Adieu, auberge « konfort »

A l’entrée du kafé, il y a une affichette « gastinitza Konfort »… l’auberge Confort… j’ignore s’il s’agit d’une réclame pour un lointain collègue ou si c’est bien le nom de cet endroit merveilleux. Pour moi, quoiqu’il en soit, ici, ça restera « l’auberge Konfort ». Il y a même un banya, le sauna russe, il est très rudimentaire et je n’ai pas eu le temps de l’essayer.

Mon pote Eugène me propose de le mettre en service pour le soir. Après deux nuits, je fais déjà partie des meubles. On prendrait vite ses habitudes ; le petit bureau face à la fenêtre, la vue sur la cabane à merde, quoi rêver de mieux pour l’inspiration. Mais entre l’envie de refaire sa vie dans un endroit sans nom et celle de toujours reprendre la route, je prends toujours la même décision. Maintenant qu’il y a de l’essence, il n’y a plus aucune raison de m’incruster…

La grande piste poussiéreuse continue de se dérouler entre plaines et collines. Après une centaine de bornes, sur la droite, il y a des constructions neuves, comme une petite ville, il y aussi de gros bâtiments industriels et un portail gardé à l’intersection, derrière un poste à carburant. Sans doute un mine d’or ou de diamant…

J’y retrouve, arrêté à la pompe, un des camionneurs à grosse nuque de l’avant veille. Il est en train de picoler à la vodka dans sa cabine et me propose de trinquer avec lui. Je n’ai pas le droit de refuser son kérosène que, bien entendu, il faut boire cul sec… et ses gobelets, c’est pas des dés à coudre, c’est des culs de bouteilles plastiques découpés à l’arrache. Il veut ma mort ce monstre… je refuse poliment la deuxième soupière en acceptant mon statut de françouss p’tite bite et tout c’qu’il veut… Trente bornes plus loin, il y a un kafé, je crois qu’une petite soupe me fera du bien…

Juste avant, j’ai croisé deux Slovaques sur des bécanes encore plus rustiques que la mienne… une MZ d’avant le déluge et une Honda CX 500, customisée grand raid de manière très approximative… on discute voyage, comme toujours dans ces cas-là et puis je les laisse repartir… le coup de vodka m’a latté la tronche et je vais camper dans le coin ; ce sera plus prudent… Je les retrouverai peut-être à Magadan, avec l’américain, et on fera une fiesta d’enfer…

Quand je me pointe au kafé, mon routier rustique est déjà là et visiblement, il a mal digéré son dernier shoot… la nuque encore plus rouge, les yeux encore plus enfoncés, déjà qu’il ne ressemblait pas à grand chose, là, il touche le fond. Heureusement, il n’a même plus la force de me brancher. Je peux boire tranquillement ma soupe et m éclipser pour prendre le temps de trouver un endroit ou planter mon campement.

Je trouve un bord de rivière avec un petit banc de pécheur et la table au même format. Je vais même pouvoir dessiner un peu… il y a tellement de moustiques que je garde tout mon équipement, cagoule comprise… je laisse juste dépasser les doigts pour tenir mon cayon… je n’ai jamais vu autant de moustiques sur des doigts…

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