L’édito du numéro 357 de Moto Magazine


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Un magazine encore plus « appli-qué »

Il y a toujours de mauvais démons qui menacent la pratique de la moto… Mais nous avons choisi, ce mois-ci, la dérision et le dessin dans notre page « Humeur » pour conjurer le sort ; et surtout préféré nous recentrer sur les joies que procurent notre passion, qui heureusement restent intactes, voire se multiplient, notamment pour les plus jeunes…
Les rayons de soleil commencent à darder, les ponts du mois de mai sont propices aux premières longues virées, et pléthore de machines vous tendent les bras dans ces pages pour le plus grand plaisir de rouler, mais aussi pour le plus grand plaisir de lire votre titre préféré, sur le papier, et plus encore sur votre smartphone. Grâce à la nouvelle Appli Moto Magazine !
Ce ne sont en effet pas moins de six machines A2 qui s’adressent aux nouveaux permis dans notre comparatif trails et nos essais nouveautés, alors que les plus aguerris se tourneront peut-être en priorité vers notre match néorétros ou vers la fumeuse Suzuki T 500 J, une machine à remonter le (2) temps…
Mais le plus important réside dans la nouvelle manière de lire Moto Magazine en version numérique puisque les abonnés comme les nouveaux acheteurs pourront découvrir des fonctionnalités qui permettent bien sûr de faire défiler les pages, mais surtout d’accéder au texte en plein format, façon liseuse, d’agrandir les images, et d’accéder au flux d’actualité de motomag.com. Un plus, dont les détails sont à découvrir page 24, pour lequel nous nous sommes impliqués, et appliqués…
Bonne route et bonne lecture  !

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

L’édito du Moto Magazine 356 d’avril 2019


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Gestion du risque

Nous motards, plus que tous les autres usagers de la route, sommes sensibles à notre protection, qui passe par notre seul équipement, de pied en cap. Aussi, à Moto Magazine, c’est avec une grande satisfaction – et une certaine fierté aussi* – que nous vous présentons ce mois-ci la démarche Certimoov lancée auprès du grand public par la Mutuelle des motards, des crash-tests et une classification qui visent à l’amélioration de nos casques (lire nos actus et notre dossier p. 8 à 21).
Autre démarche de notre Mutuelle, favoriser l’achat d’un airbag efficace, notamment par les jeunes. Un élément qui, s’il n’est qu’un maillon dans la chaîne de protection, présente un intérêt dans certaines configurations de chute.
Pour autant, Moto Magazine et la FFMC restent vigilants quant à la tentation des pouvoirs publics d’imposer une panoplie complète. On parle dans les couloirs de la Sécurité routière du port de chaussures montantes obligatoire…
Chacun doit pouvoir s’équiper en fonction d’un degré de prise de risque – même si l’on est bien conscient qu’un accident peut arriver à tout moment – pour que la pratique de la moto reste gérable. À certains moments, on roule à la cool avec un casque jet et un jean renforcé. À d’autres, on abat des kilomètres en chaussant un intégral et des bottes ou l’on s’essaye au circuit en combinaison de cuir… Mais imposer tout un arsenal empêcherait simplement d’emmener un ami à la gare, de pratiquer le duo, voire de rouler tout court, eu égard au transport et au coût du matériel.
En suivant à la lettre la logique qui vise à protéger les plus vulnérables sans tenir compte du principe de réalité, on demanderait aux piétons de porter un casque en traversant la rue…

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

* Moto Magazine est détenu par La Mutuelle des motards, et la FFMC

L’édito du Moto Magazine 355 de mars 2019


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Saint Philippe plus fort que saint Christophe

Alors que les pouvoirs publics finissaient par lâcher que 60 % des radars avaient été neutralisés depuis décembre et que les excès de vitesse (quand même enregistrés par les boîtes grises… les « gilets jaunes » éteignent les flashs, la Sécurité routière allume des cierges) étaient en augmentation, voilà que notre Premier ministre sort de son chapeau le 80 km/h pour justifier une baisse du nombre de morts sur les routes en 2018. Une baisse historique : moins 5,5 %.
On se réjouit de ce bon résultat d’autant que les motards paient un lourd tribut lors des accidents, à cause de leur vulnérabilité, des infrastructures inadaptées ou mal entretenues, de l’usage du téléphone portable au volant. Mais les voix du seigneur sont impénétrables, car on ne sait bien sûr pas sur quels types de routes ces vies ont été épargnées. Voies à 110 km/h intégrées au panel, zones où structurellement on ne peut atteindre le 80 (montagne) ? Par ailleurs, les chiffres, si l’on ne peut évidemment les qualifier de faux (les communicants connaissent leur métier !), sont mesurés en prenant des repères favorables à leur interprétation : bilans d’une année comparés à ceux des cinq dernières, flou sur la prise en compte ou pas des décès à un mois à l’hôpital, etc. (lire nos actus p. 12).
Mauvais coup du sort pour Édouard Philippe, si l’on peut dire, la mortalité des autres usagers diminue aussi. Le verra-t-on bientôt tel Argan dans Le Malade imaginaire s’écrier : « Moins 1,9 % chez les piétons, le 80 ! Moins 3,5 % chez les cyclistes, le 80. Moins 5,9 % chez les camionneurs, le 80. Moins 4 % chez les motards ». Qui – on l’entend si souvent – ne respectent pas la vitesse… On compte sur l’Observatoire du 80, dont fait partie la FFMC, pour démystifier cette mythification. Pour l’heure, on est tout simplement très énervés par la manœuvre…

