu’à nouveau apprendre la patience, savourer la chance que j’ai d’être dans un endroit où, sans doute, fort peu de motards sont venus s’échouer. D’ailleurs, Andrej le traducteur est ravi de ma présence car lui aussi, il aime la moto. Il vient me rendre visite régulièrement avec sa petite enduro chinoise, il me dit à chaque fois qu’on va aller faire une balade mais, visiblement, il a toujours autre chose à faire.

3 réflexions au sujet de « Refaire sa vie à Omolon »

  1. C’était bien quand, parfois, tu mettais une carte, on voit mieux où t’es dans ce quasi désert. Sur ma carte, je n’ai que Magadan….

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