les mammouths au musée

Egeniy m’avait raconté qu’au musée, on pouvait voir un pied de mammouth qui, jusqu’à il y a peu de temps, était conservé dans l’alcool. Régulièrement, il fallait changer l’alcool et quelques initiés privilégiés avaient le droit de déguster quelques gouttes d’alcool de mammouth. C’était, paraît-il, absolument dégueulasse mais qui aurait refusé le privilège de tester un tel breuvage? Depuis peu, l’alcool a été remplacé par du formol et plus personne ne déguste. Je me suis donc rendu, curieux, au musée. Pour une somme dérisoire, on accède aux trois salles habituelles, joliment agencées ; les peuples anciens avec ses pointes de flèches, la géologie avec ses jolis cailloux et la nature, les insectes, les plantes séchées et les animaux empaillés. Il y a bien quelques défenses de mammouths et de rhinocéros laineux, quelques bouts de peau momifiée et un moulage du bébé mammouth retrouvé intact dans le permafrost ; mais où est donc le breuvage magique ? Evgeniy m’expliquera le lendemain qu’il y a un autre musée à l’institut de géologie. J’irai donc visiter ça le lendemain…Ce musée-ci n’a pas été refait depuis longtemps et l’accès est étonnamment cher. On doit remplir des formulaires, donner son passeport et ne visiter qu’accompagné d’une personne assermentée qui ouvrira les salles les unes après les autres et les refermera consciencieusement derrière… trois salles, mais, à part quelques pointes de flèches, uniquement des cailloux…sauf au fond de la première. Une sorte de jambon de Bayonne croupit dans un liquide pisseux : le morceau de mammouth. Difficile d’être ému devant ce bout de bidoche macérant dans sa mare, mais bon, c’est le seul bout de mammouth au monde, dedans c’est plein d’ADN et peut-être que c’est ici que naitra le Jurrasic Park sibérien. En attendant, une grosse dame, fort aimable mais pas polyglotte, me fait visiter les autres salles ; sur la porte de la troisième, il y a même des scellés et on doit mettre des chaussons. Je suppose que dans toutes ces vitrines, il y a des choses tellement inouïes que le moindre géologue amateur s’en évanouirait de bonheur, sans doute aussi que c’est ce qui justifie le prix ; l’accès au Graal du géologue …mais pour moi, ces minerais rares, ces pépites géantes, ces cristaux colorés, ces bouts de météorites, ce n’est qu’une succession de cailloux…alors je ne m’attarde pas trop et je retourne au marché central m’acheter des baies de la forêt…

2 réflexions au sujet de « les mammouths au musée »

  1. Cher Luc. Vous n’imaginez pas à quel point je savoure le fait de suivre vos pérégrinations russes depuis quelques années déjà. Je retrouve votre blog avec le même plaisir chaque année en été, comme on attend les vendanges ou la saison des moules. 🙂
    Merci de prendre votre pied à moto dans ces contrées dures et parfois peu hospitalières, mais que vous racontez tellement bien, et de partager ces moments avec nous.
    Je dois être le dix-millième à vous le dire, mais vous devriez vraiment penser à compiler tous ces récits dans un bouquin!

    Bonne fin de voyage et bonjour de Bruxelles!

  2. Un coucou en passant P’titluc pour vous dire merci de nous embarquer dans votre formidable épopée russe. Grande lectrice de Cendrars, je me disais que vous auriez fait un chouette compagnon de voyage à Blaise. La moto c’est pas mon truc, je sais même pas conduire une bagnole, rien que mon vieux vélo, mais là, je comprends le bonheur de rouler seul et libre au bout du monde et je vous envie grave, comme disent nos ados.
    Encore merci pour le partage et les photos, rentrez bien et au plaisir de lire votre prochain périple.

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