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

L’édito du Moto Magazine 354 de février 2019


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Année des solutions ?

En 2019, quoi de neuf ? C’est ainsi que nous commençons le premier numéro de l’année avec des actualités présentant sous forme d’un florilège ce qui va toucher notre quotidien de motard(e). En bien ? En mieux ? En pire ? De la réglementation à l’arrivée de nouveaux modèles, de nouvelles donnes en matière de compétition à la survenance d’événements culturels.
Pour autant, il est bien difficile de lire clairement ce qui nous attend en cette période troublée tant par l’exaspération des « gilets jaunes » que par le raidissement – maladroit – du gouvernement  ; sans parler de la bombe à retardement que représentent la création des zones à faibles émissions en province, le durcissement des restrictions de circulation à Paris et leur extension au périmètre de l’A86 francilienne. Des mesures qui sonnent, pour les possesseurs des engins les plus anciens, comme une entrave pure et simple à la possibilité d’aller et venir.
La pilule sera d’autant plus amère pour les motard(e)s qui ne roulent pas au diesel, qui font durer leurs machines par passion – pour l’objet et sa mécanique – et parfois par souci d’écologie, son remplacement n’ayant rien de neutre en matière d’impact carbone. Rappelons surtout que la moyenne parcourue annuellement par une moto est de 3 000 km et que des modèles antérieurs à 2004, de 15 à 20 ans par exemple, ne comptent que de 45 000 à 60 000 km, et ne sont donc même pas à la moitié de leur vie ! De quoi mettre en rage ceux qui les possèdent (et ne pourront ni rouler ni les vendre) comme les moins fortunés qui ne pourront plus les acheter d’occasion. Verra-t-on un nouvel épisode avec des citoyens dans la rue et des décideurs enfermés dans leur tour d’ivoire ? Le « grand débat national » transformera-t-il sur ce point la colère en solutions? La FFMC s’en inquiète et veille au grain…

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

L’édito du Moto Magazine 353 de décembre 2018 – janvier 2019


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Carburant explosif

Les « gilets jaunes » ont porté haut et fort la grogne contre la hausse des carburants partout en France le 17 novembre dernier, et nombre de citoyens motards se sont joints aux cortèges et autres blocages. Car par delà la baisse du pouvoir d’achat qu’elle va entraîner pour beaucoup de ménages, notamment en province, c’est l’écologie punitive qui est pointée du doigt (lire nos actus p. 8).
Une politique dont les motards font déjà injustement les frais avec les restrictions de circulation alors que les deux-roues motorisés ne carburent aucunement au diesel.
La moto est une solution, et la Fédération des motards en colère fait des propositions concrètes et constructives pour le faire valoir, y compris dans le cadre de la transition écologique. C’est sur ce dernier combat que se concentre la FFMC depuis des années déjà et elle n’avait pas vocation à récupérer la colère des « gilets jaunes » et/ou à prendre en charge l’organisation d’un mouvement infusé sur les réseaux sociaux.
Nonobstant, nous devons retenir que ce gouvernement persiste dans ses méthodes.
Si le totalitarisme, c’est « ferme ta gueule ! », la démocratie, façon nouveau monde, c’est « cause toujours  ! » Face au mépris du pouvoir et à l’urgence de la situation, les citoyens se sont mobilisés en masse. La FFMC de son côté alerte pourtant depuis bien longtemps sur les écueils de cette écologie punitive qui risque d’assigner à résidence les plus démunis.

