Passé simple…La visite de la famille Yakoute

Quelques jours avant mon départ, qui est devenu en fait, quelques jours avant mon  introspectif départ vers chez moi, j’avais reçu la visite de Kyrill. Je ne savais pas encore que je ne pourrais pas partir en Sibérie, mais  là, c’est la Sibérie qui venait à moi.

Kyrill, c’est le chef des loups gris, le club de motards de Yakutsk, qui m’avait recueilli, il y a deux ans, avec ma cheville pétée. Cette année, il avait décidé de faire un tour d’Europe en famille et en bagnole. Parti de la Yakoutie enneigée il y a un mois et demi avec son fils de six ans, il avait, après huit mille cinq cent bornes, rejoint le reste de sa famille à Moscou . Avec Madame, le second de trois ans et le petit dernier de quelques mois, les voilà partis pour un tour d’Europe. Ils ont donc tous débarqués chez moi en prévenant la veille.

Je les ai reçu un peu en catastrophe parce que ,le lendemain matin, il fallait que je parte au salon du livre de Bruxelles… époque lointaine où on traversait les continents, insouciants, alors que maintenant on aurait presque peur d’aller au bout de la rue.  On a  bu un peu, comme le veut la tradition… enfin surtout monsieur, parce que madame, elle doit s’occuper de la horde de petit Yakoutes ; ça aussi c’est la tradition…

Je leur ai laissé la maison jusqu’au lendemain pour qu’ils se reposent un peu avant de traverser l’Espagne avec leur gros Toyota.  C’est la moindre des choses, il m’avait quand même laissé son local de motard avec le chauffage et le bac à chat pour chier.

Quelques jours plus tard, alors que j’étais rentré de Bruxelles, ils sont repassés. Ils avaient appris à Valencia que l’Italie venait de fermer ses portes, ce qui compliquait énormément leur retour. Craignant d’autres confinements, ils avaient préféré rebrousser chemin. Alors que j’apprenais que je ne pourrais pas partir plus loin que mon paillasson et ma boite au lettres, Kyrill faisait des ronds dans toute l’Europe en cherchant la porte de sortie.

Ils ont fini par abandonner la grosse bagnole en Hongrie pour reprendre en catastrophe un avion pour Moscou avant que toutes les frontières ne se ferment.

On vit vraiment une époque formidable…

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