Chap 3 : Gueule de bois ou lendemains qui chantent ?

Le risque avec l’alcool, c’est de réveiller la bête, voire l’idiot, qui dort en nous, oui là-bas, à la place du cancre, tout au fond, près du radiateur, le nez collé à la fenêtre, celle donnant sur la cour de récréation… Et un cancre qui se réveille, c’est quasiment condamner son prof à la cure de sommeil. Quelques lampées de pure malt, et voilà que se révèlent les désirs les plus fous, les fantasmes les plus délirants, c’est le moment des paris stupides, des défis insensés, c’est parfois même l’heure du crime, des passages à l’acte. Les neurones paniquent, les dendrites tricotent, les cellules gliales gouleyent, les axones désaxent, et, inévitablement, les paroles dérapent. Puis le matin survient, la sonnerie stridule vos tympans, et le cancre se rendort… Le prof revient de sa cure et vous passe un savon : Qu’est-ce que t’as dit ? Qu’est-ce que t’as fait ? C’est de la folie ? On ne doit pas promettre n’importe quoi à son enfant ! Tu te rends compte ! les kilomètres ! les sous ! Et arrivé à ce stade, vous vous demandez ce qui vous a pris, si vous pouvez revenir en arrière, si vous n’avez tout simplement pas confondu un vieux rêve avec une illusion. Mais vous vous mettez à diviser à la louche les kilomètres par le nombre de jours, un emploi du temps semble même pouvoir se dessiner, et puis l’argent en grattant le livret A que vous réserviez pour les mauvais jours, en économisant jusqu’au départ le train de pneu tout neuf que vous venez de monter, ça devrait passer à l’aise ; Et finalement  vous réalisez que toutes les excuses que vous utilisiez jusque là pour ne rien faire ne sont devenues cette fois que de simples problèmes à régler, sans même une inconnue dans l’équation. Et vous sentez à présent cette douce chaleur au creux du ventre : Cette chaleur, vous le savez, c’est le cancre qui est heureux. La fenêtre s’est ouverte. En juin, vous serez au rendez-vous à Helsinki.

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