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

L’édito du Moto Magazine 352 de novembre 2018


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Scabreuse transition

En même temps que le salon parisien de la moto ouvrait ses portes, Paris fermait les siennes à la moto ! Verbalisations à gogo, enlèvements massifs de machines à la porte de Versailles, nouvelles annonces pour bouter les moteurs thermiques hors les murs… Voilà bien une preuve que notre moyen de transport – et notre passion – est totalement déconsidéré par la mairie de la capitale, alors qu’ailleurs, en France et en Europe, des édiles réfléchissent à l’alternative qu’il représente pour fluidifier le trafic urbain et réduire ainsi la pollution atmosphérique. La communauté des motard(e)s va devoir encore réagir pour stopper des initiatives aussi absurdes que socialement discriminatoires.
Dans un autre domaine, celui de l’état des routes, c’est la même limonade ; ou plutôt le même breuvage amer. Trous, saignées, ralentisseurs défoncés, les pièges à deux-roues se multiplient sans cesse. La Fédération française des motards en colère va faire porter un projet de loi devant l’Assemblée nationale pour que la totalité des recettes des radars soit dévolue à l’entretien des routes (lire p. 8). Avec le slogan : « Rendez-nous notre argent ! » C’est plus que jamais le moment de la soutenir…
En attendant, satisfaction quand même lors de ce Mondial du deux-roues, le retour de Peugeot sur le segment moto. En espérant que le contexte ne tue pas le projet dans l’œuf. En 1973, Motobécane lançait son 350 tricylindre 2T en plein choc pétrolier. En 2019, la marque au lion devrait produire deux mignonnes citadines à l’heure où le stationnement urbain risque de devenir payant… Transition écologique ou transition industrielle, le tempo n’est pas vraiment bien choisi…

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

L’édito du Moto Magazine 351 d’octobre 2018


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Le monde moto en pleine mutation ?

La transition écologique est au cœur des débats dans notre société, et a eu encore plus d’écho ces dernières semaines après la démission de Nicolas Hulot. Un grand nombre de citoyens aspirent à préserver la planète pour les générations futures, à un environnement plus respirable et plus serein. Ce qui va engendrer efforts et interdictions. Ce à quoi la moto n’échappera pas.
L’État a d’ailleurs déjà promulgué un plan pour la transition écologique en 11 mesures (voir p. 8) qui pourrait d’ici quelques années bouleverser la pratique de la moto. Et un plan vélo qui ne sera pas sans conséquence sur l’aménagement des voies.
C’est notamment en ville, avec des restrictions de circulation de plus en plus fréquentes et de plus en plus drastiques – accompagnées de moyens de contrôle et de verbalisation par vidéo (voir p. 14) – que les effets vont se faire le plus rapidement sentir, le gouvernement ayant pour objectif l’éradication de tous les véhicules thermiques en zone urbaine d’ici 2040, et d’interdire la vente des cyclos de ce type dès 2030. Mais si passer du thermique à l’électrique avec un utilitaire n’est pas trop gênant (si ce n’est le problème de l’acquisition d’un nouvel engin), il en va tout autrement avec nos motos passion, qui ont chacune leur caractère, leur look ; ou encore leur histoire, quand on roule avec une moto qui a de la bouteille…
Faudra-t-il bientôt n’envisager la moto que pour les loisirs ? Espérer des progrès d’envergure pour la rendre encore moins polluante mais aussi plus silencieuse ? Attendre l’avènement de machines électriques à l’autonomie suffisante ?
À défaut de pouvoir aller contre le cours de l’histoire, nous devrons nous motard(e)s, avec la FFMC, faire valoir les avantages du deux-roues et veiller à ce que cette transition écologique se fasse intelligemment et, surtout, sans brimer et culpabiliser les citoyens qui n’ont pas les moyens de changer de véhicule maintenant et tout de suite.

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

L’édito du Moto Magazine 350 de septembre 2018


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Trous mémorables

À la rentrée, il va bien falloir que le gouvernement fasse parler les chiffres pour « rassurer » les Français. C’est une habitude. Taux de croissance, baisse du chômage, mortalité routière… Concernant cette dernière, les premières données officielles de la Sécurité routière pointent pour juillet une baisse de 5,5 % du nombre de tués par rapport à juillet 2017 en France métropolitaine ; ce dont on se réjouit. Mais ne verrait-on pas poindre une justification des 80 km/h sur nos routes secondaires ? Ce serait oublier qu’en mai et juin une baisse encore plus sensible a été relevée par rapport à l’an dernier (- 8,4 % et - 9,3 %), alors qu’on roulait encore à 90 (lire page 8)…
Le délégué interministériel à la Sécurité routière, Emmanuel Barbe, voit là une conséquence de l’effet d’annonce incitant les conducteurs à être plus prudents. Une supercherie lorsqu’on connaît l’hostilité de 74 % des Français envers cette mesure !
Il paraît donc urgent d’attendre pour tirer des conclusions…
Le même monsieur Barbe, qui veut légitimement sauver des vies, déclarait aussi sur BFM TV que les chaussées dégradées – qui ont fait l’objet d’un audit aux résultats catastrophiques (lire page 14) – font ralentir les automobilistes, réduisant de fait le danger de mort. À l’heure où le nombre de décès de motocyclistes baisse malheureusement moins et où celui des cyclistes grimpe en flèche, il serait bon de considérer les usagers de la route vulnérables, qui peuvent finir pour de bon, eux, au fond d’un trou…

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

L’édito du Moto Magazine 349 de juillet-août 2018


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Roues libres

Voilà venu le temps des vacances, durant lesquelles il va falloir composer avec la limitation à 80 km/h. Mais on ne va pas se morfondre, le plaisir de rouler peut (doit) rester intact, en choisissant les bonnes routes.
Il y a déjà ces milliers de kilomètres de montagne dans les Alpes, le Massif central, les Pyrénées, le Jura, les Vosges et les Ardennes, et aussi de sinueuses départementales en plaine, où il est parfois difficile de dépasser cette vitesse ; et où subsistent des espaces qui pardonnent à ceux qui maîtriseraient mal leur poignée de gaz… Certes, il ne faut pas compter faire un Lille-Perpignan ou un Brest-Strasbourg dans la journée en les empruntant, mais elles sont un gage de tranquillité (voitures et camions y sont rares), de belles sensations de pilotage et de découvertes. Ceux qui roulent en trail ont aussi la possibilité d’y dénicher quelques chemins pour s’échapper carrément dans la nature. Les cartographies GPS permettent de suivre des itinéraires compliqués sans galérer. Profitons-en !
Autre solution, tracer par l’autoroute jusqu’à la frontière pour passer ses vacances à l’étranger. Tous ceux qui voyagent en témoignent, sans forcément aller plus vite (la sanction pour grand excès de vitesse y est souvent encore plus salée), on roule sans stress, sans avoir à surveiller son compteur comme le lait sur le feu, les radars y étant bien plus rares. Ce qui pourrit la vie chez nous, et remplit les caisses de la sécurité rentière, c’est bien le retrait de point pour des mini-excès de vitesse de 5 km/h…
Sur la route, il ne s’agit pas de prendre des risques. Pour nous, motard(e)s, l’important est de retrouver le sentiment de liberté que procure la moto, plus que tout autre engin.
Voilà donc quelques pistes…
Bonnes vacances, bonne route et bonne lecture  !

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef

L’édito du Moto Magazine 348 de juin 2018


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Gore et sans humour

La Sécurité routière n’en finit pas d’essayer de justifier, à coup de com, la mise en place des 80 km/h. Après un tour de France (de force !) de M. Barbe pour enterrer l’inanité des expérimentations puis nombre de spots radio, voilà qu’elle nous ressort, dans une campagne vidéo, des réflexions type café du commerce. À propos du port de la ceinture : « Personne ne peut savoir à l’avance […] si la ceinture sera utile ou néfaste. » Du casque obligatoire : « Le casque, moi, personnellement, ça me gêne. » Du taux maximal d’alcoolémie : « Boire du vin c’est pas, quand même, de l’alcool. » Ou encore du 50 km/h en ville : « Entre rouler à 180 correctement et rouler à 60 n’importe comment, y a pas photo, je préfère 180 correctement. » C’est vraiment prendre les citoyens pour des abrutis et les associations d’usagers de la route, la FFMC en tête, pour des ignares sur les sujets qu’ils travaillent depuis près de 40 ans !
Certes, il y a toujours des commentaires lorsqu’on entrave certaines libertés individuelles. Mais a-t-on vu des motards (ou des automobilistes) manifester en masse contre les mesures citées ? Non ! Parce qu’elles faisaient sens…
Il en va tout autrement des 80 km/h, même si l’on peut toujours arguer que moins on va vite, moins on va se faire mal. La Sécurité routière, si elle allait jusqu’au bout de son raisonnement, devrait interdire la circulation sur les routes bidirectionnelles, qui plus est quand elles sont bordées d’arbres ou de rochers. Elle rappelle elle-même sur son site : « À 90 km/h contre un obstacle fixe, la force du choc équivaut à une chute de 11 étages ! À cette vitesse et avec une ceinture, les organes internes viennent violemment percuter les parois internes du corps. La plupart des accidents mortels se produisent (après freinage) entre 40 et 80 km/h. » Elle ne précise pas combien on gagne d’étages à 80. Même pas bonne en humour noir…

Jean-Pierre Théodore, rédacteur en chef